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Full text of "Les Armes a Feu Portatives de Armees Actuelles et Leurs Munitions"

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ARMES A FEU PORTATIVES 



DES ARMEES ACTUELLES 



ET LEURS MUNITIONS. 



PARIS. ^ IMPRIMBRIB L. BAUDOIN, S, RUB CHRISTIITB. 



ARMES A FEU PORTATIVES 

DES ARMÉES ACTUELLES 

ET LEURS MUNITIONS 

D» OFFICIER S0P£RIEDR 
Avec 181 flgnres. 




PARIS 

LIBRAIRIE MILITAIRE DE L. BAUDOIN 
80, Ha« et Passage Dauphins, 30 



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AVANT-PROPOS 



La publication des études et des expériences faites en 
vue de doter Tinfanterie de fusils à répétition n'a guère 
commencé que vers 1880. La période de discussion et 
de tâtonnement (1) peut être considérée comme termi- 
née aujourd'hui dans presque toutes les armées euro- 
péennes. En effet, celles-ci ont adopté, plus ou moins 
récemment, des modèles de fusils différents quant à la 
forme ou aux détails, mais ayant au fond le même but : 
permettre d'emmagasiner dans l'arme un certain 
nombre de cartouches pouvant être tirées avec une 
extrême rapidité dans les moments critiques du combat. 

L'adoption des armes à répétition a été retardée, 
pour un certain nombre de puissances, parce que la 
question des calibres très réduits est venue s'y greffer 
et que celle-ci ne pouvait recevoir une solution com- 
plète qu'après la découverte d'une poudre convenable, 
ne produisant pas d'effets brisants et ne laissant pour 
ainsi dire pas de résidus. C'est faute d'avoir trouvé des 
poudres de ce genre, désignées généralement sous le 
nom de poudres sans fumée, que certaines armées ont 
dû tarder à renouveler leur armement; en outre, la 
question de réduction du calibre, soulevée de nouveau 
tout récemment, n'a pas dit son dernier mot. 

Il nous a semblé qu'il serait aussi intéressant qu'op- 



(1) Voir notamment : Les Fusils à répétition, par J. Bornecque, capitaine 
au 1^' régiment «lu génie. Cet ouvrage a été publié par la librairie Baudoin, 
en quatre parties parues à partir de 1883. 



VI AVANT-PROPOS. 

portun de résumer et do coordonner les éléments fort 
nombreux et très variés qui ont été publiés sur la ques- 
tion, qui peut être considérée comme entièrement réso- 
lue, mais qui n'a pas encore été présentée d'une ma- 
nière complète dans son état actuel. 

Nous ne reprendrons pas, dans le présent ouvrage, 
l'historique détaillé de l'armement portatif, de même 
que nous n'entrerons pas dans une discussion appro- 
fondie au sujet des divers systèmes qui ont prévalu. 
Nous serions ainsi entraîné trop loin, sans utilité réelle, 
bien que la diversité des modèles adoptés prouve que 
chacun a ses avantages et ses inconvénients. Mais, pour 
permettre de suivre toutes les explications qui seront 
données, il nous a paru nécessaire de faire un exposé 
succinct des phases qu'a traversées cet armement pour 
arriver à son développement actuel. Nous étudierons 
ensuite sommairement les conditions que doit remplir 
actuellement une arme à feu portative; cette partie sera 
suivie de la description des diiBFérents modèles consti- 
tuant l'armement des diverses puissances, en insistant 
naturellement sur celui de notre armée. 

La question des munitions aiBFérentes aux diverses 
espèces d'armes sera également examinée, ainsi que 
celle de leur ravitaillement sur le champ de bataille. 
Nous serons amené aussi à dire quelques mots de l'in- 
fluence que les armes à répétition et les poudres sans 
fumée peuvent exercer sur la tactique. 

Enfin, il nous a paru que cette étude ne serait pas 
complète, si nous n'y ajoutions quelques indications 
sur les armes à feu portatives autres que les fusils 
(carabines, mousquetons, revolvers) qui se trouvent 
encore en service. 



LES 



/ 



ARMES A FEU PORTATIVES 



DES ARMÉES ACTUELLES 



ET LEURS MUNITIONS. 



CHAPITRE PREMIER. 

HISTORIQUE DES ARMES A FEU EN GÉNÉRAL. 

Espèces d'armes portatives. — On désigne, sous le nom 
d'armes portatives, les armes offensives qui peuvent être 
portées et maniées par un seul homme. 

Elles se divisent en deux grandes classes : 1° les armes 
de main, appelées plus communément armes blanches 
(épée, sabre, baïonnette, etc.); 2» les armes de jet, ou armes 
à feu, servant à lancer des projectiles (fusil, carabine, mous- 
queton, revolver, etc.). Le fusil, ou toute autre arme de 
jet, quand on lui adapte une baïonnette, devient une arme 
cChast, c'est-à-dire destinée à agir à une certaine distance 
par la pointe. 

A.vant d'arriver à leur forme actuelle, les armes à feu 
portatives ont passé par une série de transformations, qu'il 
est intéressant de connaître pour se rendre bien compte des 
progrès accomplis et de l'état actuel de la question. 

Il en est de même de la cartouche, qui est la réunion de 
la charge et de la balle au moyen d'un étui, en vue d'accé- 
lérer le chargement. En effet, la cartouche a souvent pré- 
cédé et d'autres fois suivi les modifications successives des 
armes à feu portatives, auxquelles son développement est 
intimement lié. 

Canon à main. — La première application de la poudre 
aux armes à feu portatives n'eut réellement lieu qu'au 
commencement du xiv^ siècle, sous le nom de canon à 

1 



ARMES A FEU PORTATIVES. 



lïiain. Celui-ci, porté et tiré par un ou deux hommes, 
lançait des balles à feu et se composait du canon et d*un 
alTût. On le trouve désigné à Bologne, en 1397, sous le nom 
de sclopo, d'où est venu le mot escopetlc (fïff. 1). 




Fig. r 

Coulevriae à main. * L'adoption de coulevrines pour 
rartillerie amena à en faire une réduction pour servir 
d*arme portative. Le tube et Taffût ou volée, qui consti- 
tuaient le canon furent réunis sous la dénomination de 
coulevHne à main. Toutefois, le recul considérable pro- 
duit par le tir (ie cette arme ne permettait pas de la tirer à 
l'épaule. Pour s'en servir, on fixait dans un piquet la tige 
])Ointue dont sa partie antérieure était munie; pour la 
tirer, un homme la pointait, tandis qu'un deuxième y 
mettait le feu au moyen d'une mèche {fig, 2). Elle pesait 
de :20 à 30 kilogrammes. 




Fig. 2. 

Pour rendre la coulevrine plus maniable, on s'avisa, 
vers la fin du xv« siècle, d'en allonger la crosse de façon à 
permettre de la servir par un seul tireur, qui appliquait 
l'arme contre le plastron de la cuirasse pour résister au 
recul. On appela cette arme péirinal ou poîtrinal, mais 



■s^^ 




Fig. 3. 



elle était trop lourde (8 kilogrammes) et trop incommode 
pour réaliser le but poursuivi. On songea alors à munir le 
fantassin d'un bâton ferré, nommé fourquine, qu'il plantait 
en terre et sur la fourchette duquel il appuyait le bout du 



CHAPITRE I". 3 

canon pour tirer. Il y eut également des coulevrines à 
cheval, et la fourquine était alors fixée au pommeau de 
la selle {fig. 3). 

Arquebuse, mousquet. — Mais les armes précédentes, 
fort lourdes et peu pratiques, n'avaient ni portée ni jus- 
tesse, et leurs défauts, joints au dédain que l'on éprouvait 
en France au début pour ces sortes d'armes, qui semblaient 
trop brutales et peu chevaleresques, expliquent l'infériorité 
dans laquelle resta trop longtemps notre infanterie sous ce 
rapport. Il convient d'ajouter que les engins que nous 
venons de citer n'étaient pas réellement des armes por- 
tatives. 

Cependant divers moyens n'avaient pas tardé à être em- 
ployés pour remédier aux inconvénients signalés. On y 
parvint d'abord au moyen de Varquebuse, qui présentait 
un double avantage : 1<> la crosse avait été améliorée de 
manière à pouvoir être appliquée à l'épaule, lo canon 
restant à hauteur de l'œil; 2» une platine, d'abord à. ser- 
pentin et à mèche (fig. 4), puis à rouet (1) [fig. 5), per- 





Fig. 4. Fig. o. 

mettait de mettre le feu mécaniquement, sans l'inter- 
médiaire de boute- feu, à du pulvérin (poudre très fine) 
contenu dans un bassinet, celui-ci communiquant avec la 
charge de poudre placée à l'intérieur du canon par un 
canal ou pertuis de lumière. 
L'arquebuse fut tout d'abord perfectionnée par les Espa- 



(1) L'arquebuse à rouet fut inventée dès 1515 par un armurier de Nurem- 
berg. 



ARMES A FEU PORTATIVES. 



gnols, ainsi que lo mousquet, qui difTérait de cette dernière 
par la forme de la crosse, presque droite» au lieu d*étre 
recourbée. C'est ce qui explique la supériorité des Espa- 
gnols sur les Français ù la bataille de l^avie (loâo), où les 
premiers firent usage de mousquets et d'arquebuses dans 
des proportions assez grandes. Aussi, en 1530, Tarquebuse 
à mèche (fig. 6), du calibre âO à 22, fut adoptée comme 




Fig. 6. 



armement d^une partie de Tinfanterie française, et, en 
1572, le mousquet pour un certain nombre de cavaliers qui 
prirent le nom de mousquetaires. Ce mousquet, rendu 
assez léger pour supprimer la fourquine, tirait une ballo 
ronde de 12 à 16, double de celle de l'arquebuse, et avait 
une plus grande portée, ainsi qu'une plus grande force de 
pénétration. On l'employait également, mais avec une four- 
quine, pour la défense des places. 

Pistolet. — L'arquebuse et le mousquet à mèche de- 
meurèrent jusqu'à la fin du xvii® siècle les seules armes 
portatives en usage dans l'armée française. Pendant long- 
temps, et cela probablement à cause de leur prix élevé, les 
armes à rouet ne furent employées en PYance que comme 
armes de luxe ou de chasse. Mais, dès la fin du xvi^ siècle, 
en vue d'alléger le mousquet comme arme de la cavalerie, 
on adapta la platine à rouet au pistolet, d'origine italienne, 

sorte de mousquet très court et 
de petit calibre, permettant de 
tirer à bras tendu. 

Le pistolet, d'abord adopté par 
les cavaliers allemands (reitres), 
ne tarda pas à être admis pour 
l'armement des gendarmes fran- 
çais, et notre armée eut des pistoliers. Peu à peu il devint 
l'arme â feu des officiers ou des cavaliers qui n'en avaient 





CHAPITRE I«'. 5 

pas d'autre, et il fut employé dans ces conditions, avec 
des perfectionnements notables, jusqu'à Tad option des revol- 
vers {flg. 7). 

Fusil à pierre. — Vers 1630, apparut Te fusil à pierre ou 
à szleœ, auquel l'invention de la platine à silex donna 
naissance. Dans cette dernière (fîg. 8), le chien, portant une 
pierre à feu, s'abat, par le* jeu 
d'une détente et l'intermédiaire 
d'une noix, sur la batterie qui 
recouvre le bassinet contenant la 
poudre d'amorce. Cette arme 
{fig. 9) n'inspira d'abord aucune 
confiance, car, avant de l'adopter 
en France, on fit employer aux ^'^ ^* 

troupes de Louis XIV le mousquet - fusil , imaginé par 
Vauban, et qui était une sorte d'arme intermédiaire réu- 
nissant les deux modes de mise de feu : la mèche et 16 silex. 

Cartouche. — L'invention de la cartouche remonte au 
milieu du XVP siècle. Jusqu'alors, le chargement se faisait 
par la bouche, le soldat plaçant l'arme entre ses pieds et 
versant d'abord la charge de poudre dans le canon, puis y 
introduisant une balle sphérique, qu'il bourrait avec une 
baguette en bois. La poudre, les balles et le pulvérin 
d'amorce étaient portés séparément dans des appareils peu 
pratiques {fourniment, bandoulière), qui furent remplacés 
par des cartouches en papier, renfermant à la fois la poudre 
et la balle, et qui étaient placées dans des gibernes. Pour 
charger, le soldat déchirait avec les dents le papier du 
côté opposé à la balle, portait la cartouche à la bouche du 
fusil, la retournait brusquement et l'enfonçait à l'aide de la 
baguette. Le chargement de l'arme fut ainsi notablement 
accéléré, mais l'infanterie française ne reçut la cartouche 
qu'en 1640. 

Emploi de la baïonnette. — Pour transformer le fusil en 
arme d'hast, on commença par introduire dans la bouche 
du canon une tige en bois terminée par une pointe en fer, 
de sorte que, lorsque la baïonnette était au bout du fusil, 
il n'était plus possible de tirer. L'invention de la baïonnette 
de Vauban, coudée et munie d'une douille creuse en fer, 



ARMES A FEU PORTATIVES. 



avança l'adoption du fusil à pierre qui, sur la proposition 
de l'illustre ingénieur, fut admis en 1703 comme arme 
unique pour Tinfanterie {flg. 9), dont la pique, devenue 
sans objet, fut dès lors supprimée. A partir de cette époque, 




Fig. 9. 

sauf la différence des modèles (1), l'armement de l'infan- 
terie est resté constitué à peu près comme il l'était. 

Autres améliorations. — Pendant un certain temps, on 
n'apporta guère aux armes à feu portatives que des modi- 
fications de détail. La baguette en bois fut remplacée par 
une baguette en fer, puis en acier, en forme de poire. Les 
garnitures reçurent la forme qu'elles ont à peu près au- 
jourd'hui. 

Frédéric II adopta pour les grains de lumière une forme 
tronconique, permettant à la poudre versée dans le canon 
de passer en partie dans le bassinet, ce qui dispensait de 
l'amorcer. Le soldat prussien pouvait arriver ainsi à tirer 
six coups par minute, tandis que le soldat français n'en 
tirait que la moitié. 

On adopta en 1777, un nombre de modèles d'armes à feu 
(dit système 1777) (2), avec lesquelles nos troupes firent les 
guerres de la Révolution. 

Des perfectionnements successifs amenèrent les modèles 
de l'an IX (1801), puis, après les guerres de l'Empire, les 



(1) On entend par modèle d'arme l'ensemble des dispositions adoptées pour 
nne arme particulière et prescrites rigoureusement par des tables de construc- 
tion, de manière que toutes les armes d'un même modèle soient identiques. 
Le modèle se désigne par Tannée de son adoption. C'est ainsi que le fusil 
adopté en 1886 est le fusil modèle 1886. 

(2) On donne le nom de système à l'ensemble des armes caractérisées par 
une ou plusieurs dispositions essentielles qui leur sont communes. Le système 
prend le nom de la disposition caractéristique (à percusfion, à aiguille, à répé- 
tition, etc.), ou celui de l'inventeur (Cfiassepot, Gras, Mauser, Mannlicher, etc.) 



CHAPITRE I^'. 7 

modèles 1816 et 1822, qui ne comportaient guère que des 
modifications de détail. 

Armes à percussion. — Cependant Tinvention des poudres 
et des capsules fulminantes, attribuée à Tarquebusier an- 
glais Joseph Eggs (1818), en ayant pour conséquence la 
diminution sensible du nombre considérable des ratés pro- 
duits par les fusils connus jusqu'alors, amena l'adoption des 
armes à percussion^ dans lesquelles l'inflammation de la 
poudre de la charge est produite par le fulminate d'une 
capsule placée sur une cheminée et écrasée directement par 
le choc du chien agissant à la façon d'un marteau. 

L'application pratique de ce procédé ne se traduisit dans 
l'armée française qu'assez tard, par l'adoption des armes 
modèles 1840 et 1842. Enfin les derniers fusils lisses en 
service dans notre infanterie furent ceux du modèle 1853, 
qui ne difiéraient que fort peu des précédents. Il convient 
d'ajouter que, dans ces trois modèles, on augmenta le 
calibre, qui fut porté de 17«»™,7 à 18™™, ainsi que le dia- 
mètre de la balle sphérique, qui alla de 16™™,3 (balle de 
26 grammes) à 17™™ (balle de 29 grammes). Cependant les 
ratés étaient encore assez nombreux; en outre, la portée 
et la justesse étaient loin d'être satisfaisantes. 

Armes rayées. — Pour remédier à ces inconvénients, on 
songea dès 1826 à revenir à Tusage des rayures j imaginées 
en Allemagne dès la fin du xv« siècle, mais qu'on n'adopta 
pas alors à cause de la lenteur du chargement, qui en était 
la conséquence et qui exigeait un maillet. On désignait 
même sous le nom de carabines ou d'armes caraMnées 
toutes les armes rayées qui servirent pendant un temps 
très court à la cavalerie vers la fin du XVII® siècle. 

De 1826 à 1846, on essaya en France diverses espèces de 
carabines rayées, tirant la balle sphérique avec forcement 
{systèmes Delvigne, Pontcharra), La balle allongée {sys- 
tèmes Minier Thouvenin) avait fait son apparition en 1846 ; 
mais avec le calibre de 18™™, qu'on avait voulu conserver, 
la balle devait atteindre un poids allant jusqu'à 48 grammes, 
de sorte que, pour atténuer la vitesse du recul, on était 
obligé de réduire sérieusement la charge. 

Malgré cette réduction de la charge, le forcement de la 
balle dans les rayures et sa forme allongée eurent pour ré- 



8 ARMES A FEU PORTATIVES. 

saltat d'augmenter la portée et la précision du tir; ce for- 
cement avait lieu par expansion du projectile. (Test pour- 
quoi l'infanterie de la garde reçut un fusil rayé en 1834, et 
l'on décida, en 1857, que toutes les armes à feu lisses en- 
core en service porteraient quatre rayures et tireraient 
une balle cylindro-conique, allongée et évidée, dite balle 
expansive. Il est vrai qu'alors les troupes d'élite eurent le 
monopole de la hausse. Les autres troupes, pour tirer à 
400 et à 600 mètres, devaient viser par l'articulation du 
pouce gauche ployé ou par le sommet de l'ongle du même 
pouce complètement levé. 

Le calibre d'ailleurs ne fut pas modifié, et les Cent-Gardes 
seuls reçurent, en 1854, un fusil de 9™™ {système Treuille 
de Beaulieu) tirant, avec une charge de 4 grammes, une 
balle de 12 grammes à la vitesse initiale de 547 mètres. 

Armes se chargeant par la culasse. — Mais on n'a obtenu 
des conditions de justesse et de portée réellement bonnes 
qu'avec le chargement par la culasse, qui a permis égale- 
ment la réduction du calibre. 

L'idée de ce mode de chargement remonte à 1540, mais 
on dut renoncer bien vite à cette disposition, parce qu'on 
ne trouva pas en même temps le moyen de fermer suffisam- 
ment toute issue aux gaz du côté de la culasse. Des armes 
de ce genre furent employées en France à diverses époques 
sous le nom de : amuseite du maréchal de Saxe, fusil de 
Montalembert, fusil de rempart, fusil de Vincennes, etc., 
mais sans être généralisées et sans présenter des garanties 
suffisantes. 

Toutefois les améliorations réalisées sous ce rapport 
permirent à l'Allemagne d'adopter, dès 1841, le fusil à 
aîç;uîlle Dreyse pour l'armement de son infanterie. Mais il 
ne fallut rien moins que l'expérience des guerres du Dane- 
mark (1864) et de l'Autriche (1866), dont les succès rapides 
furent dus en grande partie à ce fusil, pour amener la 
France à adopter une arme de ce genre. 

Le chargement par la culasse augmente sensiblement la 
rapidité du tir, en rendant plus simples et moins nombreux 
les mouvements de la charge et en permettant l'emploi 
d'une cartouche complète, qu'il n'y avait plus besoin de 
déchirer. 0^ ce fut précisément cette rapidité du tir qui 



CHAPITRE 1°'. 9 

fit hésiter sur l'adoption de ce mode de chargement, en 
raison du gaspillage possible des munitions. 

Mais, après Sadowa, on reconnut la nécessité de pro- 
céder à des expériences ayant pour but d'aboutir à l'adop- 
tion d'une arme se chargeant par la culasse. Un grand 
nombre de modèles d'armes de ce genre furent expéri- 
mentés, parmi lesquelles- on arriva rapidement à ne re- 
tenir que celles présentées par MM. Vieillard et Manceauœ 
et par le contrôleur d'armes Chassepoty ayant toutes deux 
un système d'obturation plus parfait que 'celui du fusil 
Dreyse. Le système Chassepot ne tarda pas à être adopté 
et à constituer, sous le nom de modèle 186:>5 l'armement 
de l'infanterie française. Des carabines et des mousquetons 
du même modèle et tirant la même cartouche du calibre de 
Ijmm^ furent adoptés en même temps. On transforma (1) en 
outre, en 1867, les anciennes armes en armes se char- 
geant par la culasse, au moyen du système de fermeture dit 
à tabatière, dont il sera question plus loin. 

C'est avec les armes modèles 1866 et 1867 T, qui valaient 
largement celles de nos adversaires, que nous avons fait la 
guerre de 1870-71. Celle-ci mit en évidence leurs défauts 
généraux suivants : encrassement du canon et du méca- 
nisme; nombreux ratés; départs prématurés; manque de 
solidité des cartouches de papier employées; poids trop 
élevé du sabre-baïonnette, etc. 

La plupart de ces inconvénients tenaient : 1® au mode 
d'obturation, qui était relié au mécanisme de fermeture, 
parce que le canal donnant passage à l'aiguille s'encrassait 
facilement et rendait promptement tout fonctionnement im- 
possible; 2» à la cartouche combustible, qui se détériorait 
rapidement et dont l'amorce mal placée amenait de fré- 
quents ratés. 

L'adoption d'une cartouche métallique, constituant un 
système d'obturation relié à la cartouche, permit de remé- 
dier à la plupart des défauts signalés. Mais l'emploi de 



(1) Dans les modèles d'armes transformées, on fait suivre de la lettre T le 
millésime de l'année de la transformation. Ainsi les armes transformées pour 
le chargement par la culasse du système à tabatière, sont désignés sous la ru- 
brique fusils modèle 1867 T. On a joint aussi parfois la date de la transfor- 
mation à celle du modèle primitif. Ainsi le fusil modèle 1866 est devenu le 
fusil modèle 1866-74, après avoir été transformé d'après le système Gras. 



10 ARMES A FEU PORTATIVES. 

cette cartouche ne pouvait avoir lieu qu'en apportant de 
sérieuses modifications au fusil modèle 1866; de plus, pour 
ne pas rester désarmé pendant la période de transforma- 
tion, on se décida à rechercher un système nouveau tirant 
la cartouche métallique et pouvant s'appliquer à la trans- 
formation des armes modèle 1866. C'est alors que fut 
adopté le système présenté par le capitaine d'artillerie Gras, 
sous le nom de fusil modèle 1874 pour les armes neuves, 
ou 1866-74 pour les armes transformées. Les deux modèles 
constituaient des armes excellentes pour l'époque, et elles 
sont encore en service provisoirement dans l'armée fran- 
çaise pour des cas déterminés. 

Armes portatives des puissances étrangères. — Le déve- 
loppement des progrès successifs de l'armement, chez toutes 
les grandes nations militaires a passé à peu près par les 
mêmes phases qu'en France, quelquefois en précédant celle- 
ci, souvent en la suivant. Nous avons indiqué d'ailleurs en 
passant les points essentiels constituant la quote-part de 
l'étranger dans les modifications survenues. Il est au surplus 
bien évident que les puissances, ayant tout intérêt à ne pas 
se laisser dépasser sous ce rapport, ont nécessairement 
suivi avec la plus grande attention les progrès réalisés par 
d'autres, afin de posséder un armement au moins égal, 
sinon meilleur. Pourtant, la Prusse, en adoptant le fusil 
à aiguille Dreyse, dès 1841, eut pendant un certain temps 
une avance considérable sur les autres nations. 

Mais les avantages des fusils de calibre réduit et à char- 
gement par la culasse, ayant été rendus évidents par la 
guerre de 1870-71, les diverses puissances procédèrent 
alors sans tarder à la transformation ou au renouvelle- 
ment de leur armement, afin de le mettre en état de ré- 
pondre aux conditions qui venaient de s'imposer. 

Le tableau ci-après résume et groupe les données géné- 
rales concernant les fusils adoptés par les diverses armées 
européennes dans cette période, qui d'ailleurs ne fut pas 
de longue durée, car les fusils à répétition ne tardèrent 
pas à s'imposer, ainsi que nous le verrons. 



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12 ARMES A PEU PORTATIVES. 

L'examen du tableau précédent fait ressortir que, 
depuis 1870 et jusqu'à l'adoption des armes à répétition, 
les diverses puissances avaient des fusils à peu près iden- 
tiques comme calibre, comme poids, comme puissance 
balistique et comme vitesse de chargement, à Texception 
de la Suisse qui avait adopté, dès 1869, un fusil à répéti- 
tion dont il sera question plus loin. 

Le fusil français mod. 1874 occupait d'ailleurs l'un des 
meilleurs rangs, sinon le meilleur, parmi toutes ces armes, 
au point de vue de la simplicité du mécanisme, du poids, de 
la solidité et de la justesse du tir. 

La Grèce avait un fusil du système Gras; le Portugal et 
la Turquie, un fusil Martini-Henry. 

Nous ne ferons que mentionner les fusils des anciens 
modèles qui, employés alors pour les troupes de réserve ou 
de deuxième ligne, ont été remplacés à leur tour par les 
armes indiquées dans le tableau précédent. Tels sont les 
fusils Dreyse et Werder en Allemagne, Enâeld-Snider en 
Angleterre, Wànzl et Werndl en Autriche, Albini-Brœndlin 
en Belgique, Carcano en Italie, Karl en Russie, Peabody et 
Milbank-Amsler en Suisse et Chassepot en France. Toutes 
ces armes, destinées à l'armement des troupes de réserve, 
sont devenues sans emploi après l'adoption des armes à 
répétion qui, dans ces dernières années, sont venues rem- 
placer celles que nous avons indiquées dans le tableau 
précédent et qui à leur tour constituent, pour la plupart, 
l'armement des troupes de deuxième ligne. 

Nous aurons d'ailleurs à revenir sur la plupart des armes 
précitées en parlant des divers systèmes de fermeture de 
culasse. Nous nous bornerons à donner ici quelques indica- 




Fig. -10. 



tiens générales sur le fusil mod. 1866, dit chassepot, qui a 
été le précurseur du fusil modèle 1874. La figure 10 repré- 
sente la disposition d'ensemble du fusil mod. 1866, dont 
la figure 11 donne la coupe du mécanisme. L'aspect général 



CHAPITRE II. 



est sensiblement le même que celui du mod. 1874 et le 
mécanisme lui-môme ne diffère que fort peu de celui de ce 




dernier modèle, auquel nous renvoyoi 
paraison. 



: pour faire la com- 



HIST0R1QUE DES ARMES A RÉPÉTITION. 

A peine les diverses armées européennes venaient-elles 
d'adopter les armes se chargeant par la culasse les plus 
perfectionnées, que la guerre de sécession des États-Unis 
(1861-65) et la dernième guerre d'Orient {1877-78) mirent 
en évidence les propriétés importantes et caractéristiques 
des fusils à répétition. 

Comme on le sait, ces armes ont pour effet d'augmenter 
la rapidité du tir à des moments déterminés, en diminuant 
le temps nécessaire au chargement par le moyen de maga- 
sins chargés d'avance, qui suppriment pour un nombre 
restreint de coups le mouvement de mettre la cartouche 
dans le canon. 

L'idée première de ce genre de tir est fort ancienne et 
elle a été réalisée de bien des manières, mais, jusqu'à ces 
derniers temps, toujours dans des cas particuliers et jamais 
d'une façon pratique. Cela tenait surtout au système d'ob- 
turation imparfait et à l'emploi de cartouches non métal- 



14 ABMES A FEU PORTATIVES. 

liques pour le magasin. Aussi l'adoption de ces dernières 
fit-elle avancer à grands pas la question des armes à répé- 
tition. 

Dès 1862, les troupes de TUnion employèrent un certain 
nombre de fusils Spencer, avec magasin dans la crosse; 
c'est la première expérience pratique d'une arme à répé- 
tition en campagne. Vers la fin de cette guerre, des corps 
entiers étaient armés de fusils à magasin, qui existaient 
au nombre de 100,000, tant du système Spencer que des 
systèmes Henry et Henry- Winchester. 

Dans la dernière guerre d'Orient, les Turcs surent tirer 
un excellent parti des 45,000 fusils et des 45,000 carabines 
Henry-Winchester dont ils disposaient. Pour la défense des 
retranchements, notamment au siège de Plewna, les sol- 
dats turcs faisaient usage, aux distances rapprochées, de 
ces armes qui pouvaient contenir jusqu'à 13 et 16 cartou- 
ches, et, ayant à côté d'eux des approvisionnements suffi- 
sants de munitions, ils parvinrent toujours à paralyser 
l'attaque rapprochée des Russes. En ce cas, les Turcs ont 
plutôt obéi à un instinct qu'à des règles raisonnées, en 
utilisant les portées extrêmes de ces armes et leurs 
grandes ressources en munitions. 

La Suisse est la première puissance européenne qui ait 
admis un fusil à répétition pour l'armement de son infan- 
terie, le fusil mod. 1869 du système Vetterli; mais son 
exemple ne fut pas suivi immédiatement, sans doute en 
raison de l'aptitude particulière au tir que les Suisses ont 
toujours montrée. Toutefois, aussitôt après la guerre de 
1877-78, des expériences furent entreprises dans toutes les 
puissances avec des armes à magasin des systèmes les plus 
variés, que les inventeurs ne manquèrent pas de présenter. 

Il est à remarquer d'ailleurs que, comme on l'avait fait 
pour le chargement par la culasse, on discuta longtemps 
l'opportunité du tir à répétition et les avantages qu'il pou- 
vait procurer. La question de complication du mécanisme, 
du gaspillage de munitions (plus à craindre encore qu'avec 
le chargement par la culasse), fut mise en regard de l'avan- 
tage d'une rapidité plus grande du tir à un moment donné, 
et l'on fit ressortir que l'on n'était pas même sûr d'obtenir 
cette rapidité au moment opportun, attendu que rien ne 
pouvait garantir que l'homme n'aurait pas tiré inutilement 



CHAPITRE II. 15 

auparavant les cartouches du magasin, et que Ton ne 
songeait pas encore alors à adopter une arme ne se char- 
geant qu'à magasin. 

La question de calibre ne fut pas non plus mise en ques- 
tion dès le début, car, en combinant les divers éléments à 
faire entrer en ligne de compte à ce sujet, on arrivait à 
Tadoption du calibre de 11°»°* environ. Il restait d'ailleurs 
bien d'autres points à élucider. 

La rapidité plus grande du tir ayant produit des pertes 
plus considérables dans les dernières gif erres, on pouvait 
se demander si la vitesse des feux n'en diminuerait pas la 
qualité. Les expériences faites à ce point de vue ne furent 
pas précisément concluantes. Il semble pourtant logique 
d'admettre le principe, puisque le système à répétition 
permet d'activer le tir, non parce qu'on a moins le temps 
de viser, mais parce qu'on supprime certaines opérations 
du chargement. On a constaté, au surplus, que les balles 
étaient mieux groupées dans ce tir, dans lequel le tireur 
ne perd pas de vue l'objectif à viser. Enfin il est des cas où 
l'emploi des armes à répétition présente des avantages 
incontestables, notamment pour la défense des positions, 
pour la préparation de Tassant, lorsque Tobjectif sur lequel 
on doit tirer n'est pas visible longtemps, comme une troupe 
de cavalerie au galop, etc. 

Il y avait lieu de rechercher ensuite le meilleur modèle 
d'arme à répétition, car il en existait de nombreuses variétés 
dès 1871. Sous ce rapport, chaque puissance a résolu le 
problème à sa manière et a adopté un modèle différent, 
d'abord pour faire mieux que ses voisins ou pour ne pas 
les imiter, ensuite parce qu'on n'a pas envisagé partout la 
question de la même manière. Pourtant, il y a eu unani- 
mité à rejeter le palliatif constitué par les chargeurs (1), 
qui n'augmentent que de fort peu la rapidité du tir et n'ont 
pour ainsi dire que l'avantage d'être économiques. 

Quoi qu'il en soit, au début, l'adoption du fusil à répé- 
tition ne rencontra nulle part un accueil enthousiaste. On 
ne lui reconnaissait, pour ainsi dire, qu'un avantage moral, 



(1) Ce sont des espèces de cartouchières perfectionnées, ayant pour but une 
meilleure disposition des cartouches et une facilité plus grande pour le soldat 
de les avoir sous la main pour le chargement. 



I6 ARMES A FEU PORTATIVES. 

car un adversaire armé du fusil ordinaire n'aurait pas 
manqué d'être ou de se croire en état d'infériorité en 
présence d'un ennemi armé d'un fusil à répétition. 

C'est pourquoi, aussi longtemps que les principales 
armées européennes conservèrent leurs fusils non à répé- 
tition qui, ainsi que nous l'avons vu, pouvaient passer pour 
être de valeur sensiblement égale, l'équilibre n'était rompu 
en faveur ou au détriment d'aucune d'elles. De plus, avant 
de se lancer dans la fabrication d'une arme nouvelle, il 
y avait lieu aussi de considérer la question de dépense 
assez considérable qui devait en résulter. 

Ces diverses considérations contribuèrent à maintenir le 
statu quo jusqu'en 1884, car l'adoption d'un fusil à répé- 
tition système Vetterli par la Suisse en 1871 et en 18T9, du 
système Kropatschek en 1878 pour la marine française, du 
système Frûhwirth pour la gendarmerie en Autriche dès 
1881, du système Jarmann par la Suède en 1882, ne consti- 
tuait qu'un emploi partiel du principe de la répétition, 
appliqué à des cas particuliers ou à des armées peu nom- 
breuses. 

Mais lorsque, en 1884, l'Allemagne se fut décidée à 
transformer son fusil mod. 1871 en Mauser à répétition 
mod. 1871-84, les autres puissances se trouvèrent dans la 
nécessité de hâter leurs études en cours sur le choix d'un 
nouvel armement pour leur infanterie. 

En France, on transforma dès 1884 un certain nombre de 
fusils mod. 1874 en fusils à répétition, sous le nom de fusil 
mod, 1884 ou de phâtellerault; on continua la même opé- 
ration en 1885 par une autre transformation, qui n'était 
qu'une modification de la précédente, et l'arme qui en ré - 
sulta reçut le nom de fusil mod, 1885. Ces deux fusils con- 
servaient le calibre de 11°^"^ et, comme ils n'ont pas été mis 
en service, nous nous bornerons à dire que leur genre de 
magasin et leur mécanisme de répétition ressemblaient sen- 
siblement à celui du fusil mod. 1886, en renvoyant pour le 
surplus aux indications du tableau ci-après. Ils furent 
d'ailleurs remplacés presque aussitôt par le fusil mod.1886. 

L'Autriche adopta eu 1886 un fusil du modèle Mannli- 
cher, du calibre de limm^ dont la fabrication fut arrêtée en 
1888, pour prendre un fusil du même système, mais du 
calibre de 8°»'". 



CHAPITRE II. 17 

La Hollande transforma, en 18B8, son fUsil de Beaumont 
en arme à répétition, en le disposant pour recevoir une 
boite-cliargeur au moyen du procédé indiqué par le major 
italien Vitalis, mais en conservant son calibre de H""". 

L'Italie a procédé à la môme transformation en 1887, 
pour son fusil Vetterli à un coup, dont le calibre de 10""° 4 
a été conservé. 

Mais, comme nous le verrons plus tard, les deux trans- 
formations précédentes ne constituent qu'un palliatif, en 
attendant la solution des études qui se poursuivent en vue 
de trouver les poudres qui conviennent pour l'adoption de 
fusils de petit calibre. 

En Suisse, le Vetterli primitif subit des modtâcatioQs et 
des transformations telles qu'il n'en restait que les grandes 
lignes. 

Le fusil Vetterli primitif (/îj;. 12) est une arme à verrou, 
du calibre de 10°"^ 4 à 4 rayures ; un tube-magasin dans le 




Fig. 18. 



fCtt renferme li cartouches ; une 12" peut être placée dans 
l'auget de répétition et une IS* dans la chambre. La 
culasse mobile a une rainure soua le cylindre, pressant 
par ses extrémités sur un levier coudé qui soulève ou 
abaisse verticalement l'auget qui amène les cartoucbes- 

Le tableau ci-après résume les principales données con- 
cernant les fusils à répétition adoptés avant la réduction du 
calibre et dont plusieurs sont encore en service; il donne 
les mêmes indications pour les modèles de transformation 
de fusils à un coup adoptés en attendant par l'Espagne et la 
Suède: 



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CHAPITRE II. 19 

Mais, si le problème de la transformation du fusil d'in- 
fanterie en arme à répétition avait reçu, pour un certain 
nombre des puissances indiquées ci-dessus, une solution 
prompte, pratique et économique, et si celles qui avaient 
adopté une arme nouvelle croyaient avoir résolu la ques- 
tion pour longtemps, toutes ne tardèrent pas à reconnaître 
que le problème était de nouveau remis en question lors- 
qu'on eut trouvé les poudres dites sans fumée. On sait que 
ces poudres, quoique très puissantes, ne sont pas trop vives, 
aân de ne pas compromettre la résistance du canon et de 
diminuer l'énergie du frottement; elles donnent une trajec- 
toire plus tendue, c'est-à-dire une portée, une justesse et 
une force de pénétration plus grandes, et par surcroît elles 
ne produisent pour ainsi dire plus d'encrassement ni de 
fumée. 

Les poudres de ce genre permirent de réduire sensible- 
ment le calibre des armes, et eurent pour conséquence de 
mettre hors de conteste le principe de la répétition, fort 
discuté jusqu'alors. Aussi, toutes les puissances s'empres- 
sèrent-eiles d'adopter un fusil à répétition, même la Russie 
qui s'était montrée la plus réfractaire à un armement de ce 
genre, et, en outre, celles qui avaient déjà un fusil de 
ce genre s'empressèrent d'en arrêter la fabrication, comme 
TAutriche, ou d'adopter un nouveau modèle, comme l'Alle- 
magne. Il ne s'agissait plus d'ailleurs de transformation, 
mais de la construction d'armes absolument nouvelles. 

Il est bien évident que les armes à répétition du calibre 
de 11"*™ ou approchant ne constituaient pas un progrès bien 
caractérisé, puisque les propriétés balistiques n'étaient pas 
modifiées. Elles présentaient au contraire l'inconvénient 
d'être plus lourdes, plus compliquées; l'emploi du magasin 
et son chargement étaient souvent des opérations longues, 
exigeant des mouvements spéciaux, de sorte que, dans un 
tir prolongé, la vitesse du tir ne tardait pas à être infé- 
rieure avec l'arme à répétition. Pour conserver le magasin 
constamment chargé, on imposait au soldat une surcharge 
de 300 ou 400 grammes, très sensible pour une arme qu'il 
faut manier tout le long d'un combat. En outre, le calibre 
n'étant pas modifié, non seulement les propriétés balisti- 
ques restaient les mêmes, mais encore le nombre des car- 
touches à faire porter par l'homme n'était pas augmenté. 



20 AKMES A FKU PORTATIVES. 

Dans ces conditions, i^adoption d'une arme à répétition était 
plutôt une question de moral, question qui, comme nous 
l*aYons vu, a une importance assez grande pour n'être pas 
négligée. 

Mais les conditions changent lorsque l'arme réunit au 
système de répétition la réduction du calibre, car alors les 
propriétés balistiques sont améliorées, le poids de Tarme 
est diminué ainsi que celui de la cartouche, et, par suite, 
l'homme peut porter un plus grand nombre de munitions, 
dont le ravitaillement se trouve en môme temps facilité 
d'une manière générale. 

Il faut remarquer d'ailleurs que la réduction de calibre 
constitue un avantage qui se fait sentir d'une manière per- 
manente, tandis que la répétition ne s'exerce que par 
à-coups. Le dernier mot sur la réduction du calibre, que Ton 
croyait avoir abaissé au minimum à 8™"», n'est d'ailleurs 
pas dit, car l'Italie vient d'adopter un fusil du calibre de 
6""*,o, et rien ne prouve qu'on ne peut descendre encore 
plus bas. Les expériences faites en Autriche avec un fusil 
du calibre de 6™™,o ont permis de constater que la tension 
de la trajectoire, la justesse du tir et la force de pénétra- 
tion étaient plus grandes avec des carcouches de ce calibre, 
et l'on doit prochainement faire des expériences avec des 
fusils de 6™™ et même de 5"»™, 5, afin de savoir jusqu'à quel 
calibre on peut descendre pour obtenir les propriétés balis- 
tiques les plus avantageuses. 

La cartouche a dû subir également quelques modifications 
dans ses dimensions, afin de mieux remplir les conditions 
voulues pour les armes nouvelles; il a fallu notamment 
revêtir la balle d'une chemise d'un métal plus résistant que 
le plomb, afin d'éviter l'emplombage et d'assurer une plus 
grande force de pénétration. 

C'est la France qui est entrée la première dans la voie de 
la réduction du calibre, par l'adoption du fusil de 8"™ en 
1886. résultat auquel elle a pu arriver dès lors par suite de 
la découverte d'une poudre convenable, permettant de 
résoudre dans des conditions satisfaisantes les divers points 
qui avaient empêché jusqu'alors d'aboutir. Aussitôt après, 
les autres puissances ont suivi son exemple et ont depuis 
cette époque renouvelé leur armement portatif. 

Il est évident d'ailleurs que, comme toute arme possible. 



CHAPITRE Tir. 2i 

le fusil à répétition présente des avantages et des inconvé- 
nients, qui peuvent se résumer comme il suit : 

Avantages. — Rapidité plus grande du feu, suppression 
d'un travail mécanique à un moment critique. Avec le tir à 
répétition, chaque cartouche du magasin peut être tirée en 
2 secondes environ, tandis qu'il faut en moyenne 8 secondes 
par coup dans le tir ordinaire. 

Inconvénients. — Complication plus grande de l'arme, 
arrêts dans le fonctionnement du mécanisme, déplacement 
dans certaines armes du centre de gravité à chaque coup, 
gaspillage possible des munitions, prix plus élevé, difficulté 
d'entretien. De ces divers inconvénients, le seul sérieux est 
l'incertitude du fonctionnement du mécanisme, et encore, 
dans les modèles actuels, les enrayages sont excessivement 
rares et il est facile d'y remédier. Les progrès de l'indus- 
trie ont permis de diminuer le prix de revient et de simpli- 
fier le mécanisme; la difficulté d'entretien est bien atténuée 
et l'influence de la variation de poids n'est pas certaine, 
Enfin, la diminution du poids de l'arme et des cartouches, 
en permettant de faire porter un plus grand nombre de ces 
dernières, rend possible une consommation plus grande de 
munitions sans augmenter le poids porté par l'homme. 
Néanmoins, la question du ravitaillement des munitions a 
nécessité des mesures nouvelles, dont il sera parlé dans un 
chapitre spécial. 



CHAPITRE ni. 

CONDITIONS A REMPLIR PAR LES ARMES A FEU PORTATIVES 

ORDINAIRES. 

Conditions générales. — Il est évident que la meilleure 
arme à feu portative est celle qui a le plus d'efficacité, 
attendu que seules les balles qui portent produisent un ré- 
sultat utile. Or cette efficacité dépend : 1» de la justesse du 
tir ; 2» de la puissance de pénétration du projectile à son 
arrivée au but ; 3** de la rapidité du tir ; 4» de la facilité de 
maniement de l'arme ; 5® du bon fonctionnement de l'arme ; 
6<> de la qualité des munitions. 



2^ ARMES A FEU PORTATH-ES. 

Nous allons examiner saccessirement, arec quelques 
détails, ces différentes conditions : 

i^ Justesse du tir. — Il importe de ne pas confondre, 
comme on le (ait souvent, le mot justesse avec précision. 

La Justesse du tir se mesure par le nombre de balles 
pour cent (le pour cent) mises dans une cible de dimensions 
données. En supposant le pointage parfait, c'est-à-dire que 
le tireur a bien pris les dispositions voulues pour diriger 
Taxe de son arme sur le but, la justesse du tir dépend uni- 
quement de la précision de Parme. Mais, comme il est rare 
que le pointage ne soit pas plus ou moins défectueux, il faut 
faire en sorte d'en atténuer les conséquences par des condi- 
tions que nous indiquons plus loin. 

La précision (Tune arme dépend non seulement du tracé 
intérieur du canon et des rayures, mais aussi du mode 
d'action de la charge, de la forme de la balle et de sa résis- 
tance aux causes de déviation pendant son mouvement dans 
le canon et dans Tair. Cette précision est donnée expéri- 
mentalement à Paide de l'écart absolu moyen, en hauteur 
et en direction, lequel dépend du groupement des coups au 
point moyen. Pratiquement, on peut considérer comme 
égaux, aux petites distances, les écarts moyens en hauteur 
et en direction. C'est pourquoi Ton se borne souvent à 
définir la précision par le rayon du cercle contenant la 
meilleure moitié des coups et ayant son centre au point 
moyen. 

Les progrès considérables que Ton a réalisés récemment 
sous tous les rapports, dans la fabrication des armes à feu 
portatives, ne permettent guère d'espérer la réalisation de 
perfectionnements bien sensibles sous le rapport de la pré- 
cision. 

D'ailleurs, tout en cherchant à accroître cette der- 
nière, il ne faut pas perdre de vue que les améliorations 
possibles à ce sujet sont pour ainsi dire insignifiantes en 
regard des écarts bien autrement importants provenant du 
manque d'instruction ou d'application des principes de la 
part du tireur, de son défaut de sang-froid ou de sa fatigue, 
enfin de l'emploi d'une hausse inexacte. Ainsi Ton a cons- 
taté que, dans le tir à la cible, la précision d'une arme est 
quatre fois moindre que dans le tir sur appui fixe. Il est évi- 



CHAPITRE III. â3 

dent qu^en campagne, cette précision sera bien inférieure 
encore (1). 
Il résulte des considérations précédentes que, dans le tir 

de guerre, le pointage étant presque toujours imparfait, il 
faut chercher à augmenter pratiquement la justesse du tir 
autrement qu'en augmentant la précision de Tarme. Les 
moyens généraux à employer dans ce but sont de deux 
sortes : d'abord, alléger l'arme le plus possible, pour dimi- 
nuer la fatigue du soldat, qui tirera ainsi d'autant mieux , 
mais surtout corriger les erreurs de hausse par la tension 
plus grande de la trajectoire. 

On sait que la trajectoire est la ligne décrite par le 
centre de gravité du projectile pendant son trajet dans 
l'air, sollicité par diverses causes, dont les principales sont 
la force de projection développée par la poudre, la résis- 
tance de l'air et la pesanteur; ce projectile décrit dans l'air 
une courbe qui a sensiblement la forme d'une parabole. Une 
trajectoire est d'autant plus tendue que la parabole a une 
flèche moins élevée au-dessus de la ligne droite qui joint le 
départ du projectile à son point d'arrivée. La tension de la 
trajectoire dépend de la vitesse restante à chaque distance, 
et une trajectoire sera d'autant plus tendue pour de petites 
distances que la vitesse initiale (2) du projectile sera plus 
grande, parce qu'alors le projectile a moins à subir l'in- 
fluence des diverses causes qui le sollicitent. 

Ainsi que nous l'avons dit, il faut bien admettre que, 
dans le combat, la hausse sera toujours plus ou moins 
erronée. Dans ce cas, la balle aura d'autant moins de 
chance d'atteindre le but que la trajectoire viendra à 
baisser plus rapidement. Donc, et sans qu'il soit besoin 
d'insister, on comprend que la balle aura d'autant plus de 
chance d'être efficace que la trajectoire sera plus rasante. 



(1) Les évaluations relatives aux feux de guerre, par la comparaison des 
tirs de polygone avec les tirs de guerre, donnaient comme indication générale 
une diminution de dix fois la valeur des tirs à la cible aux grandes et aux 
moyennes distances. Des .calculs, basés sur des faits, ont prouvé que cette esti- 
mation est peut-être encore dix fois trop forte, car à Saint-Privat, dans des 
circonstances tout exceptionnelles, le tir n'a donné un pour cent que de 2,2 . 

(2) C'est la vitesse du projectile à sa sortie du canon. On l'exprime par le 
nombre de mètres qu'il parcourrait pendant la première seconde de sa course, 
si rien ne venait le ralentir. 



24 ARMES A FEU PORTATIVES. 

c'est-à-dire parcourra plus d'espace dans un même temps 
sans descendre d'une quantité égale au but à atteindre. 

On arrive à rendre la trajectoire plus tendue en augmen- 
tant la vitesse initiale et en augmentant le coefficient balis- 
tique. 

Il est bien évident, en effet, que, en tirant sur un même 
but un projectile donné avec deux vitesses initiales diffé- 
rentes, l'angle de tir (1) à employer sera d'autant plus 
grand que la vitesse initiale sera moindre ; par suite, la tra- 
jectoire de la balle tirée avec la plus grande vitesse initiale 
passera entièrement au-dessous de l'autre, et sera par consé- 
quent plus tendue. Les nouvelles poudres, dites sans 
fumée, ont amené un progrès sensible sous ce rapport, car 
la vitesse initiale du fusil mod. 1874 n'était que de 
450 mètres, alors que celle du fusil mod. 1886 est de 
610 mètres, soit un tiers plus forte. Il en est résulté que la 
portée du but en blanc (2) pour ce dernier est de 250 mètres, 
au lieu de 200 mètres pour le fusil mod. 1874, c'est-à-dire 
que le soldat pourra tirer avec la ligne de mire naturelle, 
sans avoir à se servir de la hausse, pour un but ne dépas- 
sant pas 500 mètres dans le tir contre des hommes debout, 
alors qu'auparavant il ne pouvait le faire que jusqu'à la dis- 
tance de 300 mètres. Contre les cavaliers, la ligne de mire 
naturelle du fusil mod. 1886 peut convenir jusqu'à 
600 mètres, tandis qu'elle ne dépassait pas 400 mètres avec 
le fusil mod. 1874. 

On augmente également la tension de la trajectoire en 
augmentant le coefficient balistique, c'est-à-dire le poids 
de la balle par unité de section. En effet, on arrive ainsi à 
diminuer le plus possible l'action retardatrice que la résis- 
tance de l'air oppose à la marche du projectile. On a réalisé 
un progrès considérable dans cette voie par l'emploi des 
rayures, qui a permis de faire usage de projectiles allongés, 
au lieu des balles sphériques employées avec les armes à 
àme lisse. C'est ce qui explique que le coefficient balistique, 
qui n'était en 1877 que de 10 grammes avec une portée 



(1) Angle que fait Taxe du canon (ligne de tir) avec le plan horizontal. 

(2) C'est la distance qui sépare la bouche de l'arme à feu du second point 
d'intersection de la trajectoire d'un projectile avec la ligne de mire. 



CHAPITRE III. 25 

maxima de 600 mètres, est aujourd'hui de 30 à 32 grammes 
avec une portée maxima de 2,800 mètres. 

Avec des fusils du calibre de 6"™™, on obtiendra des vitesses 
deSOO mètres et des trajectoires telles que, jusqu'à la distance 
de 700 mètres, leur flèche sera bien inférieure à la hauteur 
d'un homme. Dans les tirs individuels, cette distance de 
700 mètres ne peut guère être dépassée utilement, car la 
vue de l'homme n'est pas assez perçante et son système ner- 
veux est trop impressionnable pour espérer obtenir des ré- 
sultats efficaces à une distance supérieure. Mai? il n'en est 
plus de même dans les feux de salve, car aux grandes dis- 
tances les zones dangereuses sont plus profondes et les 
chances d'atteindre le but deviennent plus nombreuses. 

2o Puissance de pénétration de la balle. — Il est indis- 
pensable que, à son arrivée au but, la balle ait une force de 
pénétration au moins suffisante pour mettre un homme hors 
de combat. On a constaté expérimentalement que cette con- 
dition est remplie lorsque le projectile possède une vitesse 
restante de 100 mètres au minimum. Nous verrons, en par- 
lant des cartouches, que les armes actuelles ont une vitesse 
restante de beaucoup supérieure à celle qui vient d'être 
indiquée et que, avec le surplus, on arrive à percer certains 
obstacles derrière lesquels les hommes pouvaient se consi- 
dérer comme à couvert jusqu'à présent. On a même cons- 
taté que les balles de 6™", 5 avaient encore une efficacité 
plus grande que celles de 8«»™. 

Plus la force de pénétration sera grande, plus la balle 
aura d'efficacité, soit en traversant plusieurs rangées 
d'hommes l'une derrière l'autre, soit en rendant illusoires 
certains couverts, soit en forçant à donner à ceux-ci une 
épaisseur plus grande, c'est-à-dire à consacrer plus de temps 
à leur construction. 

Il est donc bien évident que l'on a tout intérêt à donner à 
la balle la plus grande force de pénétration possible, en 
tenant compte des conditions de charge de poudre, de vi- 
tesse du recul, etc., qui sont à considérer en même temps. 
Ainsi, on a pu constater, au Dahomey, que la balle de 8™™, 
après avoir traversé un arbre de 0™,45 de diamètre, a 
également traversé cinq Dahoméens, qui ont nécessairement 
été ainsi mis hors de combat. On sera contraint par suite 



!2G ARMES A FBU PORTATIVES. 

à ne plus circuler à découvert, à rechercher des formations 
de combat moins denses et à donner aux profils des tran- 
chées de campagne une épaisseur beaucoup plus considé- 
rable. 

La force de pénétration de la balle est d'autant plus 
grande que la vitesse initiale est plus considérable ; cette 
force varie, en outre, en raison inverse du diamètre du 
projectile, de sorte qu'elle peut atteindre des proportions 
énormes. 

Il faut remarquer, toutefois, qu*il ne suffit pas de cribler 
de projectiles une troupe, à pied ou à cheval, si elle peut 
arriver au but et produire le choc, même avec un grand 
nombre de ses éléments blessés. C'est ainsi qu'on a vu, au 
Dahomey, certains de nos adversaires perforés de part en 
l)art, par des balles de notre fusil Lebel, n'être arrêtés 
dans leur élan qu'après un certain parcours. Il importe 
donc que l'ennemi soit mis hors de combat aussitôt blessé 
et pour un certain temps : et, par suite, de laisser au pro- 
jectile une masse suffisante à cet effet. L'expérience pour- 
rait être faite sur des chevaux, car la question est impor- 
tante surtout lorsqu'il s'agit d'arrêter une charge de 
cavalerie. 

La force de pénétration des balles tirées avec les fusils 
actuellement en service est de beaucoup supérieure à celle 
qui serait suffisante. Jusqu'à ces derniers temps, la péné- 
tration des projectiles n'était pas bien considérable; ainsi, 
la balle du fusil mod. 1874, qui était une des plus puissantes 
parmi celles alors en usage en Europe, pouvait difficilement 
traverser un homme à la distance de 500 mètres ; à bout 
portant, elle ne traversait pas un bloc de chêne de 15°»™, et 
ne produisait qu'un simple enfoncement sur toutes les par- 
ties des cuirasses de la grosse cavalerie. 

Aujourd'hui, les résultats obtenus par la pénétration de 
la balle de petit calibre sont prodigieux. La balle du 
Mannlicher allemand traverse une plaque de fer de 1^^ 
jusqu'à 300 mètres. A 400 mètres, elle pénètre de 0°»,45 
dans le sapin et de 0™,50 dans le sable ; les murs minces en 
briques ne protègent plus qu'imparfaitement, et plusieurs 
coups venant frapper au même point finissent par les tra- 
verser. 

A 45 mètres, la balle du fusil Mauser belge traverse 30 à 



CHAPITRE iir. 27 

40 planches de sapin du Canada de 0°*,04 d'épaisseur, placées 
à intervalles de 2 à 3 mètres, et elle perfore une plaque de 
tôle de fer de H™™ ; sa pénétration dans l'argile fortement 
serrée et détrempée est de 0™,25 à 0™,30; dans une terre 
pierreuse, elle atteint en moyenne 0",70. Un bloc de hêtre 
sec de 0™,54 est traversé jusqu'à la distance de 100 mètres. 
La balle du fusil français mod, 1886 conserve assez de 
force, jusqu'à 1800 mètres, pour traverser un homme et 
blesser un autre homme placé derrière lui. Son maximum 
de pénétration dans les terres est de O'OjtîO de 250 à 400 mè- 
tres, de 0'°,40 jusquà 1000 mètres et de 0™,25 jusqu'à 
2,000 mètres. Dans les bois, les effets de pénétration sont 
de 0«»,90 dans le sapin à 100 mètres, de O'DjBO à 200 mètres 
et de 0n»,2D à 1000 mètres; tandis que dans le chêne, ils 
sont respectivement de 0™,70, 0™,50, 0"»,15 aux distances 
précédentes; jusqu'à la distance de 15 mètres, deux ou 
trois arbres de 0™,40 de diamètre sont complètement 
traversés. Sur les plaques métalliques, on a constaté les 
effets suivants : à 200 mètres, une cuirasse en acier chromé, 
dont la résistance est supérieure à celle de l'acier ordi- 
naire, est complètement traversée; de 10 à 15 mètres, 
le même projectile perce une plaque d'acier de 12™™. 
Enfin, on a constaté que la balle perfore un cheval dans 
sa plus grande longueur; jusqu'à l'extrême portée, elle 
brise un os long; jusqu'à 200 mètres de vitesse, Tos est 
poussé dans les muscles, qui sont déchirés et projetés en 
dehors, en laissant du côté de la sortie une grande cavité. 
En général, sauf aux vitesses ne dépassant pas 150 mètres, 
les os durs se brisent et forment des esquilles ; au contraire, 
les os spongieux ou minces peuvent être traversés sans 
brisures, même à des distances assez fortes. 

3» Rapidité du tir. — Il est évident à priori que, toutes 
choses égales d'ailleurs, l'efficacité du feu est d'autant plus 
grande que, pendant un temps donné, le même nombre 
d'hommes peut tirer une plus grande quantité de balles, 
car alors leffet utile produit est plus considérable. Celui-ci 
se mesure généralement en multipliant le pour cent obtenu 
dans une cible de dimensions réglementaires par la rapi- 
dité du tir. 

Cette rapidité est surtout très avantageuse avec les pou- 



28 ARVES A FEU PORTATIVES. 

dres sans fumée qui permettent toujours de distinguer le 
but, et avec le mode actuel de combat, pendant lequel il y 
a intérêt à pouvoir tirer le plus grand nombre de balles 
possible sur l'adversaire pendant les courts instants où il 
sera obligé de se découvrir. 

L'invention de la cartouche d'abord, puis le chargement 
par la culasse, en diminuant le temps nécessaire au char- 
gement, ont permis de réaliser des progrès sensibles sous 
le rapport de la rapidité du tir. Mais l'adoption d*armes 
à tir rapide (armes à répétition), a surtout résolu le pro- 
blème dans des conditions qu'on ne peut guère désirer 
meilleures à ce point de vue. Au contraire, on craint plutôt 
qu'en facilitant la consommation de nombreuses cartouches 
dans une période de temps très courte, on ne facilite le 
gaspillage des munitions et que, ensuite, les hommes ne 
restent désarmés au moment le plus critique du com- 
bat. 

Pour obvier à cet inconvénient, il faut arriver à obtenir 
une discipline des feux telle que le soldat ne tire rapide- 
ment que lorsqu'on lui en donnera l'ordre. En outre, pour 
éviter qu'il manque de cartouches, on devra prendre des 
dispositions particulières pour assurer le ravitaillement en 
munitions pendant le combat des hommes qui se trouvent 
sur les lignes engagées ; autrement dit, il faut s'arranger 
de manière à n'être pas obligé de restreindre la consom- 
mation de cartouches lorsqu'elle peut produire un effet 
utile, mais au contraire faire en sorte qu'elles ne manquent 
pas aux endroits où elles pourront faire besoin. La 
réduction du poids des cartouches facilitera la réalisation 
de cette mesure. 

On objecte également que, dans la chaleur du combat, 
les hommes se laissant entraîner à tirer d'autant moins 
bien qu'ils tirent plus vite, on sera exposé à perdre en 
justesse ce que l'on pourra gagner en vitesse. A cela on 
peut répondre que les conditions du tir de combat ne 
paraissent pas devoir être modifiées parce qu'on tirera 
plus vite. D'ailleurs, il faut bien remarquer que Ton arrive 
à gagner du temps avec les armes à répétition, non parce 
qu'on consacre moins de temps au pointage, mais parce 
que Ton supprime pour un certain nombre de cartouches 
le temps le plus long de la charge. Néanmoins, on ne 



CHAPITRE lU. 29 

saurait trop insister pour que, dans tous les cas, les tireurs 
visent convenablement. 

Ce dernier résultat serait facilement atteint si l'instruc- 
tion du tir était partout bien donnée. Il est inexplicable 
que, alors qu'on s'attache avec raison à une précision et à 
un ensemble remarquables pour le maniement d'armes, 
on ne s'inquiète nullement de faire prendre à l'homme, 
pour ainsi dire machinalement, par l'habitude, la position 
du tireur la meilleure, laquelle comprend les indications 
nécessaires pour viser bien et rapidement. En un mot, il 
faudrait arriver progressivement à ce que tout soldat ne 
sache prendre qu'une bonne position du tireur et une 
bonne ligne de mire, comme il arrive à prendre correcte- 
ment et rapidement la position de croiser la baïonnette. 

4» Facilité de maniement et légèreté de Tarme. — Pour 
être facile à manier, une arme doit être d'un poids conve- 
nable et convenablement réparti. Cette dernière condition 
est remplie lorsque le centre de gravité est placé uu peu en 
arrière de la hausse, sous laquelle se porte la main gauche 
dans le mouvement de la mise enjoué. C'est lorsqu'on met 
enjoué avec la baïonnette au bout du canon que la fatigue 
est la plus grande. Il faut que, dans ce cas, le centre de 
gravité se trouve placé dans le sens transversal, en arrière 
de la main gauche qui soutient l'arme, entre la hausse et le 
pontet. 

On a dû chercher à donner au fusil le moindre poids 
possible, afin de ne pas fatiguer inutilement le soldat et 
de lui permettre d'être ainsi dans de meilleures condi- 
tions pour tirer. Il a fallu procéder à de longues et nom- 
breuses expériences pour arriver à déterminer, le mieux 
possible, le poids de l'arme et de la cartouche, car il existe 
une relation entre le poids de l'arme, son recul, le poids de 
la balle et sa vitesse initiale, de sorte que l'on ne peut 
faire varier un de ces éléments sans modifier en consé- 
quence un ou plusieurs des autres. 

Mais, des quatre quantités ci-dessus, deux au moins (le 
poids de l'arme et la vitesse du recul) ne peuvent être 
fixées arbitrairement. Or, en désignant par P le poids de 
l'arme, par V la vitesse du recul, par p le poids de la balle 
et par v la vitesse initiale, on a, d'après un théorème de 



30 ARMES A FEU PORTATIVES. 

mécanique bien connu, la relation PV = pv^ c'est-à-dire 
que le poids de Tarme X par le recul est égal au poids de la 
balle œ par la vitesse initiale. Il ressort de cette formule 
que. pour obtenir une arme à grande vitesse initiale, il y a 
intérêt à maintenir le fusil à un poids aussi élevé que pos- 
sible. 

Jusqu'à une époque assez récente, où Ton a trouvé le 
moyen d'augmenter la vitesse initiale en réduisant le 
calibre et le poids de la balle, on avait dû fixer par expé- 
rience le poids du fusil. On avait d'abord constaté que 
l'arme de 4^,500 (sans baïonnette) était trop lourde pour 
Tinfanterie et l'on s'était efforcé de rester aux environs de 
4^300. Mais on finit par reconnaître que ce poids fatiguait 
excessivement les soldats les plus faibles, surtout depuis 
l'introduction du service obligatoire. On arriva donc à 
tomber d'accord pour abaisser le poids du fusil à 4 kilogr. 
environ, parce qu'on craignait, en admettant un poids plus 
faible, d'augmenter la vitesse du recul au point de rendre 
la fatigue du tireur inadmissible. 

•Actuellement que l'on possède une poudre progressive et 
bien stable, permettant d'obtenir une vitesse initiale consi- 
dérable sans produire un recul trop violent, le poids de 
l'arme n'a plus d'autre limite inférieure que la nécessité de 
ne pas trop aff'aiblir les différents organes et les diverses 
parties. C'est ainsi que le nouveau fusil anglais ne pèse que 
3^,600. 

On avait également admis jusqu'à présent que la lon- 
gueur du fusil avec baïonnette devait être suffisante pour 
permettre de tirer sur deux rangs, c'est-à-dire atteindre 
1™,70 au minimum. Nous verrons plus loin que cette con- 
dition n'est plus nécessaire. 

5^ Fonctionnement assuré de l'arme. — Pour faire un 
bon service en campagne, l'arme doit être solide et simple. 
Dans ces conditions, l'instruction est plus facile à donner, 
il y a moins de chance d'erreur de la part du soldat; le 
défaut de complication du mécanisme diminue les causes de 
réparation ou d'arrêt du fonctionnement; le démontage et 
le remontage peuvent s'exécuter rapidement et facilement, 
ainsi que le nettoyage et les réparations ; enfin, le prix de 
revient est moins élevé, considération qui, bien que secon- 



CHAPITRE III. 31 

daire, a son importance en raison du nombre considérable 
d'armes de chaque modèle dont il faut disposer avec les 
armées actuelles. 

Le chargement par la culasse permet de charger l'arme 
dans toutes les positions du tireur : debout, à genou ou 
couché, sans poser l'arme à terre. Un raté ne peut passer 
inaperçu, car il n'est pas possible de charger de nouveau 
sans que le coup précédent ait été tiré. 

Pour assurer au tireur une sécurité complète, l'arme ne 
doit donner lieu à aucun départ accidentel ni à aucun raté. 
De même, il est indispensable que les pièces du mécanisme 
soient à l'abri de l'encrassement provenant du tir et des 
dégradations causées par la poussière ou par l'humidité. 

6^ Qualité des munitions. — Avec des cartouches dont la 
poudre serait inégale ou de mauvaise qualité, la justesse et 
la portée seraient absolument livrées au hasard; il en 
serait de même si les cartouches n'étaient pas bien cali- 
brées et leurs divers éléments bien ajustés et assemblés. 
En outre, des cartouches défectueuses amèneraient de 
fréquents ratés et pourraient compromettre la sécurité du 
tireur. Enfin elles nuiraient à la rapidité du tir. 

Les autres conditions à exiger pour une bonne cai*touche 
sont la solidité, la légèreté et une bonne conservation dans 
les magasins et les transports. Avec le tir rapide, la légè- 
reté a une grande importance. Les conditions de simplicité 
de fabrication, auxquelles on tenait beaucoup autrefois, 
n'ont plus leur raison d'être aujourd'hui, étant donné les 
progrès de l'industrie. La question du prix de revient n'est 
également que secondaire, bien qu'ayant son importance 
en raison du nombre considérable de munitions qui est 
nécessaire. 

La confection des cartouches actuelles est l'objet des 
plus grands soins et a atteint un haut degré de perfection ; 
l'emploi des machines Ta rendue, en outre, suffisamment 
économique. Aussi ne produisent-elles que fort exception- 
nellement des ratés ou des départs accidentels. 

La cartouche à étui métallique est complète et assure 
une grande justesse; elle est plus simple que la plupart 
des autres, car elle supprime la rondelle de graisse et le 
papier-enveloppe de la balle ou calepin. 



32 ARMES A FEU PORTATIVES. 

70 Recul supportable. — La vitesse du recul V ne pou- 
vait, avant Tadoption des poudres nouvelles, être déter- 
minée que par expérience. En la combinant avec le poids 
de l'arme, on avait reconnu qu'elle ne pouvait dépasser 
3 mètres. On avait alors la formule PV = 1 2 == pv. Ce 
dernier terme devait être multiplié encore par un facteur 
dans lequel entrait le rapport du poids de la charge au 
poids de la balle et dont la fonction est mal connue, focteur 
que Ton négligeait d'ailleurs pour la facilité de la démons- 
tration. On en déduisait que la vitesse initiale devenait 
d'autant plus grande que le poids de la balle était plus 
petit et réciproquement. 

Donc, en admettant pour la balle le poids de 15 grammes 
qui est largement satisfaisant, et une vitesse initiale de 
620 mètres, on a pour notre fusil modèle 1886 : 

620 X 0,015 
V = T-jôTT = 2,22 en chiffres ronds. 

4,loU 

Cette vitesse de recul est très admissible, puisqu'elle est 
inférieure à celle des anciens fusils, tout en assurant une 
vitesse initiale plus considérable. C'est cette diminution 
du recul que les soldats expriment en disant que le fusil 
mod. 1886 repousse moins. 



CHAPITRE IV* 

CONDITIONS A REMPLIR PAR LES ARMES A RÉPÉTITION. 

Conditions générales. — Il est évident que les armes à 
répétition doivent remplir les conditions générales indi- 
quées précédemment pour une bonne arme de guerre, et 
il n'y a aucune raison qui empêche d'obtenir avec les 
premières une grande justesse, une trajectoire tendue, 
une portée efficace, une grande puissance de pénétration, 
de bonnes cartouches. La rapidité du tir est naturelle- 
ment assurée. Le mécanisme est peut-être un peu plus 
compliqué; mais il est encore suffisamment simple et so- 
lide; le poids ne dépasse pas celui de l'ancien fusil, grâce 



CHAPITRE IV. 33 

à la réduction du calibre. Le fonctionnement de l'arme et sa 
facilité de maniement ne présentent aucun inconvénient. 

Conditions particulières. — Mais, en dehors des condi- 
tions générales précédentes, une arme à répétition doit 
encore satisfaire aux desiderata suivants : 

!• Permettre le tir coup par coup avec une vitesse au 
moins égale à celle qu'on obtient avec les armes à char- 
gement successif. 

Cette condition s'applique aux fusils avec magasin dans 
la crosse ou sous le canon, dont le rechargement du ma- 
gasin exige un certain temps. Aussi, pour ne pas les 
mettre en état d'infériorité sous ce rapport, on a pris les 
dispositions voulues pour que les armes de ce genre puis- 
sent être chargées coup par coup et agir comme fusils à 
chargement successif jusqu'à ce qu'on ait trouvé le temps 
de recharger le magasin. 

Dans les armes avec boites-chargeurs, le chargement 
successif n'est pas toujours possible, mais alors la rapi- 
dité du tir n'est pas mise en question. 

2® Fonctionner régulièrement y quelle que soit la rapi- 
dité du maniement. 

Il est clair que si Ton n'était pas certain d'arriver au 
moment voulu à la rapidité du tir que l'on a en vue, le 
résultat cherché ne serait pas atteint. Cela revient à dire 
que le mécanisme de répétition doit être simple, solide 
et en état de fonctionner dans les conditions d'emploi les 
plus difficiles. Les mouvements de la charge, aussi bien 
coup par coup qu'à répétition, doivent être réduits au 
minimum. 

30 Permettre facilement le passage du tir ordinaire 
au tir à répétition et réciproquement. 

Il va de soi que, dans l'émotion inséparable du combat, 
il ne faut pas exiger des hommes une manœuvre com- 
pliquée pour passer d'un genre de tir à un autre. On 
va même jusqu'à demander que le tir à répétition soit 
seul possible, et c'est ce qui a lieu avec les armes se 
chargeant au moyen de chargeurs. 

Dans les autres armes, dont le magasin se charge par 
cartouches successives, il suffit en général de pousser 
<lansun sens déterminé un levier de manœuvre pour passer 

3 



34 ARMES A FEU PORTATIVES. 

d'un genre de tir à un autre. Cette manœuvre, simple 
et rapide, permet de profiter des occasions, souvent très 
fugitives, qui se présentent d'utiliser le tir à répétition. 

4» Avoir un magasin fixé à demeure. 

On comprend, en efiet, que, si le magasin présente des 
avantages, il doit être en état de fonctionner à tout mo- 
ment, ce qui ne serait pas le cas si l'on était obligé* de 
l'adapter à l'arme seulement au moment du besoin. C'est 
la condamnation des magasins mobiles ou chargeurs (1). 

5» Contenir dans le magasin un nombre de cartouches 
aussi grand que possible. 

On évite ainsi le rechargement trop fréquent du ma- 
gasin. Mais, d'un autre côté, il suffit que ce nombre de 
cartouches soit suffisant pour assurer à un moment donné 
une grande rapidité au tir sans nuire à sa précision. Or, 
si ce nombre était trop élevé, il en résulterait pour le 
fusil un surcroit de poids qui fatiguerait le soldat et l'em- 
pêcherait de tirer avec précision. 

D'ailleurs, avec les boites-chargeurs, permettant de re- 
garnir le magasin aussi rapidement qu'on introduit une 
seule cartouche dans la chambre, il serait plutôt possible 
de réduire que de songer à augmenter le nombre des 
cartouches du magasin. Il faut remarquer d'ailleurs que, 
avec ce genre de magasin généralement adopté aujour- 
d'hui, on ne peut le charger d'un nombre élevé de car- 
louches, non seulement sans augmenter sensiblement le 
poids de l'arme, mais surtout sans donner à ce magasin 
une saillie exagérée, gênante et nuisible au maniement 
du fusil. Aussi, sauf pour l'Angleterre et la Suisse, où 
la contenance du magasin est respectivement de dix et 
de douze cartouches, généralement le magasin n'est dis- 
posé que pour cinq, et même notre carabine ne contient 
que trois cartouches. 

Mais, d'un autre côté, ce genre de chargement exige 
l'emploi de dispositifs particuliers, boîtes-chargeurs ou 
lames-chargeurs, qui constituent une dépense et un objet 



(1) Se reporter au uota de la page 15 pour l'explication de ces termes. 
Nous désignerons exclusivement sous le nom de boites-chargeurs ou lames- 
chargeurs les récipients ou dispositifs permettant le chargement eu une seule 
fois d'un certain nombre de cartouches. 



CHAPITRE IV. 33 

inutile au tir, et dont, par suite, il faut restreindre le 
nombre. C'est pourquoi, en tenant compte de ces diverses 
considérations, il semble qu'un magasin contenant cinq 
cartouches est de capacité raisonnable et suffisante. 

6» Avoir un poids ne dépassant pas 4 kilogrammes. 

Il n'y a pas lieu de tenir à ce poids aussi strictement 
qu'avec les armes ordinaires, car, avec les fusils à répé- 
tition, les cartouches contenues dans le magasin ont na- 
turellement pour conséquence d'augmenter le poids de 
l'arme. Cependant la réduction du calibre a facilité la solu- 
tion du problème, en permettant de diminuer le poids du 
fusil et celui de la cartouche, en même temps que le char- 
gement par boite-chargeur donne la possibilité de limiter à 
un chiffre peu élevé le nombre des cartouches du magasin 
et, par suite, de donner à l'arme le poids jugé convenable. 

Pourtant, si un poids élevé est réellement utile, il y 
aurait d'autant moins lieu d'hésiter à l'adopter que, comme 
on ne s'en servirait que pendant une certaine période du 
combat, pour peu de temps, à un moment où l'homme est 
surexcité, de sorte que la surcharge résultant de ce fait 
passerait inaperçue. 

En outre, le poids de 4 kilogrammes avait pour but de 
faciliter la résistance à la force du recul, et comme cette 
force se trouve diminuée avec les nouvelles poudres, il 
parait très possible de descendre au-dessous de ce poids 
sans inconvénient. 

70 Permettre un approvisionnement facile, même en 
marchant. 

Nous avon;s dit déjà que ce n'est pas le cas pour les 
magasins sous le canon ou dans la crosse. En revanche, 
les boîtes-chargeurs donnent pleine satisfaction sous ce 
rapport. 

Il semble, en effet, que, si le magasin procure des avan- 
tages, il doit pouvoir fonctionner à tout moment, et qu'il 
n'est possible de le faire que si ce magasin peut être garni 
rapidement et facilement. 

Il est à remarquer, d'ailleurs, que les fusils ne remplis- 
sant pas cette condition sont ceux qui ont été construits au 
début de l'adoption des armes à répétition, alors qu'on 
n'était pas bien fixé sur la valeur du principe de la rapidité 
du tir, que l'on ne cherchait pas à favoriser outre mesure. 



36 ARMES A FEU PORTATIVES. 

8® Eviter toute chance d'explosion et de déformation 
des cartouches dans le magasin. 

Cette condition indispensable pour éviter tout accident, 
aussi bien pendant le tir que dans les marches, a pu n'être 
pas remplie convenablement dans quelques-uns des pre- 
miers modèles d'armes à répétition, mais tous les types 
actuellement en service garantissent la sécurité du tireur 
et de l'arme sous ce rapport. 

90 Permettre de contrôler à tout moment la contenance 
du magasin. 

Cette condition, d'ailleurs secondaire, n'est remplie que 
pour les armes à boites-chargeurs. Ce serait, à la rigueur, 
un argument de plus en faveur de ces dernières. 

Résumé. — Il n'existe pas un type d'arme à répétition 
qui réalise complètement les conditions précédentes, aux- 
quelles on pourrait encore en ajouter d'autres suivant le 
point de vue auquel on se placerait. Cela tient à ce qu'on 
n'envisage pas partout la question de la même manière, et 
que ce qui est considéré comme un inconvénient pour cer- 
taines puissances peut, au contraire, passer pour une qualité 
chez d'autres. En outre, l'époque à laquelle ces armes, 
quoique d'adoption récente, ont été construites peut avoir 
également influé sur le modèle choisi, car des perfectionne- 
ments incessants ont été réalisés sous ce rapport, et les 
idées sur la question se sont plus nettement fait jour. 

De l'ensemble de ces diverses considérations, auxquelles 
il faut ajouter encore la différence de tempérament, il 
résulte qu'aucune des puissances n'a adopté un fusil entiè- 
rement semblable à celui d'une autre. Pourtant, ainsi que 
nous le verrons plus tard, certains principes généraux ont 
fini par prévaloir. 



CHAPITRE V. 

DÉTERMINATION DES DIVERS ÉLÉMENTS. 

Parties constitutives du fusil. ^ Quel que soit le modèle 
d'arme adopté, il doit forcément se composer des pièces 
indispensables pour remplir convenablement son but. 



CHAPITRE V. 37 

Ces pièces sont en général les suivantes : 

1° Le canoUy qui reçoit le projectile et doit être organisé 
de manière à imprimer la plus grande vitesse initiale pos- 
sible à un projectile de poids donné; 

2» La hoite de culasse, qui prolongre le canon auquel elle 
est vissée et sert à introduire la cartouche dans la chambre; 

3<> La culasse moMle, qui constitue l'appareil de ferme- 
ture et d'obturation ; 

4° Le mécanisme de percussion, qui sert à faire partir le 
coup; 

50 Le mécanisme de répétition, pour les armes à répé- 
tition ; 

6° Les organes de pointage, pour diriger le projectile 
sur le but à atteindre ; 

70 La monture, qui supporte le canon et facilite le manie- 
ment de l'arme ; 

S^ Les garnitures, qui, reliant le canon à la monture, ser- 
vent à charger ou à protéger certaines parties de l'arme 
contre de trop rapides détériorations ; 

9^ La baïonnette, qui a pour but de transformer le fusil en 
arme d'hast; 

IQo La cartouche, qui sert au chargement de Tarme et le 
facilite en réunissant le projectile^ la charge et l'amorce. 

i 1. — CANON. 

Canon. — Les canons de fusils ont été fabriqués en fer 
forgé jusqu'en 1863, époque à laquelle l'emploi des rayures 
força d'employer un métal suffisamment résistant pour 
empêcher l'usure des rayures. On a adopté alors l'acier 
fondu, de bonne qualité et très doux. Le canon du fusil 
mod. 1886 est en acier trempé. 

On donne au canon une forme tronconique, avec une 
épaisseur plus grande au tonnerre, où se produit d'abord 
l'action de l'explosion de la poudre. Cette épaisseur doit 
être en rapport avec la pression des gaz de la poudre, qui 
va en diminuant depuis le tonnerre jusqu'à la bouche. Elle 
est déterminée non seulement par la condition de résister 
aux pressions intérieures, mais aussi par celle de résister 
aux flexions, qui sont très sensibles dans un tube long et 



38 ARMES A PEU PORTATIVES. 

mince. Dans les fusils mod. 1874, le canon a à la bouche 
une épaisseur égale à un tiers du calibre (3°»°» environ), et 
une épaisseur double au tonnerre (deux tiers du calibre ou 
7min environ). 

Dans les armes nouvelles de petit calibre, on donne au 
canon une épaisseur beaucoup plus grande qu'il n*est néces- 
saire pour résister aux pressions, car le fusil mod. 188o a 
une épaisseur de 3">™,5 à la bouche (soit sept seizièmes du 
calibre) et t™«» au tonnerre (ou trois quarts du calibre). 
Mais on a voulu ainsi diminuer Tamplitude des vibrations 
provenant du tir et éviter les faussages qu'auraient pu 
amener trop facilement des chocs accidentels. La réduction 








Fis. -1 3. 



'O 



du calibre a donc permis de donner largement aux canons 
de fusil l'épaisseur nécessaire, sans dépasser le poids voulu 
pour l'arme (Jlg. 13). Il est d'ailleurs inutile d'aller trop 
loin sous ce rapport, puisque Ton peut trouver avantageu- 
sement l'emploi de la différence de poids en faisant porter à 
Thomme un plus grand nombre de cartouches. 

Pour faciliter le vissage du canon dans la boite de 
culasse, l'extrémité inférieure de ce canon ou tonnerre est 
disposée en forme de pans à Textérieur et elle se termine 
par une partie ûletée venant se visser dans la partie 
taraudée de la boite de culasse. 

Le canon est bronzé extérieurement pour éviter les 
reflets et aussi pour faciliter le nettoyage en campagne. Il 
porte généralement la hausse, le guidon et les tenons 
destinés à fixer la baïonnette, excepté dans les armes où le 
canon est muni d'un tube-enveloppe, comme en Allemagne, 
en Belgique, au Danemark, en Suisse, auquel cas toutes 
les parties précédentes sont fixées sur l'enveloppe exté- 
rieure du canon. 

Tnbe-enveloppe. — L'échauffement considérable que 
peut produire un tir rapide dans le canon du fusil a 



CHAPITRE V. 39 

amené diverses puissances à protéger ce canon par un 
tube-enveloppe ou chemise en tôle d'acier, qui présente les 
avantages suivants : 

1® La main du tireur est garantie du contact du canon. 
Cette précaution est nécessaire, mais on ?a obtenue de 
bien d'autres manières : par un protège-main en bois, en 
cuir, etc., qui ne recouvre que la partie du canon où le 
tireur est amené à placer la main gauche pendant le 
tir; par une disposition particulière de la monture qui 
entoure complètement le canon jusqu'à hauteur de la gre- 
nadière, etc. ; 

2o Le canon est protégé contre les chocs extérieurs, 
contre les déformations du bois et contre les flexions pro- 
duites par les parades du sabre-baïonnette. Mais, pour ne 
pas augmenter trop le poids de l'arme, on est obligé de 
donner au tube une épaisseur trop faible pour l'empêcher 
d'être faussé ou percé par les chocs ; 

3® Les organes de pointage étant portés par l'enveloppe, 
les brasages sur le canon sont supprimés. Mais il y a de 
nombreuses chances de déplacement de la hausse et du 
guidon l'un par rapport à l'autre, d'où il résulte des 
erreurs de pointage ; cet inconvénient très sérieux doit se 
produire facilement; 

4° Le canon peut vibrer librement pendant le tir. Cette 
considération, très importante au point de vue de la jus- 
tesse du tir, a été une des causes principales de Tadoption 
du tube-enveloppe. Mais, le canon étant isolé de l'air 
ambiant, l'échaufl'ement du canon s'accroît à chaque coup 
et peut atteindre 600 degrés, de sorte que non seulement 
le soldat ne pourrait tenir le tube à cette température, 
mais que réchauffement des rayures mettrait rapidement le 
canon hors de service. En outre, il se formerait de l'humi- 
dité et, par suite, de la rouille, dans le vide intérieur com- 
pris entre le canon et le tube. 

Si Ton ajoute que, dans tous les cas, le tube-enveloppe 
constitue une augmentation de poids et de prix, et que cet 
organe exige un surcroit de temps et de soins pour le net- 
toyage et le démontage, on arrivera à conclure que les 
avantages qu'il procure sont bien inférieurs aux inconvé- 
nients qui en résultent. En outre, certains de ces avan- 
tages, tel que celui de la protection des doigts contre 



40 ARMES A FEU PORTATIVES. 

réchauffement, peuvent être obtenus d'une manière beau- 
coup plus simple. 

D'après le docteur Hèbler, le tube-enveloppe doit être 
construit avec un métal et sur des bases telles : l» que le 
canon puisse se dilater librement sous l'action de la cha- 
leur et qu'il puisse se refroidir sur toute sa longueur; 
2» qu'on puisse le tenir sans se brûler pendant un feu 
d'une durée quelconque; 3® qu'il ne soit pas facilement 
endommageable. Ces conditions sont telles qu'aucune des 
armes munies de tube-enveloppe ne les remplit et ne 
pourrait les remplir qu'au prix d'une dépense et d'une 
augmentation de poids assez sensibles. 

Le tube-enveloppe ne paraît donc pas devoir être recom- 
mandé. 

» 

Longueur du canon et de l'arme. — La longueur du 
canon doit être suffisante pour assurer à la balle les meil- 
leures qualités balistiques, c'est-à-dire pour lui permettre 
de parcourir son trajet dans l'air dans d'excellentes con- 
ditions, après avoir pris complètement l'impulsion que lui 
communiquent les rayures pendant son parcours dans 
l'âme. Avec les conditions actuelles de chargement, l'ex- 
périence démontre qu'une longueur do 80 calibres (0"^,64) 
est suffisante pour l'àme. On ne gagne presque rien en 
vitesse initiale en allongeant Tâme au delà do cette limite. 

On a admis jusqu'à présent que la longueur du fusil 
doit être suffisante pour permettre d'exécuter sans dan- 
ger des feux sur deux rangs. Or, dans la position de 
joue, l'épaule droite de l'homme du deuxième rang est à 
environ 0"^,60 (0"™,50 rigoureusement) de l'extrémité anté- 
rieure de l'épaule gauche de l'homme du premier rang. Il 
en résulte qu'une longueur de 1™,10 est bien suffisante pour 
le fusil, laquelle varie entre l^^jâG et 1"",35 dans l'arme- 
ment actuel. Si, de cette longueur, on déduit la longueur 
de la couche, c'est-à-dire la distance qui sépare le talon 
de la crosse du canon, fixée à 0n»,49 et basée sur la con- 
formation d'un homme de taille moyenne, on arrive à 
trouver que la longueur du canon ne peut pas être infé- 
rieure à 0"",61; pour notre fusil modèle 1886, qui a '1°,307 
de longueur, elle est de 0'^,80, ce qui correspond à 100 
calibres, et pourrait sans inconvénient être réduite de 



CHAPITRE V. 41 

0™,16. On peut remarquer que, pour la carabine de cava- 
lerie dont la longueur du canon est'de 0">,4534 (57 calibres 
environ), la vitesse initiale n'est inférieure que de 10 mètres 
à celle du fusil, qui est de 620 mètres. 

Dans les transformations successives de l'armejnent, on 
a cherché longtemps à conserver au fusil armé de sa 
baïonnette une longueur de 1™,90, qu'on jugeait indis- 
pensable pour en faire une arme d'hast encore suffisante 
au deuxième rang pour repousser les charges de cavalerie. 
Par suite, la longueur de la 'baïonnette devait s'accroître 
d'autant plus que diminuait celle du canon. Mais aujour- 
d'hui que l'on compte surtout sur le feu pour repousser 
les charges, une longueur de 1",20 étant suffisante pour 
le fusil, rien n'empêche d'abaisser la longueur de la baïon- 
nette à 0n»,45 environ, ce qui donne une longueur totale 
de l™,6o, satisfaisante dans tous les cas. On peut même 
constater, comme nous le verrons plus loin, qu'un grand 
nombre des fusils actuels, surtout parmi les plus récem- 
ment adoptés, restent encore bien au-dessous de cette lon- 
gueur, car il y en a de l'°,45 à \^fi^o. 

Nous croyons même que, pour réaliser l'unité d'arme- 
ment, c'est-à-dire n'avoir qu'un modèle d'armes portatives 
(en supprimant les carabines et les mousquetons), on pour- 
rait se borner à donner au canon la longueur suffisante 
pour assurer à la balle les meilleures propriétés balis- 
tiques (80 calibres), sans se préoccuper du tir sur deux 
rangs, qui sera l'exception à l'avenir. D'ailleurs, nous avons 
vu que, avec une arme de 1 mètre de long, on pourrait 
sans inconvénient tirer sur deux rangs, et, avec le calibre 
de 6"*™, 5, un canon de 80 calibres n'aurait que O^jSS de 
longueur, ce qui, avec la longueur de la couche de 0°*,49 
qu'il faut ajouter dans tous les cas au canon, donnerait 
le total de 1°»,01, remplissant ainsi toutes les conditions 
exigées. Nous avons déjà fait remarquer que notre cara- 
bine, bien que n'ayant que 57 calibres, n'en possédait pas 
moins des qualités balistiques presque équivalentes à cel- 
les du fusil, et d'ailleurs les propriétés balistiques ont été 
en général notablement augmentées avec les nouvelles 
poudres. 

En même temps, en diminuant la longueur du canon, 
on faciliterait le forage et le rayage d'un canon de calibre 



4i ARMES A FEU PORTATIVES. 

très réduit (5"°» par exemple) et on allégerait le poids de 
l'arme, qui serait ainsi moins embarrassante et fatigante 
à porter dans les marches. Enfin, la question du tir sur 
deux rangs serait facile à résoudre dans tous les cas, en 
admettant que, lorsqu'il devrait avoir lieu exceptionnelle- 
ment, le premier rang tirerait à genoux, tandis que le se- 
cond resterait debout. 

Calibre. — On mesurait autrefois le calibre des armes 
à feu lisses par le nombre de balles à la livre employées 
pour le tir. Le calibre des canons rayés s'exprime par le 
diamètre en millimètres. 

Ainsi que nous l'avons indiqué en passant, le calibre des 
armes à feu portatives s'est abaissé de plus en plus à la 
suite de l'adoption des rayures et de poudres plus effi- 
caces, et cela tout en améliorant les propriétés balistiques. 
Mais il y a pourtant à cette réduction une limite au-dessous 
de laquelle les conditions obtenues ne seraient plus satis- 
faisantes, et comment peut-on déterminer ce calibre mi- 
nimum? 

En mesurant autrefois le calibre par le poids de la balle, 
on tenait compte de ce que, en raison de la force du re- 
cul, ce facteur était alors le plus important. On sait, en 
effet, que l'inflammation de la poudre développe dans l'in- 
térieur du canon une force qui, agissant dans tous les 
sens, lance le projectile en avant où il rencontre le moins 
de résistance et pousse le fusil en arrière contre l'épaule 
du tireur, qui est obligé de réagir pour ne pas subir un 
effet de recul. En vertu d'un théorème de mécanique 
prouvant que la réaction est égale à l'action et se pro- 
duit en sens inverse de cette dernière, il résulte que les 
quantités de mouvement dont l'arme et la balle sont ani- 
mées ont même valeur, c'est-à-dire que si le poids de l'arme 
devenait égal à celui du projectile, l'effet du recul serait 
précisément semblable à celui de ce dernier. 

Or la vitesse du recul, que nous appellerons V, faisant 
éprouver au tireur une certaine fatigue, il s'agissait avant 
tout de déterminer la limite à admettre pour cette vitesse, 
limite qui ne peut être fixée que par expérience. Le fusil 
devant être tiré à l'épaule et à bras, il est bien évident 
que sa vitesse de recul doit être proportionnée à la résis- 



CHAPITRE V. 43 

lance de Tépaule et du bras, c'est-à-dire à la force de 
rhomme auquel il est destiné. On a admis que cette vi- 
tesse ne devait pas dépasser 3 mètres pour un homme 
de force moyenne. 

Mais il y a encore d'autres éléments qui viennent in- 
fluer sur la fatigue du tireur, tels que le poids de Tarme 
P, la nature de la poudre, la pente de couche, etc. En 
ne tenant compte que de la vitesse du recul et du poids 
de Tarme, qui sont les deux facteurs réellement impor- 
tants en pareil cas, on peut admettre que, le mouvement 
de recul se transmettant à Tépaule par un système à peu 
près rigide, la fatigue est d'autant plus forte que V est 
plus grand, et par suite que P Vest plus fort. 

Nous avons indiqué comment Ton a déterminé P = 4"^ 
environ et V = 3°», ce qui donne 12 environ pour le pro- 
duit P V. Nous avons vu aussi que la rapidité du tir et 
la tension de la trajectoire exigent : l® des cartouches 
aussi légères que possible; 2<* un poids élevé de la balle 
par unité de section (1); 3<> une grande vitesse initiale. 
De ces deux dernières conditions, il résulte que, pour un 
poids donné de la balle, il y a intérêt à avoir une vitesse 
maximum et une section minimum. 

Dans les fusils construits de 1866 à 1885 environ, on 
n'avait pu obtenir que le calibre de ll^m^ que Ton avait 
déduit de la formule PY = pv, en admettant une balle 
de 25 grammes et une vitesse initiale de 450 mètres, parce 
qu'on avait reconnu par l'expérience et le calcul que 
c'étaient les résultats les meilleurs qu'il fût alors possible 
de réaliser. En effet, il fallait, au point de vue des pro- 
priétés balistiques, donner à cette balle de 25 grammes 
une forme aussi allongée que possible pour s'approcher 
de la longueur de trois calibres; mais on reconnut que, 
en dépassant pour cette longueur deux calibres et demi, 
on serait obligé de diminuer le pas des rayures, et que 
cette diminution, avec une balle en plomb mou, aurait 
pour conséquence de faire franchir les rayures à cette balle. 



(1) Le poids par unité de section de la balle - est ce qu'on appelle le coef- 
ficient balistique. ^ 



44 ARMES A FEU PORTATIVES. 

C'est en s'inspirant de ces diverses considérations et 
expériences que l'on arriva à donner en France, à la balle 
du fusil modèle 1874, une longueur de 27«»in,75 pour un 
poids de 25 grammes. On peut voir, par le tableau de la 
page 18, que la plupart des armées européennes adop- 
tèrent alors, pour leur fusil, un calibre se rapprochant 
sensiblement de Hram^ avec une balle du poids de 25 
grammes environ et une longueur de 2 calibres et demi. 

Mais l'adoption des nouvelles poudres sans fumée a pro- 
fondément modifié les conditions précédentes, en donnant 
une vitesse initiale beaucoup plus grande. En outre, l'adop- 
tion des armes à répétition, en augmentant la rapidité du 
tir exige une balle beaucoup plus légère; enfin l'emploi de 
l'acier pour les carions permet de donner à la balle une 
longueur supérieure même à 4 calibres et, pour Tempêcher 
de franchir les rayures dont le pas a été diminué, on fa- 
brique cette balle en plomb durci et on l'entoure d'une 
chemise métallique. 

On a donc dû rechercher, pour ces conditions nouvelles, 

le poids de la balle et le calibre le plus convenable à adopter. 

Avec une vitesse donnée, on ne peut évidemment aug- 

menter le rapport ~ sans augmenter les pressions dévelop- 

pées dans l'intérieur du canon, et Ton s'est arrêté à 31 
grammes pour ce rapport. Avec une vitesse initiale supé- 
rieure à 530 mètres, il est indispensable d'envelopper la 
balle, même en plomb durci, d'une chemise en métal plus 
dur (acier, cuivre, maillechort, etc.), pour qu'elle ne su- 
bisse pas un gonflement et ne prenne pas un forcement trop 
énergique, dont la justesse de l'arme souffrirait. Il faut 
donc, non seulement ne pas dépasser 31 grammes pour le 

rapport — et avoir des balles avec enveloppe résistante, 

mais encore choisir convenablement la poudre pour que Ton 
puisse obtenir des vitesses initiales allant jusqu'à 700 
mètres, sans que les pressions de l'àme aient rien d'exa- 
géré. 

Ces diverses données permettent d'avoir, pour une vitesse 
initiale de 650 mètres, une balle du poids de lo«%5, un 
calibre de 8"°»52 et une longueur de 4 calibres. 



CHAPITRE V. 45 

Dans notre fusil modèle 1886. on a : 

V = 620 ; p = 15 gr . ; -^ = 29 ; C = 8, 

c'est-à-dire des conditions très satisfaisantes sous tous les 
rapports. 

De 1885 à 1890, on s'en est tenu au calibre de 8°»°» ou à un 
calibre très approché, pour les fusils adoptés dans les 
diverses armées européennes, ainsi que permet de le con- 
stater l'examen du tableau d'ensemble de la page 18. 

Mais, ainsi que nous l'avons indiqué déjà (page 20), le 
dernier mot sur la réduction du calibre n'est pas dit, et 
c'est par expérience uniquement que l'on cherche à déter- 
miner, pour une poudre donnée, le calibre le plus conve- 
nable, satisfaisant aux conditions balistiques les meilleures. 

En résumé, on a procédé de diverses manières, suivant 
la nature des armes et l'espèce de poudre, pour fixer le 
calibre : 

1° Avec les armes à feu lisses et un projectile sphérique, 
on tenait compte de la force du recul presque uniquement ; 

2o Avec les armes se chargeant par la culasse et les an- 
ciennes poudres, on déterminait le calibre en déduisant, de 
la formule PV = pv, le poids et la vitesse le plus conve- 
nables pour la balle, puis de ce poids le calibre satisfaisant 
le mieux aux conditions balistiques voulues pour la balle ; 

30 Avec les armes se chargeant par la culasse, notam- 
ment avec les fusils à répétition et les poudres dites sans 

P 
fumée, on est parti du rapport- pour en déduire toutes les 

autres données, en les combinant pour le mieux; 

40 Actuellement, en tenant compte d'ailleurs des résultats 
précédemment acquis, on parait vouloir arriver, unique- 
ment par l'expérience, à trouver le calibre le plus réduit, 
répondant de la manière la plus satisfaisante à l'ensemble 
des conditions de toute nature voulues pour l'arme. 

En cherchant à réduire de plus en plus le calibre, on 
avait en vue de réaliser les principaux avantages suivants : 

10 La trajectoire est beaucoup plus tendue, et l'on a 
constaté qu'à toutes les distances les flèches maxima sont 
sensiblement moins élevées dans les nouveaux fusils ; 

2» Les munitions sont beaucoup plus légères, d'un tiers 



46 ARMES A FEU PORTATIVES. 

environ, ce qui permet d'en faire porter davantage à 
rhomrae sans le surcharger: 120 en France au lieu de 78; 

30 La justesse est environ moitié plus grande, en raison 
de la plus grande vitesse initiale; 

40 L'influence du vent est bien atténuée, ce qui tient à 
l'augmentation du poids delà balle par unité de section; 

8<> Les effets do pénétration sont beaucoup plus considé- 
rables, ainsi que nous le ferons ressortir en parlant des 
cartouches ; 

6° La force du recul est diminuée, grâce à la diminution 
du poids de la balle et de celui de la charge ; 

70 Le pas des rayures est réduit en proportion du calibre, 
ce qui a pour conséquence d'allonger le trajet de la balle 
dans le canon. 

La réduction du calibre présente cependant les inconvé- 
nients suivants : 

1® Il est difficile de donner à la balle une rotation assez 
énergique pour qu'elle conserve bien son mouvement dans 
Tair. 

Cet inconvénient doit être tout relatif, ou dans tous les 
cas bien léger ou bien exceptionnel, puisque la justesse et 
la pénétration sont plus grandes ; 

2o La fabrication et le nettoyage de l'arme sont moins 
faciles. 

Cette considération n'a pas arrêté la Suisse et Tltalie, et 
il est certain que les progrès de la science et de l'industrie 
viendront facilement à bout des difficultés que pourra pré- 
senter la construction ; 

30 Les vibrations sont accrues. 

C'est inévitable, mais il ne manque pas de moj^ens pour 
atténuer Tinfluence des vibrations; 

40 Les pressions sont très sensiblement augmentées. 

Il s'agit précisément d'avoir une poudre convenable pour 
obtenir une bonne vitesse initiale sans dépasser les pres- 
sions admises pour l'âme du canon. 

En résumé, les avantages de la réduction du calibre sont 
sérieux et importants; les inconvénients, très légers et très 
relatifs, sont faciles à surmonter. Les résultats obtenus 
jusqu'à présent dans cette voie ne peuvent qu'engager à y 
persévérer jusqu'à ce qu'il soit établi qu'on est arrivé au 
point qu'il y aurait danger à dépasser. L'obstacle le plus 



GHAPITKE V. 47 

sérieux à ce point de vue est la nécessité de laisser au pro- 
jectile une masse suffisante pour mettre immédiatement 
hors de combat, pendant un temps assez long, l'homme ou 
Iqs animaux qu'il atteint. 

Rayures. — On donne ce nom aux rainures creusées en 
forme d'hélice dans l'âme des diverses bouches à feu et des- 
tinées à guider la marche du projectile dans l'air, en vue de 
lui communiquer le mouvement de rotation qui lui est né- 
cessaire pour combattre l'influence déviatrice de la résis- 
tance de l'air. On sait en effet que lorsqu'un corps tourne 
sur lui-même avec une grande vitesse, les forces centri- 
fuges maintiennent dans tous les cas l'axe du corps paral- 
lèle à lui même. Ainsi, avec les rayures, la balle se trouve 
ramenée à chaque instant sur sa direction normale et ne 
peut s'en écarter que très légèrement. 

Théoriquement, le mouvement de rotation produit par les 
rayures devrait assurer la justesse du tir d'une manière 
presque absolue. Mais diverses causes, dont la principale 
est le défaut de centrage de la balle, ont pour eflet de 
déranger sa régularité primitive. 

Les projectiles lancés par les armes rayées prennent dans 
l'intérieur de l'âme un mouvement de rotation très rapide, 
qui s'établit autour de Taxe du canon, et qui se continue 
librement dans l'air, après que le corps tournant a quitté 
l'arme. Si le projectile est parfaitement centré par rap- 
port à Taxe existant, aucune déviation ne se produit, la 
trajectoire est régulière et le tir a de la précision. Si, au 
contraire, le centrage est défectueux, le projectile est en- 
traîné en dehors de sa voie par les plus grandes forces 
centrifuges. Taxe est dévié, la rotation devient plus ou 
moins irrégulière, et les écarts du tir sont plus ou moins 
sensibles. 

Donc, pour obtenir de la justesse dans le tir, il faut em- 
ployer des projectiles réguliers et homogènes, centrés dans 
le canon, et prenant dans l'âme un mouvement de rotation 
très rapide autour de leur axe. 

Les seuls projectiles employés actuellement sont les 
projectiles allongés, qui donnent lieu à une déviation par- 
ticulière et constante, dont on ne connaît pas bien la 
cause, et qui a reçu le nom de dérivation. On appelle ainsi 



48 ARMES A FBU PORTATIVES. 

le déplacement latéral du centre de gravité du projectile 
par rapport au plan de tir. Ce mouvement est d'autant plus 
faible que la trajectoire est plus tendue, le projectile plus 
allongé et la distance moins grande. On le considère comme 
négligeable dans les armes à feu portatives. 

Chaque modèle d'armes a pour ainsi dire des rayures dif- 
férentes comme profil et comme tracé. Mais quel que soit 
le système de rayures, celles-ci doivent toujours être paral- 
lèles entre elles dans toute leur longueur pour une même 
arme, afin que Tactiou des unes ne vienne pas contrarier 
celle des autres, sinon le projectile serait soumis à des 
efforts de nature à compromettre sérieusement sa résis- 
tance. 

Pour une vitesse initiale donnée, la vitesse de rotation du 
projectile, et par suite sa stabilité dans Tair, dépend de 
l'inclinaison finale des rayures, qui constitue par suite 
l'élément le plus important dans le tracé intérieur du 
canon. 

Pas. — Le tracé autour duquel s'adapte le profil est tou- 
jours hélicoïdal. Le pas de l'hélice directrice ou de la 
rayure est la longueur sur laquelle elle fait un tour complet 
dans l'àme. 

Dans les armes portatives, le /?a5es^ consten^, c'est-à-dire 
que le développement de la courbe directrice des rayures 
est une ligne droite, ou mieux que l'inclinaison de la courbe 
directrice sur la génératrice de l'àme est constamment la 
même. Par suite, rinclinaison finale est déterminée par le 
pas des rayures. 

Les rayures à pas constant sont d'une exécution facile et 
simplifient l'organisation du projectile, mais elles se prêtent 
mal à l'obtention des grandes vitesses initiales. Pourtant 
elles sont admises pour les armes portatives, parce que les 
balles sont d'un métal assez mou pour se gonfler par inertie 
sous le choc de l'explosion ; elles pénètrent alors dans les 
rayures dont elles épousent la forme sur une longueur de 
2 centimètres. 

On emploie maintenant de préférence pour les bouches à 
feu de l'artillerie les rayures progressives, dans lesquelles 
le pas de l'hélice directrice diminue progressivement de- 
puis la culasse jusqu'à la bouche du canon ; en conséquence. 



CHAPITRE V. 49 

le développement de cette rayure sur un plan, au lieu d'être 
une droite, comme dans la rayure à pas constant, est une 
ligne courbe. Les rayures progressives feraient subir aux 
balles des déformations telles que celles-ci ne posséderaient 
plus aucune régularité dans leur trajet dans Tair. Elles ne 
pourraient convenir, pour les fusils, que dans le cas où 
Ton ferait usage de balles analogues aux obus (balle 
Pralon), dont le forcement serait produit par une ceinture 
de cuivre. 

Le pas des rayures doit être d'autant plus petit que la 
vitesse du mouvement de rotation de la balle autour de son 
axe de figure est plus grande, que la balle est plus allongée 
et que le calibre est plus petit. Jusqu'à l'adoption du calibre 
réduit, le pas des rayures des diverses armes en service 
variait de 49 à 70 calibres ; en allant au delà, la vitesse de 
rotation aurait été trop faible pour assurer à l'axe de la 
balle une direction parallèle à elle-même ; avec un pas plus 
court, on était exposé à voir la balle sortir des rayures. 
C'est pourquoi on a admis le pas de 50 calibres (0™,55) pour 
le fusil mod. 4874 et pour le Mauser. 

Mais l'adoption de balles en plomb dur, recouvertes d'un 
métal plus résistant, a permis de raccourcir sensiblement 
le pas. Ainsi l'on a admis 30 calibres (0"'524) pour le pas du 
fusil mod. 1886, c'est-à-dire un pas raccourci de plus de 
moitié. C'est d'ailleurs l'expérieuce seule qui, dans les diffé- 
rentes armes, peut servir à fixer la valeur du pas. 

La diminution du pas produit une plus grande justesse de 
tir, bien qu'elle entraîne l'augmentation des résistances 
passives, en accroissant par suite les pressions et les vibra- 
tions du canon. 

Il n'est pas nécessaire d'ailleurs que l'àme soit rayée dans 
toute sa longueur. On a constaté que les rayures peuvent, 
sans nuire à la justesse du tir, ne commencer qu'à une cer- 
taine distance du point où la balle se trouve au moment du 
départ du coup. Néanmoins, pour les armes à feu porta- 
tives, le canon est en général rayé sur toute sa longueur. 

Nombre. — Le nombre des rayures était très variable 
dans les armes anciennes, mais on n'est pas bien fixé sur 
l'influence que ce nombre peut exercer sur la justesse du 
tir. C'est pourquoi, une longue expérience ayant prouvé 
qu'il y a avantage à ne pas trop multiplier les rayures, on 

4 



50 ARMES A FEU PORTATIVES. 

s'est en général arrêté au nombre de 4 et l'on ne dépasse 
pas celui de 7 dans les armes modernes. Il est évident d'ail- 
leurs que, plus le calibre est petit, plus il y a intérêt à 
réduire le nombre des rayures. Pourtant, jusqu'alors on 
n'est pas descendu au-dessous de trois. 

Largeur, — La largeur des rayures dépend du force- 
ment, mais doit avant tout faire entrer la balle dans les 
rayures. Avec les armes actuelles, il n'y a plus intérêt à 
avoir une largeur aussi grande qu'avec les premières armes 
rayées ; il suffit que les nervures de la balle résistent au 
frottement que leur font subir ces rayures à l'intérieur du 
canon ; or ce frottement étant d'autant plus grand que le 
pas de la rayure est plus petit, la largeur de la rayure doit 
être en rapport avec son inclinaison. Aussi reconnait-on 
que les rayures larges sont plus avantageuses, parce que les 
nervures qu'elles font naître sur le projectile sont plus so- 
lides. La largeur des rayures de notre fusil mod. 1886 est 
double de celle des cloisons (intervalles des rayures) ; dans 
le fusil mod. 1874, les pleins sont égaux aux vides. 

Dans les nouveaux fusils construits à l'étranger, la lar- 
geur des rayures est tenue à peu près dans les mêmes con- 
ditions que pour notre fusil mod. 1886. 

Profondeur, — Les premières rayures avaient une 
grande profondeur, parce que le fond servait à loger l'en- 
crassement. Mais celui-ci n'existant pour ainsi dire plus, il 
suffit de donner à la rayure la profondeur nécessaire pour 
que le forcement se produise d'une manière complète, mais 
sans excès. Avec une profondeur trop grande, il y a un frot- 
tement trop considérable et, par suite, du travail perdu. Si 
la profondeur est plus faible, les rayures sont bien vite 
comblées par l'encrassement. Elle dépend aussi de la dureté 
du métal de la balle; c'est ainsi qu'on a pu la réduire à 
Qram 45 dans le fusil 1886, alors qu'elle était double dans le 
fusil 1874. 

Avec l'emploi du calepin graissé pour la cartouche, on 
eut recours à des rayures à profondeur progressive^ 
allant en décroissant de la culasse à la bouche du canon, 
pour compenser l'usure du calepin par une réduction équi- 
valente des dimensions de l'âme. On a conservé, dans cer- 
taines armes, cette profondeur progressive, soit pour la 



CHAPITRE V. 51 

raison précédente, soit pour diminuer la résistance au 
départ, et par suite Tintensité des vibrations. Mais c'est là 
une complication dont on ne voit pas bien la raison d'être 
aujourd'hui. 

Dans les fusils construits depuis 1886, la profondeur des 
rayures varie de On^°»,10 (Suisse) à 0™«»,35 (Belgique). 

Sens des rayures, — Le sens dans lequel tournent les 
rayures n'a aucune influence sur l'action de celles-ci lors- 
que l'arme est symétrique, ce qui est le cas le plus général, 
et c'est ce qui explique qu'il diffère souvent dans des armes 
du même modèle. Pourtant, presque toutes les armes sont 
rayées à droite, c'est-à-dire qu'en regardant dans le canon 
par l'une de ses extrémités, on voit la rayure supérieure 
s'éloigner vers la droite. L'arme serait rayée à gauche si la 
rayure s'écartait vers la gauche. 

Mais lorsque l'arme est dissymétrique, il faut rayer 
Tarme du côté opposé à la déviation, car alors les vibra- 
tions produisent une déviation tantôt à droite, tantôt à 
gauche, suivant la longueur du canon. C'est ainsi que le 
fusil mod. 1874 a été rayé à gauche, pour établir une sorte 
de compensation entre la dérivation qui se produit à 
gauche, et l'écart horizontal dû à la dissymétrie de cette 
arme à verrou, qui se produit à droite. A 1000 mètres, ces 
deux écarts s'annulent. 

Tracé des rayures. — Il existe une grande variété de 
tracés pour les rayures, mais nous ne parlerons que des 
trois principaux types actuellement en usage : 

1° Le type à pas constant adopté en France et pour la 
plupart des armes portatives étrangères; 
le fond de la rayure est un arc de cercle 
dont le centre est sur l'arc du canon {fig. 14) ; 
un arrondi, facilitant le nettoyage, raccorde 
le fond de la rayure au flanc. Les arêtes 
vives ont été abattues pour diminuer, au- 
tant que possible, lai déformation de la balle ^'^^' '•*• 
pendant son parcours dans le canon; 

2° Le type dans lequel la section droite de Tàme est une 
figure polygonale à arêtes abattues et dont la paroi inté- 
rieure du canon est engendrée par cette figure, dont les 
sommets décrivent une hélice et dont le centre est sur Taxe 
du canon. 




52 



ARMES A FEU PORTATIVES. 



La rayure Withworth, dérivant de l'hexagone, en est le 
prototype {fig. 15). Le tracé Henrij, qui en est une modifl- 




... ~^i 1 







Fig. 45. 



Fig. 16. 



Fig. 17. 



cation, a pour point de départ l'idée de multiplier les sur- 
faces directrices et de faciliter la pénétration des côtes 
saillantes dans le bourrelet du projectile. Cette rayure 
dérive du polygone étoile de sept côtés, mais, en assurant 
les avantages précédents, elle présente T inconvénient 
d'être d'une exécution difficile et de s'user très vite 
(/î^. 16). 

La rayure Westley- Richard (fig, 17), dérivant de l'octo- 
gone, facilite le forcement des balles, en intercalant une 
petite cloison à chaque angle du polygone. 

La rayu7*e Lée-Metford (fig. 18) du fusil anglais actuel 
dérive de l'heptagone; elle est produite par des arcs de 




Fig. 18. 




Fig. 19. 



cercle décrits d'un centre situé entre le centre de la cir- 
conférence et celle-ci ; 

3° Le py^ofil américain, en dents de scie {O^g, 19,\ essayé 
pour les armes de petit calibre. 



CHAPITRE V. 53 

Chambre. — La chambre, qui termine l'intérieur du 
canon, sert à loger la cartouche prête à tirer. Son tracé 
répond au modèle de la cartouche dont elle doit épouser la 
forme aussi exactement que possible. Avec les cartouches 
à bourrelet, il existe une feuillure à l'entrée de la chambre. 
Le logement du collet de l'étui est limité par une butée 
tronconique qui se raccorde avec le logement de la balle. 

Tonnerre. — C'est la partie renforcée du canon où se 
produit l'explosion de la charge. 

Tracé intérieur. — Le tracé intérieur du canon doit être 
observé avec la plus rigoureuse exactitude, et les tolé- 
rances de fabrication doivent être réduites au minimum, 
afin d'assurer à Tarme les meilleures conditions de justesse 
pour le tir. 

I 2. — BOITE DE CULASSE. 

La boîte de culasse, qui prolonge le canon, est destinée à 
loger la culasse mobile et à faciliter son fonctionnement. 
C'est une pièce en acier fondu, qui est généralement consi- 
dérée comme faisant partie constitutive du canon, auquel 
elle est réunie à demeure en manufacture par un bouton 
fileté que Ton visse dans un écrou pratiqué à sa partie anté- 
rieure; des pans ménagés à sa partie supérieure facilitent 
l'opération du vissage. Il est interdit aux hommes de séparer 
la culasse mobile du canon. 

Elle présente généralement la forme d'un cylindre se ter- 
minant par une queue de culasse qui réunit la boîte à la 
monture par une vis. Suivant le mode de chargement, une 
ouverture est pratiquée, soit sur la droite pour les fusils à 
chargement successif, soit de part en part pour le charge- 
ment par chargeur. 

Dans certaines armes à répétition, la boîte de culasse 
présente à sa partie inférieure le logement du mécanisme 
de répétition. 

Boîte de culasse du fusil modèle 1886 (fig, 20). — Dans la 
partie supérieure de la boîte de culasse, on distingue : le 
contour extérieur cylindrique, entaillé en dessous pour le 
passage du tube-arrêt de piston ; son chanfrein et la fente 



54 ARMES A FEU PORTATIVES. 

de repère du chanfrein ; à l'intérieur, Fécrou B pour le 
bouton du canon ; le logement C des tenons de tête mobile, 
les épaulements d'appui des tenons et leurs rampes symé- 




triques; l'àme cylindrique avec ses trois entailles, dont deux 
pour le passage des tenons et une pour le passage de Tex 
tracteur; la fente supérieure, Téchancrure E pour le rabat- 
tement du cylindre, la tranche antérieure de Féchancrure, 
qui se prolonge vers la partie supérieure de la boite par la 
rampe de dégagement J; la tranche postérieure de Féchan- 
crure et sa rampe hélicoïdale; la rainure latérale pour 
Féchappement des gaz; le trou taraudé pour lavis-éjecteur; 
le passage du tenon inférieur de tète mobile; la butée D 
de la culasse mobile; le logement de la queue d'auget; la 
fente pour la tète de gâchette; à Farrière, la queue de cu- 
lasse H avec le trou taraudé de vis de culasse et le trou ta- 
raudé de vis postérieure de sous-garde. 

A la partie inférieure de la boîte de culasse, le logement 
du système de répétition est formé par deux joues latérales 
et une face antérieure. Dans celle-ci Fon remarque : en 
avant, le logement de l'extrémité du fût, l'encastrement de 
tenon d'attache du fût, le ressaut contre lequel porte la 
tranche du tube-arrêt de piston, le trou pour le passage des 
cartouches ; en arrière, l'encastrement du tenon d'attache 
du corps de mécanisme, la fente pour le passage de Farrêt 
de cartouche. 

Les deux joues de la boîte de culasse laissent entre elles, 
à la partie inférieure, une large ouverture pour le passage 
du système de répétition, le logement du corps de méca- 
nisme et celui de la feuille antérieure du pontet. Elles sont 
percées, la joue gauche, d'un trou non taraudé; la joue 
droite, d'un trou taraudé pour la vis de mécanisme. A Far- 
rière, elles se terminent par deux faces inclinées planes, 
contre lesquelles prend appui la tranche antérieure de la 
crosse. A Fintérieur, elles présentent chacune un ressaut, 
qui sépare la partie inférieure du logement du mécanisme 



CHAPITRE V. 55 

de la partie supérieure où se meut Tauget; on remarque, 
en outre, vers l'avant, les deux butées qui limitent le mou- 
vement ascensionel de l'auget. On y distingue encore, dans 
la joue droite A, les deux échancrures pour le bouton du 
levier de manœuvre et, à l'intérieur, l'évidement pour le 
passage du butoir d'auget. 

La boite de culasse porte la vis-éjecteur et la vis de mé- 
canisme. 

1 3. — MÉCANISME DE FERMETURE OU CULASSE 

MOBILE. 

Conditions générales. — Les conditions à remplir par un 
bon mécanisme de fermeture de culasse ou, autrement dit, 
par la culasse mobile, sont en principe les suivantes : 

1° Être simple, solide, d'un maniement et d'un entretien 
faciles; fonctionner régulièrement en toutes circonstances, 
même lorsqu'il est rouillé, couvert de poussière et soumis 
à un tir rapide et prolongé ; 

2o Les mouvements de la charge, en petit nombre, ne 
doivent pouvoir s'exécuter que dans un ordre déterminé, 
et pour ainsi dire mécaniquement ; 

3° Les mouvements servant à ouvrir ou à fermer la 
culasse doivent produire automatiquement, non seulement 
l'armé du système de percussion, mais encore l'extraction 

et réjection de l'étui de la cartouche tirée. Ces mouvements 
sont généralement au nombre de trois : ouvrir le tonnerre, 
placer la cartouche, fermer le tonnerre ; 

4» Assurer une obturation complète et durable pour le tir. 
Avec les cartouches à étui métallique, c'est cet étui qui 
assure Tobturation dans des conditions très satisfaisantes. 

Classification. — Pour permettre Tétude des divers appa- 
reils de fermeture de culasse, dont il existe de nombreux 
systèmes, on les divise généralement en deux classes : 

40 Les armes à culasse mobile par glissement, ou à 
culasse glissante, qui sont dites à verrou lorsque le glisse- 
ment a lieu parallèlement au canon, ou à tiroir lorsque le 
glissement est perpendiculaire au canon ; 

2® Les armes à culasse mobile par rotation, ou à culasse 
tournante^ qui se subdivisent elles-mêmes en deux catégo- 



56 ARMES A FEU PORTATIVES. 

ries, suivant que l'axe de rotation ou charnière de la 
culasse mobile est perpendiculaire ou parallèle à celui du 
canon. 

Armes à verrou. — Dans ce système, la fermeture est 
obtenue au moyen d'un cylindre ou culasse mobile, qui peut 
se déplacer en arrière et en avant, à la manière d'un 
verrou, et qui contient Tappareil de percussion. 

La culasse mobile est maintenue dans la position de fer- 
meture, soit par un levier de manœuvre qui se rabat dans 
une échancrure de la boîte de culasse, soit par des tenons 
qui viennent s'engager dans des mortaises pratiquées pour 
les recevoir. 

On a reproché aux premières armes à verrou de rendre 
possible le déculassement, parce que la cartouche pouvait 
prendre feu au moment où le cylindre achevait de la 
pousser dans le canon, avant que le levier ne fût complète- 
ment rabattu. Mais cette crainte n'a plus sa raison d'être 
avec les fusils actuels, dans lesquels le percuteur ne fait 
pas saillie en avant de la tranche antérieure du verrou et 
où l'on a rendu impossible un choc trop brusque de cette 
tranche contre la cartouche. On a pris les dispositions vou- 
lues pour que le levier ne puisse se porter en avant que si 
ce levier est rabattu; en outre, la course longitudinale du 
verrou est limitée par une portion arrondie ou 'inclinée, 
qui permet à la tête mobile de n'arriver que graduellement 
et sans choc à sa position finale. 

On peut ramener le cylindre en arrière, pour ouvrir la 
culasse, soit en le détournant de 1/4 ou 1/6 de tour pour le 
dégager de ses appuis, comme en France et dans la plupart 
des fusils étrangers, et en achevant le mouvement de rota- 
tion par un mouvement direct, soit simplement par un mou- 
vement direct, comme en Autriche et en Suisse. La ferme- 
ture de culasse a lieu par la combinaison inverse de mou- 
vements de celle qui a servi à l'ouvrir. 

Les armes à verrou sont celles qui se prêtent le mieux 
à la simplification du mécanisme, à la facilité du démon- 
tage et à l'extraction des étuis vides. Elles ont en outre 
l'avantage de pouvoir se manœuvrer de nuit sans aucune 
précaution; le soldat n'est pas obligé, pendant le change- 
ment, de fixer les yeux sur la culasse, puisque le cylindre. 



CHAPITRE V. 



57 



en poussant la cartouche devant lui, achève son introduc- 
tion dans la chambre. Aussi, toutes les armes à répétition 
actuelles sont à verrou. 

Armes à tiroir- — Dans les armes de ce système, la cu- 
lasse mobile se meut de haut en bas dans une ouverture 
percée dans la boîte de culasse, pour découvrir ou fermer 
l'ouverture de la chambre. Le mécanisme, actionné par la 
sous-garde, qui sert à 



fermer la culasse en ar- 
rière, se nomme Uoc de 
culasse (flg. 21), et il sert 
à la fois de culasse et de 
percuteur. 

Ces armes sont aban- 
données aujourd'hui, et 
nous nous bornerons à 
citer le mousqueton des 
Cent-Gardes, dû au com- 
mandant Treuille de Beau- 
lieu, et qui fut la pre- 
mière arme de petit ca- 
libre (9™«»). Le bloc de 
culasse porte un taquet 
destiné à frapper l'a- 
morce d'une cartouche à broche, et un cran où s'engage le 
bec de la gâchette. Mais l'arme, une fois chargée, reste 
ouverte à l'arrière jusqu'au départ du coup. En agissant 
sur la détente, le bloc de culasse se relève et frappe par 
son taquet la douille de la cartouche. Cette arme exigeait 
d'ailleurs des cartouches trop perfectionnées pour l'époque 
(1854). 

Armes à culasse mobile par rotation. — Les armes de ce 
système sont classées en cinq groupes principaux, savoir: 

Les armes à charnière parallèle à l'axe, pouvant avoir 
cette charnière à hauteur et sur le côté du canon {armes à 
ial)atière)y ou l'avoir en dessous du canon {armes à ba- 
rillet). 

Les armes à'charnière perpendiculaire à l'axe du canon, 
pouvant avoir cette charnière : 1° en arrière et au-dessus 
de l'axe {armes àUoc ou à culasse tombante); â» en arrière 




Fig. 21 




Fig. 2Î. 



M ABMES A PRIT PORTATIVES. 

et au-dessous de cet axe {armes à rotation rétrograde) \ 
3» en avant et au-dessus de l'axe {armes à clapet ou à pêne, 
ou à bloc tournant). 

I. Armes à tabatière. — Le mécanisme de fermeture 
consiste en un bloc mobile autour d'une charnière longitu- 
dinale, et permettant d'ouvrir ou de fermer la culasse 
comme une tabatière. Un extracteur, enfilé sur la broche 
de charnière {fig. 22), sert à ramener l'étui dans la boîte, 

en tirant la culasse mobile 
en arrière après avoir ou- 
vert la boite. 

Ce système, fort simple, 
mais très défectueux, n'a 
employé que pour la 
transformation d'armes se 
chargeant par la bouche. 
On Va employé notamment 
en France, pour transfor- 
mer les armes ancien modèle à percussion en fusils se char- 
geant par la culasse. Cette transformation désignée sous 
le nom de rnodèle 1867 T, est surtout comiue sous le nom 
de fusil à tabatière. On sait le peu de confiance que cette 
arme inspirait. 

II. ArTnes à barillet. — Dans les armes à barillet, le ton- 
nerre est fermé par un barillet ou culasse mobile tournant 

^p. autour d'un ase situé dans 

■^^ le plan de symétrie de 

l'arme et au-dessous du 
canon. Ce mouvement de 
rotation permet de fermer 
ou de démasquer la cham- 
bre. L'ancien fasil autri- 
chien Wenidl {fig. H) en 
est un exemple. Dans ce 
cas, le barillet sert simplement de fermeture; il est plein 
et s'appuie en arrière contre la tranche du tonnerre. 

Mais lorsque le barillet forme tonnerre, il est percé de 
trous cylindriques servant de chambre à des cartouches 
qui viennent se placer successivement devant le canon. 
Nous verrons que ce système de barillet a été adopté poui" 




CHAPITRE V. 59 

les revolvers, mais qu'il a dû être rejeté pour les fusils à 
répétition, non seulement parce qu'il alourdit sensiblement 
l'arme, mais qu'il présente, entre la cartouche et le canon, 
des solutions de continuité qui sont très préjudiciables à la 
portée et à la justesse du tir. 

III, Armes à Hoc. — Dans les armes à Moc ou à culasse 
tombante, tout le mécanisme est contenu dans une culaase 
mobile constituée par un bloc solide, pouvant tourner au- 
tour d'un axe situé à l'arrière de la culasse et au-dessus de 
l'axe du canon. Le mouvement de rotation est produit par 
un levier coudé, dont la grande branche se rabat sous la 
poignée en forme de pontet, tandis que la petite s'engage 
dans une échancrure du bloc. 

Toutes les armes de ce système dérivent plus ou moins 
du fusil américain Peàbody {fig. 24), remarquable par la 




\%. S4. 



simplicité des mouvements et la solidité des pièces. Le fusil 
anglais Martini-Benry est la plus parfaite des armes de 
ce système. 

Pour ouvrir le tonnerre, on amène en avant la grande 
branche du levier, qui fait ainsi descendre le bloc dans la 
boite, où il est arrêté au moyen d'une pièce d'arrêt lorsque 
l'ouverture delà chambre est démasquée. On introduit la 
cartouche, puis on ferme le tonnerre, en ramenant en ar- 
rière le levier coudé jusqu'à ce que son extrémité touche 
le fût. 



60 



ARMES A FEU PORTATIVES. 



La percussion peut être produite par une platine à res- 
sort, et alors le chien vient frapper le percuteur logé dans 
le bloc de culasse. Mais le mécanisme de platine peut aussi 
être logé dans le bloc de culasse, comme dans le Martini- 
Henry, ou être agencé extérieurement à ce bloc, comme 
dans le Werder. 

Les armes à bloc ont l'avantage d'être simples et solides, 
d'avoir une culasse bien protégée contre les agents exté- 
rieurs et occupant moins de place que celle des armes à 
verrou. Mais l'obturation est incomplète, par suite du défaut 
de contact qui existe forcément entre le bloc de culasse et 
la tranche du canon; l'extracteur n'est pas suffisant et 
fonctionne mal, le levier est difficile à manœuvrer dans la 
position du tireur couché ; enfin la cartouche doit être en- 
foncée complètement pour que la fermeture soit possible. 
Aussi aucun des fusils à répétition en service n'est-il pourvu 
d'un système de fermeture de ce genre. 

IV. Armes à pêne ou à clapet, — Dans ce système, la 
boîte de culasse est ouverte ou fermée au moyen d'un bloc 
de culasse, mobile autour d'une charnière transversale 
située en avant de la boite de culasse, à hauteur de la 
chambre. Pour empêcher la culasse mobile de tourner au- 
tour de son axe par suite de la pression des gaz, on emploie 
un coin ou une pierre reliée au chien et qui vient s'engager 
dans une mortaise de la culasse mobile. 




Fig. 25. 

Un percuteur logé dans le bloc de culasse sert à trans- 
mettre à l'amorce le choc du chien. Il existe quelquefois un 



CHAPITRE V. 61 

extracteur, qui amène l'étui dans la boite de culasse seule- 
ment, d'où il faut l'expulser à la main. 

Ce système, pour les mêmes raisons que les armes à 
tabatière, a été employé presque exclusivement à la trans- 
formation d'armes anciennes se chargeant par la bouche, 
telles que le Milbanh-Amsier en Suisse, le Berdan n" 1 en 
Espagne, le Wanzl en Autriche {Jîg. i6), le Springfleld en 
Amérique, 

Dans le fusil Wanzl, le bloc de culasse est assuré dans sa 
position de fermeture par un pêne cylindrique, actionné 
par le chien qui, en s'abattant, fait engager le pêne dans le 
bloc, qu'il immobilise ainsi un instant avant que la percus- 
sion se produise. 

V. Armes à rotation rétrograde. — Le type de ces 
armes est le fusil Remington (fig. 26). Dans cette arme, le 
bloc de culasse est mobile autour d'un arbre présentant 
deux surfaces cylindriques à base circulaire, pouvant s'em- 
boiter exactement dans deux surfaces semblables disposées 




Fig. 26. 

après l'arbre autour duquel tourne le chien. Au départ du 
cou[i, la cartouche reçoit le choc du chien par une broche 
à course limitée. La pièce C communique le mouvement de 
recul au chien de manière à le faire tourner en avant, par 
suite de la position de l'axe B. qui supporte ainsi tout le 
recul. Quand on ramène le chien en arrière, les deux 
autres parties cylindriques viennent en contact, on abaisse 
le bloc C, qui entraine l'étui par un ergot placé sur son 
contour, et l'on peut charger. 

Malgré la simplicité de ce système, les armes à rotation 
rétrograde tendent à disparaître, en raison de l'extrême 



6i ABME9 A 7EU FOBTATTVZS. 

précision do l'ajastage des différentes pièces, de la grande 
régularité et de la faible longueur des cartouches. 

VI. Armes à carton mobile. — Nous ne faisons que si- 
gnaler en passant ce système d'armes, qui a pourtant été 
employé le premier pour les armes se chargeant par la 
culasse. Le fusil Lefauc/teuœ [fig. 27) en est le type le 




mieux réussi ; mais ces armes, excellentes pour la chasse, 
sont impropres au service de guerre, parce que, pour le 
chargement, la partie antérieure bascule en avant de la 
poignée, disposition essentiellement vicieuse pour une arme 
munie d'une baïonnette. 

Calasse mobile du fusil mod. 1886. — La culasse mobile 
du fusil mod. 1886 {fig. 28) comprend les huit pièces sui- 
vantes : 




1" La lèle mobile {fig. 29'i, qui sert à donner appui au 
culot de la cartouche et à loger l'extracteur. Elle forme le 
prolongement du cylindre, mais ne participe pas à son 



CHAPITRE V. 63 

mouvement de rotation. Elle est percée d'un canal circu- 
laire en avant et ovale en arrière, dans lequel s'engage le 
percuteur^ qui a une forme semblable. Il en résulte que ces 
deux pièces, lorsqu'elles se pénètrent, ne peuvent prendre 
de mouvement de rotation autour de l'axe indépendamment 
Tune de l'autre. 
On y distingue : le corps cylindrique, les deux tenons de 




Fig. 29. 

fermeture t, la cuvette a, le bouton ô et sa nervure n, le 
logement du talon de l'extracteur et de sa branche, la fente 
latérale /* pour Téjecteur, la fente inférieure pour la tête de 
gâchette, le collet c, le trou de la vis d'assemblage; le canal 
du percuteur, comprenant la partie ovale et les deux 
parties cylindriques ; 

2» Veœtracteur, qui sert à faire revenir en arrière la 
douille de la cartouche; cette douille vient alors buter 
contre Téjecteur, qui l'expulse hors du tonnerre. Il consiste 
en un talon taillé en queue d'aronde; on y voit la branche, 
la tête, son plan incliné et sa griffe. 

On a reproché à cet extracteur, qui fait partie de la tête 
mobile, d'être trop court et, en tournant avec la culasse 
mobile, d'exiger un aminci d'un quart de circonférence à la 
tranche postérieure du tonnerre ; 

3» Le cylindre, qui est la pièce de fermeture proprement 
dite. Il est creux et renferme le ressort à boudin, ainsi que 
le percuteur (fig. 28). 

On y remarque {fig. 30): le renfort antérieur &, sa tranche 
antérieure, l'arrondi qui glisse sur la rampe de dégagement 
dans le mouvement d'ouverture de l'arme ; la nervure- 
guide n ; le logement du bouton de la tête mobile et de sa 
nervure ; le trou taraudé pour la vis d'assemblage. Le corps 
cylindrique comporte la tranche antérieure, le logement 
du ressort à boudin, le canal du percuteur, la fente infé- 
rieure pour la tête de gâchette, la fente latérale f et la 



64 



ARMES A FEU PORTATITES. 



fente transversale pour l'éjecteur ; la tranche postérieure, 
la rainure de départ, la rampe hélicoïdale r, le cran de 
l'arme c; le levier l, son renfort &, son pommeau i? et son 
corps ; 





Fiff. 30. 



40 Le chien est la partie massive située à l'arrière de la 
culasse mobile qui, par l'action de la détente, entraine 
brusquement le percuteur en avant pour enflammer 
l'amorce. Il comprend {fig, 31) le corps cylindrique, la 
tranche antérieure, le canal du percuteur, le logement du 



#|^^pi 





Fig. 3<. 

manchon j et son étouteau, les deux cloisons f, les deux 
coulisses croisées qui forment l'entrée du logement; le 
coin d'arrêt i, sa rampe hélicoïdale, son dégagement cylin- 
drique; le renfort a, la gorge ô, la crête c et son quadril- 
lage, la fente de repère e, le cran de départ d ou partie de 
la tranche antérieure du corps cylindrique qui s'appuie à 
l'arme contre la tête de gâchette; le cran de repos h, le 
cran de l'abattu g^ le coude h\ 
50 Le percuteur, dont la tête, en frappant la capsule, 



MépLil -, ^ 



Tiô«> 



l'omln 



Knit>.i.sf 



Fig. il. 

détermine l'explosion de la cartouche. Il se compose de la 
pointe, la partie cylindrique de l'avant, le méplat, l'embase, 
la tige, le T {fig. 3-2) ; 




CHAPITRE V. 65 

6^ Le manchon^ qui sert à relier le chien au percuteur et 
présente, à cet effet, un logement pour le T de ce dernier 
ifig. 33) ; il s'emboîte dans un autre logement pratiqué à 
Tarrière. Deux ailettes formant .,^^ 
saillie au-dessus du logement des "1^|_^« 
deux branches du T, viennent, en ^.*£felj|-[5rf^?^^ 
se plaçant dans un logement cor- \||cJ-J 
respondant du chien, rendre ces Fig 33. 

pièces solidaires avec le chien. En somme, le manchon 
comporte la tête, les cordons molletés, la fente de repère, 
le collet, les ailettes, les méplats, les épaulements d'arrêt 
et le logement du T; 

7» Le ressort à houdin, qui pousse le percuteur en avant. 
Il se compose de 75 à 80 spires, pouvant atteindre un déve- 
loppement de 0"^,60 de longueur; cette longueur peut être 
réduite à 6 centimètres lorsque le magasin est chargé; 

8® La vis d'assemblage du cylindre et de la tète mobile; 
on y distingue la tête et sa fente, les filets, la partie non 
flletée qui pénètre dans le collet de la tête mobile. 

14.-- MÉCANISME DE RÉPÉTITION. 

Moyens d'oUenir la répétition. — La répétition ou dis- 
position permettant de tirer plusieurs coups avec un même 
fusil sans le recharger, peut être obtenue de quatre 
manières dans les armes à feu portatives, savoir : 

1» Au moyen de canons multiples ^ comme dans la 
mitrailleuse ou les fusils à plusieurs coups; mais on com- 
prend que ce procédé serait impraticable pour une arme 
de guerre; 

2» Par le système des revolvers, avec un barillet et un 
canon unique; mais comme il y a déformation de la balle et 
perte de force, il en résulte une diminution de précision 
et de portée. De plus la construction de fusils de ce système 
est compliquée, leur entretien difficile, le système d'obtu- 
ration imparfait, le nombre des cartouches du magasin 
restreint, les cartouches trop courtes, à moins d'augmenter 
sensiblement le poids de l'arme et de la rendre peu maniable. 

Le fusil de ce genre, imaginé par l'armurier autrichien 
Spitalsky, est à peu près le seul qui soit jusqu'à un certain 

5 



66 AHMES A FED PORTATIVES. 

point pratique. Le barillet du revolver {fîg. 34) est employé 
comme magasin et comme transporteur en même temps, 
avec cette différence, par rapport aux armes-revolvers, que 
la cartouche est amenée du barillet dans le canon par la 
culasse, ce qui supprime le défaut d'obturation parfaite. 



Fjg. 3i. 

La culasse mobile tient du système Gras et du système 
Mauser. Le mécanisme de répétition comprend le transpor- 
teur {Hg. 34) avec sou levier, qui communique à la roue 
dentée le mouvement de la culasse, la boite du magasin qui 
entoure le barillet, la porte du magasin qui a pour but 
d'empêcher les déformations des cartouches pendant le tir, 
et l'obturateur. 

Aucune arme de ce genre u'a été et ne pouvait être 
adoptée comme fusil de guerre; 

3* Au moyen de magasins mobiles ou chargeurs, qui 
sont des espèces de réservoirs pouvant s'adapter à volonté 
aux armes à un coup pour en accélérer le tir. 

Les chargeurs à main ou chargeurs rapides n'augmen- 
tent que fort peu la rapidité du tir, et, bien qu'ils présentent 
l'avantage de pouvoir s'adapter à tous les fusils, presque 
sans modification à ces derniers, on n'a adopté nulle part 
cette solution, que l'on n'a pas tardé îi considérer comme 
un palliatif insuffisant. On fait d'ailleurs à ces chargeurs les 
reproches suivants ; 

a) Avec le chargeur, le fusil devient d'un maniement 
plus difficile; 



CHAPITBE V. e7 

b) Le poids du chargeur fait forcément pencher l'arme, 
ce qui nuit à lajustesse du tir; 

c) L'appareil, qui fait saillie sur l'arme, est naturelle- 
ment exposé à des chocs qui constituent une cause de 
dérangement dans le fonctionnement du mécanisme; 

d) Il complique l'équipement du soldat et est une cause 
de dépense et de poids. 

Il existe un grand nombre de modèles de chargeurs; 
nous nous bornerons à donner (flg. 35) le chargeur Krinka 




et le chargeur Fosbéry (flg. 35 bis) dont le dessin suffit à 
expliquer le mode d'emploi ; 




i" Avec des fusils à magasin faisant partie de l'âme 
{magasin fixe), et c'est le seul système de répétition usité 



68 ARMES A FEU PORTATIVES. 

pour l'armement de l'iofanterie. On distingue trois grandes 
catégories de fusils de ce genre, savoir : 

I. Les armes à répétition avec magasin dans la crosse. 
— Avec ces armes, les cartouches sont soustraites à l'in- 
fluence de réchauffement du canon et la répartition du 
poids est bien équilibrée, car le centre de gravité est rap- 
proché de l'épaule. 

Par contre, la nécessité d'amener des cartouches allon- 
gées du magasin jusque dans le transporteur par la poignée 
de la crosse, impose de sérieuses difficultés au construc- 
teur. En outre, le chargement du magasin ne s'opère, en 
général, que par cartouches successives et exige, par suite, 
un certain temps. Enfln, la difficulté de trouver pour ce 
genre de fusil un mécanisme de répétition simple et sûr, 
jointe aux inconvénients précédents, sont cause que ce 
système n'a pas été adopté pour l'armée, bien que, au point 
de vue de la construction et du tir, la crosse soit l'endroit 
le plus convenable pour recevoir un grand, nombre de car- 
touches. 

Il existe divers types de fusils dont les plus connus sont 
les systèmes Eoichkiss, Spencer, Evans, Mannlicher, 




Fia, 3(i, 



Schulof, etc. Leur contenance est très variahle (de 4 à 
20 cartouches). Le spécimen le plus complet et le plus com- 
pliqué de ces armes est le fusil Schulof, dont la figure 36 
indique suffisamment le mécanisme et le fonctionnement. 

II. Les armes à répétition avec magasin sous le canon. 
— Ce genre de magasin consiste généralement en un tube 
placé sous le canon, comme dans les fusils français et por- 
tugais, ainsi que dans ceux du système Vetterli. Il pourrait 
également se composer de deux tubes disposés de chaque 



CHAPITRE V. 69 

côté du canon, mais nous ne parlerons que du premier, qui 
a seul reçu une application pratique. 

Dans le tube-magasin, les cartouches sont disposées de 
manière que le culot de la cartouche qui est en avant soit 
placé contre la pointe de la cartouche suivante. Cette dis- 
position, d'ailleurs forcée, a une grande influence sur la 
conservation intacte des cartouches dans le magasin. Un 
ressort à boudin solide sert à faire avancer les cartouches 
du tube-magasin et à les amener progressivement à l'entrée 
de la chambre. Ce ressort doit être très solide et très long 
(75 à 80 spires, pouvant atteindre un développement de 
0™,60 de longueur), ce qui peut nuire au fonctionnement 
régulier du magasin. La grande longueur du tube peut être 
également cause que ce dernier peut facilement se fausser. 

Cette organisation du magasin a, en outre, l'inconvénient 
de reporter vers l'avant le centre de gravité et de déplacer 
celui-ci après chaque coup tiré. Ce déplacement du centre 
de gravité pourrait avoir des conséquences sérieuses dans 
le cas où il serait possible de continuer à tirer sans désé- 
pauler; mais, en réalité, il est insensible après chaque 
coup, puisque le fusil ne pèse chaque fois que 29 grammes 
de moins, et que, pour l'ensemble des cartouches, le centre 
de gravité n'est déplacé que de O^fii à 0°»,03. 

On objecte également l'aggravation de poids du fusil à 
l'avant après le chargement du magasin. Il est évident que 
ce surcroit de charge de plus de 200 grammes, qui se ferait 
sentir tout le long d'un combat, pourrait exercer une 
influence fâcheuse sur le tir. Pourtant, dans la chaleur de 
l'action, le soldat ne sentira pas beaucoup ce poids qui ne 
sera pas toujours au complet et qui, dans tous les cas, 
devrait être porté par lui. En outre, en pareil moment, la 
justesse du tir laissera toujours à désirer et elle ne sera 
pas diminuée de ce fait. 

Un inconvénient plus sérieux est celui qui résulte de la 
lenteur du chargement du magasin, exigeant de 3 à 5 se- 
condes par cartouche, soit une minute environ pour 
recharger ce magasin sous le feu ennemi, lorsqu'il aura 
été vidé. Il sera préférable, en pareil cas, de tirer coup 
par coup que de recharger le magasin pour faire feu à 
répétition, et il conviendra d'attendre une période de 
ralentissement du feu pour garnir le réservoir. 



70 ARMES A PEU PORTATIVES. 

D'ailleurs l'emploi de l'arme coup par coup constitue une 
ressource suffisante dans la plupart des cas, et l'on fait 
même observer que le tir à répétition devant être l'excep- 
tion, il n'y a pas lieu de le faciliter outre mesure, et que, 
pourvu que Ton dispose du magasin intact au moment du 
besoin, le but poursuivi sera atteint en principe. On aura 
ainsi contribué à éviter, dans une large mesure, le gaspil- 
lage des munitions. Il est vrai que la crainte de ce gaspil- 
lage, possible avec les fusils à magasin, n'a pas arrêté les 
puissances étrangères et que, si des munitions sont néces- 
saires en grande quantité, il faut tout simplement prendre 
les mesures nécessaires pour en assurer le ravitaillement. 

En outre, comment arriver à ménager le magasin d'une 
manière certaine, et surtout comment arriver à en con- 
trôler le contenu? On parle, il est vrai, de la discipline du feu, 
mais, dans la chaleur de rengagement, on ne voit pas bien 
comment il est possible de s'assurer que les commande- 
ments sont exécutés. Il y a également un levier de ma- 
nœuvre permettant ou non le tir à répétition ; mais si les 
hommes ne le font pas fonctionner ou le font mal fonc- 
tionner, le résultat ne sera pas mieux atteint. 

Il semble d'ailleurs que, même en France, comme nous le 
verrons plus loin, on soit revenu de cette crainte, puis- 
qu'on a admis pour la carabine de cavalerie le chargement 
au moyen de boîtes chargeurs de trois cartouches. Il parait 
logique en effet de conclure que, si la répétition est avan- 
tageuse, il faut prendre les mesures convenables pour s'en 
assurer le bénéfice en tout temps. 

Dans les armes avec magasin sous le canon, il faut un 
transporteur spécial pour amener les cartouches du maga- 
sin devant la chambre. La pression du ressort à boudin fait 
arriver une cartouche dans le transporteur lorsqu'on ferme 
le tonnerre. En ouvrant ce dernier, l'étui vide est d'abord 
éjecté, puis le transporteur et la cartouche qu'il contient 
sont engagés dans la chambre et la cartouche est prête à 
être tirée. 

Le tir à répétition exige ainsi deux mouvements : ouvrir 
et fermer le tonnerre, lesquels ne prennent que deux 
secondes, ou au plus trois secondes avec le temps de viser, 
soit vingt secondes environ pour les dix coups du fusil 
mod. 1886, et au maximum une demi-minute. 



CHAPITRE V. 71 

Les formes les plus usitées pour le transporteur, avec ce 
système de magasin, sont celle de tiroir^ avec mouvement 
en arrière et en avant parallèle à l'axe du canon, comme 
dans le fusil Vetterli mod. 1869, et celle à!auget ou de 
cuiller, avec un mouvement oscillant autour d'un axe fixe , 
comme dans le fusil mod. 1886. 

IIL Les armes à répétition avec magasin dans la boite 
de culasse, — Dans ces armes, le magasin proprement dit 
consiste généralement en une simple ouverture permettant 
l'introduction d'un chargeur, et en un ressort (dit éléva- 
teur) faisant monter successivement les cartouches. Les 
chargeurs ont presque toujours la forme d'une boîte dans 
laquelle un certain nombre de cartouches sont placées les 
unes sur les autres : d'où le nom de boites-chargeurs. 

Il suffit d'introduire une de ces boîtes dans le magasin ; 
le mouvement du chien dans les armes à verrou est disposé 
de manière à amener les cartouches successivement dans 
le canon. Cette boîte tombe ensuite par son propre poids 
quand elle est vide. Mais, dans tous les cas, elle doit pou- 
voir être facilement fixée dans le magasin ou en être 
enlevée. 

La boîte-chargeur, dont la contenance varie de 3 à 12 car- 
touches, mais est généralement de 5, se charge dans le 
fusil aussi facilement qu'une seule cartouche, de sorte que 
le chargement de l'arme est toujours possible, même sous 
le feu le plus violent, à la condition toutefois d'avoir des 
munitions en quantité suffisante. 

Ce genre de chargeur automatique peut s'appliquer à 
tous les fusils à verrou ; il assure une grande vitesse de tir 
et garantit contre la déformation des cartouches. C'est 
celui qui a été appliqué à la transformation des fusils hol- 
landais et italiens, ainsi qu'aux nouveaux fusils adoptés 
par l'Allemagne, l'Autriche, la Belgique, le Danemark, 
l'Italie, la Suisse, et même par la France pour sa carabine 
de cavalerie. 

On peut signaler, comme inconvénient, le poids assez 
élevé qu'atteint un fusil de ce système dont le chargeur 
contient un assez grand nombre de cartouches, surtout 
étant donné le poids mort constitué par les boîtes. Il est 
vrai que l'on est parvenu à réduire ce dernier à un mi- 



72 ARMES A FEU PORTATIVES. 

nimum, par le remplacement des boîtes-chargeurs au 
moyen de lames-chargeurs, comme en Belgique, en Russie 
et en Turquie, dont le poids n'est que de 6 grammes au 
lieu de 20 en moyenne pour les boites-chargeurs. En outre, 
le magasin constitue, en principe, un appendice assez sail- 
lant, qui peut se détériorer facilement ou empêcher com- 
modément le maniement de l'arme. Enfin il est très difficile 
ou même presque impossible de tirer autrement qu'à char- 
geur. 

Choix à faire. — Cependant, entre les fusils à chargeur 
automatique se manœuvrant toujours comme arme à répé- 
tition et les fusils à magasin sous le canon ou dans la 
crosse qui, une fois vidés, ne peuvent plus remplir conve- 
nablement ce rôle de magasin, on peut trouver place pour 
une troisième solution, qui est celle de fusils à boite-char- 
geur permettant le tir coup par coup. C'est cette solution 
qui a été admise pour les dernières armes à répétition cons- 
truites. Mais il faut pour cela disposer de cartouches 
empaquetées isolément, en même temps que de boites- 
chargeurs. 

Ainsi qu'on a pu le voir, les divers systèmes de magasins 
présentent des avantages et des inconvénients, d'ailleurs 
relatifs, car les uns et les autres dépendent non seulement 
de la manière de voir, mais encore du caractère et de Tétat 
d'instruction du tireur. Pourtant, on est arrivé peu à peu à 
se faire une opinion moyenne, généralement adoptée, 
comme nous l'avons indiqué. 

Hécanisme de répétition du fusil mod. 1886. — Les 

pièces du mécanisme de répétition de ce fusil sont assem- 




Fig. 37. 

blées sur une plaque à oreilles, appelée corps de méca- 
nisme, en même temps que celles qui forment le méca- 



CHAPITRE V. 



73 



nisme de détente de Tarme. Cet assemblage des deux 
mécanismes constitue un tout que Ton désigne simplement 
sous le nom de mécanisme de répétition (fîg, 37). 

Le mécanisme de répétition proprement dit comprend les 
dix pièces suivantes : 

1» Le corps de mécanisme (fig. 38), où Ton remarque : 
la plaque a ; le logement de la feuille antérieure du pontet 
et le trou de sa vis; Téchancrure g pour le passage du 
levier de manœuvre; à l'avant le tenon d'attache d du 
corps de mécanisme; sa fente pour le passage de Tarrêt de 
cartouche; en dessus, les deux nervures ce entre lesquelles 
se trouvent le logement de l'arrêt de cartouche et le loge- 
ment du bec d'auget; le logement de l'œil du ressort du 
levier de manœuvre; les trois trous, dont un taraudé (dans 
la nervure gauche) pour la vis-goupille de l'arrêt de car- 
touche. On distingue ensuite les oreilles &, le trou non 



'^•"r;îî!V,i»IIIUIIIIIIIIWIUIIMIIIIIMHW!,i 




JL 




3 — 



Fig. 3S. 



taraudé pour la vis de mécanisme, les deux trous pour 
Taxe du levier de manœuvre, le trou de l'oreille droite 
prolongé par une échancrure pour le passage de la came 
du levier ; dans l'oreille droite, le trou taraudé pour la vis 
de ressort de gâchette; entre les deux oreilles, le dégage- ' 
ment pour la branche inférieure du ressort de gâchette, le 
logement du rouleau du ressort, prolongé par le trou pour 
le pivot du rouleau. 

Au corps de mécanisme est fixé, par sa feuille antérieure, 
le pontet de sous-garde, qui sert à enlever et à remettre en 
place le mécanisme de répétition ; 

2» La vis de mécanisme, qui sert à relier le mécanisme à 
la boite de culasse. On y voit la tête et sa fente, la tige qui 
s'amincit vers l'extrémité pour donner de l'entrée à la vis, 
les filets; 

3» Uaitget, dans lequel on distingue {fig. 39) : le bec &, sa 
fente c pour le passage de l'arrêt de cartouche; le corps; 
le logement de la cartouche a, ses bords, ses recouvre- 



74 



ARMES A FEU PORTATIVES. 



ments e et leur raccordement avec les bords; le fond, l'évî- 
dement du fond; le passage du tenon inférieur de la tête 
mobile; à droite et à gauche, les parois; en dessous les 
deux nervures d qui s'appuient, à l'abattu, sur celles du 
corps de mécanisme; le talon f sur le dessus et sur le 
devant duquel agit successivement le grand bras du levier 
d'arrêt pour maintenir Tauget dans ses deux positions; la 
queue hy le butoir de relèvement i, le trou pour l'axe du 
levier de manœuvre , le trou pour le pivot du butoir 
d'auget, le logement de l'œil de gâchette, Tévidement où se 





Fig. 39. 

meut la griffe du butoir d'auget; sur la face gauche l'épau- 
lement qui sert de butée contre l'oreille gauche du corps 
du mécanisme pour assurer la position de l'auget dans le 
remontage ; 

40 Le butoir d'auget (fig, 40) avec le pivot e, la griffe g, 
sur laquelle agit la came du levier de manœuvre; la queue 
d, sur laquelle presse le renfort du levier du cylindre pour 
faire descendre lauget ; le gradin &, qui fournit un point 




n 





Fig. 40. 



d'appui pour le remontage du ressort de levier de ma- 
nœuvre; la tranche inférieure c, par laquelle le butoir 
prend appui sur la nervure droite du corps du mécanisme, 
de manière à relever Tauget lorsque, celui-ci étant à 
rabattu, on met le levier de manœuvre à la position du 
tir coup par coup. Le butoir d'auget sert à soulever et à 



CHAPITRE V. 



75 



^Souioiro tftuBuSHJlé'. 



abaisser Tauget pour le tir à répétition. La tranche infé- 
rieure de ce butoir, en prenant appui sur la nervure droite 
du corps du mécanisme, fait également relever Tauget 
lorsque, celui-ci étant à l'abattu, on met le levier de ma- 
nœuvre à la position du tir coup par coup ; 

5» Le levier de manœuvre {fig. 41), où Ton distingue 
l'axe qui sert à assembler l'auget et la 
gâchette au corps de mécanisme; sa 
came qui agit sur la griffe du butoir; le 
bras du levier en forme d'S; les deux 
faces d'appui du ressort du levier de 
manœuvre, formant deux plans inclinés 
en dedans; le bouton quadrillé et son 
collet qui le relie au levier. 

Le levier de manœuvre permet le tir coup par coup ou 
le tir à répétition, suivant que son bouton quadrillé est 
poussé en avant ou en arrière ; 

&^ Le ressort de levier de manœuvre, où Ton remarque 
Tœil a, la branche coudée d, la t^te &, son contour arrondi 




Fig. 41. 




Fig. 42. 

et son profil incliné, qui sert à la maintenir sous les faces 
d'appui du levier {fig. 42) ; 

70 i^arrèt de cartouche, qui comprend le levier; le grand 
bras e, son plan incliné d qui agit sur le talon 
d'auget; le logement du pivot du ressort; le 
trou taraudé pour la vis du ressort ; le trou c 
pour la vis-goupille et ses bouteroUes; le petit 
bras h, le bec a {fig. 43) ; 

8» Le ressort, qui fonctionne à la fois comme 
arrêt de cartouche et comme ressort d'auget ; 
la griffe g, la petite branche f, la grande bran- 
che h; le trou non taraudé pour la vis de res- 
sort; le pivot; 

90 La vis de ressort, qui relie le ressort au 
levier ; Fig. 43. 

40<^ L*arrêt de cartouche est assemblé au corps de méca- 




76 ARMES A FEU PORTATIVES. 

nisme, en même temps que le ressort de levier de ma- 
nœuvre, par la vis-goupille dC arrêt de cartouche ; celle-ci 
comprend la tête, la partie filetée et la goupille. 



I 5. — MÉCANISME DE DÉTENTE. 

Dans les anciennes armes se chargeant par la bouche et à 
amorce distincte de la charge, ainsi que dans certaines 
armes plus récentes se chargeant par la culasse, l'inflam- 
mation de la charge est produite par un chien, faisant offlee 
de marteau, qui vient frapper l'amorce. Le mécanisme des- 
tiné à produire la rotation du chien s'appelle platine ; nous 
avons vu qu'il en existe de plusieurs espèces et nous les 
étudierons en parlant des revolvers. 

Mais dans la plupart des armes actuelles, l'inflammation 
de la charge s'obtient à l'aide d'une amorce fulminante con- 
venable, dont une percussion détermine la détonation. Dans 
ces armes, le mécanisme de percussion est le plus souvent 
réuni au mécanisme de fermeture, et l'étude de ces deux 
mécanismes ne peut guère être faite séparément. Dans le 
fusil mod. 1886, le mécanisme de percussion est formé par 
le percuteur, le ressort à boudin, le manchon et le chien. 

Dans tout mécanisme de percussion, le choc est produit 
par un ressort plat ou à boudin. Les ressorts plats ne sont 
plus employés que dans les armes anciennes ou à platine. 
Les ressorts à boudin les ont remplacés avantageusement, 
car ils sont plus faciles à fabriquer, à loger, à remplacer; 
ils sont plus économiques et, même rompus, ils peuvent 
encore fonctionner un certain temps. 

On fait généralement partir le coup au moyen d'une dé- 
tente, sur laquelle s'exerce l'action du premier doigt. Le 
corps de la détente tourne autour d'un axe fixe ; la partie 
supérieure arrondie tourne d'une manière continue, en s'ap- 
puyant sur le canon même, et refl*ort qu'il faut exercer est 
constant jusqu'au départ du coup. 

Dans le fusil modèle 1886 et dans certains autres, le corps 
de la détente présente deux bossettes {flg, 44). Au moment 
où la première vient rencontrer le dessous du canon, il se 
produit un temps d'arrêt et le centre de rotation change 
brusquement. Le même à-coup se produit quand la deuxième 



CHAPITRE V. 77 

bossette rencontre le canon ; le tireur, ainsi prévenu, peut 
éviter le coup de doigt. 

Enfin, dans certaines armes de précision (Mauser, Vet- 
terli), il existe une douUe détente. La première suffit pour 
abaisser complètement la gâchette. Mais, si Ton veut pré- 
parer la détente, on commence par agir sur la seconde, qui 
abaisse presque complètement la gâchette, de sorte qu'il 
suflBit d'exercer une action très faible sur la première dé- 
tente pour faire partir le coup. 

Mécanisme de détente du fusil mod. 1886. — Ce méca- 
nisme, qui fait partie du mécanisme de répétition, comprend 
cinq pièces, savoir : 

1^ La gâchette, avec la tête de gâchette; les ailettes ; la 
fente qui reçoit la détente, les 
trous de goupille ; le corps, 
évidé du côté droit ; le loge- o^ 
ment du rouleau du ressort de 
gâchette ; l'œil, son épaulem ent, 
son chanfrein {fig. 44; ; 

2o La détente à douUe fos- 
sette; le corps, la queue, les 
deux bossettes, le trou de gou- Fig. 44. 

pille, répaulement ; 

3» La goupille de détente, qui relie la détente à la gâ- 
chette; 

40 Le ressort de gâchette, où Ton remarque les deux 
branches symétriques, les rouleaux, les pivots de rouleau. 
L'un des rouleaux a son pivot à droite, et l'autre son pivot 
à gauche, de façon que le ressort puisse être indifférem- 
ment remonté dans les deux sens ; 

5® La vis de ressort de gâchette, qui maintient le ressort 
en place sur le corps de mécanisme, en empêchant le pivot 
inférieur de sortir de son trou. 



I 6. — ORGANES DE POINTAGE. 

Conditions générales. — Pour diriger le projectile sur le 
but â atteindre, il est indispensable que la construction de 
l'arme fournisse au tireur un moyen sûr de donner â la 




78 ARMES A FEU PORTATIVES. 

ligne de tir (1) la direction et l'inclinaison voulues. On a 
répondu à cette nécessité en déterminant une ligne de mire 
au moyen d'une hausse et d'un guidon. 

Le guidon étant fixe en principe, pour faire varier la 
ligne de mire on a recours à une hausse, ou appareil per- 
mettant de donner au cran de mire la hauteur correspon- 
dant à la distance à laquelle on veut tirer, c'est-à-dire de 
hausser le tir, en élevant le cran de mire pour tirer plus 
loin. 

Les appareils de hausse doivent avant tout être solides, 
d'un maniement simple et facile, de construction et de ré- 
paration non compliquées, tout en offrant le moins de 
chance d'erreur possible. Ils doivent permettre, en outre, 
Tutilisation des portées extrêmes eflîcaces des armes aux- 
quelles ils sont adaptés. Ainsi l'angle de mire maximum est 
de 90 pour le fusil mod. 1874, ce qui correspond à I8OO mè- 
tres, et de 70 environ pour les armes de petit calibre, ce qui 
correspond à 2,000 mètres. Mais on peut admettre que, pra- 
tiquement, la portée maxima ne dépasse pas 1200 mètres, 
car il ne s*agit pas de savoir si le projectile aura un effet 
utile même à 3,000 mètres, mais simplement de pouvoir 
l'envoyer où il produira un effet utile en visant, et la portée 
de la vue ne peut guère dépasser 1200 mètres. 

On peut ranger les hausses employées en deux grandes 
classes : 1® celles qui donnent des indications continues et 
parmi lesquelles sont comprises les hausses à curseur et les 
hausses à cadran ; 2® celles qui donnent des indications dis- 
continues, telles que les hausses à lamettes, à trous, à gra- 
dins, etc. 

Hausses à curseur. — La hausse à curseur se compose 
d'une planchette, mobile autour d'un axe horizontal fixé au 
canon, et portant un curseur dont le cran de mire peut être 
déplacé le long de la planchette, suivant la distance estimée, 
marquée par des divisions inscrites sur la planchette. 

Avec les fusils mod. 1874, ou ceux construits vers la 
même époque, pour les grandes portées, une planchette 



(!) On sait que la ligne de tir est Taxe du canon supposé indéfiniment 
prolongé. C'est la ligne théorique que suivrait le projectile, sans l'effet de la 
résistance de l'air et de la pesanteur. 



CHAPITRE V. )9 

unique aurait été trop longue, et l'oa préférait avoir recours 
à une rallonge pour le curseur, La hausse du fusU 
mod. 1874 est le type de ce genre (fig. 4S). 

La planchette porte un cran de mire à la partie supérieure 
(1200 mètres), et un à la partie inférieure {250 
mètres), un sur son pied quand elle est rabattue 
en arrière (300 mètres), et un sur sa face anté- 
rieure près de l'extrémité quand elle est rabat- 
tue en avant (200 mètres). Un petit ressort, 
interposé entre la planche et le curseur, main- 
tient celui-ci en place aux différentes distances. 
A partir de 300 mètres, il faut lever la planche, 
sur les deuxcôtés de laquelle sont marqués les 
traits indicateurs du tir de 400 à 1200 mètres 
sur le côté gauche, et de 1400 à 1800 mètres 
sur le côté droit. Deux crans ont été pratiqués 
dans le curseur à rallonge : un à la partie 
inférieure pour les distances de 400 à 1200 
mètres, l'autre à la partie supérieure pour les 
distances de 1400 à 1800 mètres. 

Dans cette hausse, on a été amené à multi- ' — TTyi — ' 
plier les crans de mire pour les petites dis- 
tances, ce qui augmente les chances d'erreur. '^' 
C'est pourquoi, dans la hausse du fusil mod. 188<i, on a 
cherché à atténuer cet inconvénient par l'emploi de gra- 
dins, correspondant au tir de 400 
à 800 mètres {Jlg. 46), sur lesquels 
on fait porter le curseur, de ma- 
nière à élever plus ou moins la 
planche, sans la relever complè- 
tement. On a pu également éviter 
l'emploi de la rallonge et l'incon- 
vénient d'avoir quatre crans de 
mire devant les yeux. La planche 
mobile porte trois crans de mire , , 
celui de 230 mètres sur le pied de | 
la planche rabattue en avant , 
celui de 2,000 mètres (marqué 20) P'b 4b 

sur le sommet de la planche; le troisième, pratiqué dans le 
talon de la planche et donnant les lignes de mire de 400 à 
800 mètres, lorsqu'on fait reposer le curseur sur les divers 




80 ARMES A FEU PORTATIVES. 

gradins du pied. La planche est graduée à droite pour les 
distances de 100 en 100 mètres, à gauche pour celles de 50 
en 50 mètres; au-dessus de chaque trait de la graduation 
de droite se trouve le chiffre indicateur de la distance (de 
900 à 1900 mètres). 

Cette hausse, qui est en réalité à gradins et à curseur^ 
comprend les huit pièces suivantes ; 

1» Le pied de hausse, soudé à Tétain sur le canon, et 
comportant les gradins, le logement du ressort, sa partie 
plane, son plan incliné, sa fente rectangulaire, le trou ta- 
raudé pour la vis de ressort; Tœil de charnière; les trous 
de goupille ; 

2» Le ressort de hausse, avec sa branche, la queue 
d'aronde, le trou de la vis ; 

3» La vis du ressort de hausse; 

i^ La, planche moMle, dans laquelle, outre les trois crans 
de mire et les graduations, on distingue la fente, les côtés, 
le pied et son trou de goupille, le trou taraudé de la vis- 
arrétoir, le talon et ses coulisses pour le passage du cur- 
seur; 

5® Le curseur, qui porte le cran de mire mobile pour les 
distances de 900 à 1900 mètres ; le corps, les coulisses, les 
côtés quadrillés, le trou pour le pivot du ressort ; 

6® Le ressort de curseur, logé dans la coulisse gauche, le 
corps, le pivot ; 

7° La vis-arrétoir de curseur; 

S^ L2L goupille, qui maintient la planche sur le pied. 

Les fusils actuels les plus récents n'ont plus de curseur à 
rallonge ; grâce à la vitesse initiale plus grande obtenue, 
on arrive avec la planchette seulement à avoir une hausse 
suffisante pour les distances auxquelles on peut pratique- 
ment tirer. 

Dans la hausse Mauser (ftg. 47), on a cherché à éviter les 
divers inconvénients signalés plus haut, en employant un 
curseur plein à trous. Mais alors l'horizon se trouve plus 
ou moins masqué et la visée est plus difficile. Cette hausse 
est à la fois à curseur, à lamettes et à trous, et cette com- 
plication ne parait pas procurer un résultat d'autant meil- 
leur. 

Hausse à cadran. ^Ce genre de hausse comporte une lame 
mobile {fig. 48), avec un cran de mire unique, ce qui évite 



CHAPITRE V. 81 

les erreurs dues à la multiplication des crans de mire. Cette 
lame tourne entre deux oreilles formant une sorte de cadran 
gradué, et elle est arrêtée à la graduation voulue au moyen 
de dispositifs spéciaux. 




Fig. 47. 



Fig. 48. 



Mais il est difûcile de donner à la pièce mobile une stabi- 
lité suffisante, la graduation se lit peu aisément et ne con- 
vient que pour un nombre restreint de lignes de mire ; enfin, 
cette forme de hausse se prête mal au pointage sous les 
grands angles. Cependant, elle est employée encore dans un 
certain nombre d'armées, notamment en Autriche et en 
Suisse, où l'on a cherché toutefois à remédier aux inconvé- 
nients signalés. 

Hausse à lameites. — C'est une application grossière de 
la hausse k cadran, dans laquelle un certain nombre de 
lamettes d'inégales hauteurs portent chacune un cran de 
mire tournant autour de charnières horizontales {flg. 49), 
Ces hausses manquent de fixité et ne donnent pas un 
nombre suffisant de lignes de mire. 



ARUES A FED PORTATIVES. 



Hausse à trou. — C'est une hausse du genre précédent, 
mais ne comptant qu'une seule lamette mobile, percée de 
trous servant de crans de mire. La hausse de notre fusil 




Fig. 49. 

mod. i874 T est à la fois à lamettea et à trous. En plus des 
inconvénients signalés pour les systèmes précédents, cette 
hausse a, en outre, celui d'empêcher de bien distinguer 
l'objet visé et, par suite, manque de précision. 

Hausse à gradins. — Le pied de la hausse porte un cer- 
tain nombre de gradins, comme il a été indiqué pour la 
hausse du fusil mod. 1885 (fîg. 46), sur lesquels on fait 
porter le curseur de la planche à la distance voulue. 

On a renoncé aux trois dernières espèces de hausses que 
nous venons d'indiquer, parce qu'elles ne permettent de 
tirer qu'avec un petit nombre de lignes de mire et que, pour 
les distances intermédiaires, on est obligé de s'en rapporter 
à l'habileté dn tireur ou à des procédés empiriques. Mais 
nous avons vu que leur combinaison avec d'autres systèmes 
peut donner de bons résultats, comme par exemple dans la 
hausse de notre fusil mod. 1886, qui est à la fois à gradins 
et à curseur, etc. 

Guidon. — C'est une petite pièce de métal, brasée sur le 




canon vers son extrémité antérieure et placée exactement 
dans le plan vertical passant par l'axe du canon. 



CHAPITRE V. 83 

La meilleure forme pour le guidon est celle à section 
triangulaire {fig. 50), avec le sommet légèrement arrondi 
{flg, 51), qui laisse néanmoins Timpression d'une arête ; la 
face supérieure et les faces latérales vont en fuyant, pour 
ne pas amener de confusion pendant la visée. La forme en 
grain d'orge (fig. 52) a dû être écartée, parce que la lumière 
en le frappant offre un point brillant, de position variable, 
que le tireur confond aisément avec le sommet. 

On enseigne, dans les exercices préparatoires de tir, à 
éviter de viser par les points brillants que peut également 
présenter le cran de mire, ce à quoi on arrive en encadrant 
le guidon dans l'entaille {fig. 53), de manière à laisser de 
chaque côté des espaces vides égaux. 

Appareils de pointage latéral. — Avec les différentes 
espèces de hausses on est toujours obligé, pour les tirs aux 
grandes distances, d'épauler très bas, ce qui force à baisser 
trop la tête et peut nuire à la justesse du tir. Aussi, pour 
remédier à cet inconvénient, il existe dans un certain 
nombre de fusils (Angleterre, Autriche, Danemark, Espagne, 
Norvège) un dispositif spécial permettant au tireur d'épau- 
ler dans les conditions ordinaires. 

Le dispositif employé pour le Mannlicher autrichien est 
indiqué comme exemple. La grenadière 
porte sur le côté droit un guidon latéral 
{fig, 54) dont la pointe se trouve à hauteur 
de l'axe du canon. La partie postérieure de 
la hausse est coudée {(ig. 55) et dans ce 
coude est pratiquée une rainure en forme de 
queue d'aronde. Une lamelle portant un cran 
de hausse, qui reste dans son logement en 
temps ordinaire, peut se mouvoir dans la ^^s- ^^• 
rainure au moyen d'un talon et on la fait coulisser en de- 
hors pour les tirs à partir de 1350 mètres. On pointe alors 
par le cran de hausse de la lamelle et le guidon latéral de 
la grenadière. 

Pour porter de 1000 à 1200 mètres la portée du fusil espa- 
gnol mod. 1871-89, on a adopté un système à peu près ana- 
logue (fig. 86). 

Dispositions générales de la ligne de mire. —La hausse 




Si 



ARMES A PBD PORTATIVES. 



et le guidon sont placés sur le canon à une distance de l'œil 
des tireurs supérieure à la distance de vision distincte 
(0"',25). On a ainsi une longueur de ligne de mire d'environ 
0™,70, plus que suffisante pour* obtenir un pointage précis. 
Les crans de mire peuvent être déviés légèrement pour 
corriger l'influence de la dérivation ou l'angle d'écart hori- 
zontal (fusil mod, 1874). Pour le cran de mire du curseur, 
on lui donne une déviation correspondant à la distance 
moyenne de son emploi. 





Fig. 55. 



Toutes les armes d'un même modèle ont naturellement 
la même hausse, uniformément graduée. Mais les déviations 
initiales varient pour chaque arme ; afin de permettre de 
rendre les armes comparables entre elles, on a corrigé 
l'angle d'écart horizontal, en disposant le guidon de manière 
à pouvoir le déplacer perpendiculairement au plan de tir. 
C'est pourquoi le guidon est assemblé sur son embase à 
queue d'aronde. Pour corriger l'angle de relèvement, on 
dispose de sis. numéros de guidons différant seulement par 
la hauteur. 

Le pied de hausse et l'embase du guidon sont soudés sur 
le canon ou sur le tube-enveloppe. Dans les armes à répéti- 



CHAPITRE V. 83 

tion où ce tube n'existe pas, il vaut mieux visser le pied de 
hausse sur le canon, en raison de réchauffement considé- 
rable produit par le tir. 

17. — MONTURE. 

La monture sert à relier, conjointement avec les garni- 
tures, les différentes pièces de l'arme. Elle doit être disposée 
de manière : 

1<> A faciliter le maniement de l'arme dans les divers mou- 
vements à exécuter avec le fusil ; 

2» A rendre aisée la mise en joue et à atténuer Teffet du 
recul dans la mesure du possible. Pour permettre d'épauler 
et de viser commodément, le talon de la crosse doit être 
plus bas que le canon, être coupé en biais et présenter une 
surface assez grande pour bien s'appliquer à l'épaule et 
pour que le choc du recul se répartisse sur une étendue 
présentant un appui convenable ; 

3^ A loger un certain nombre de pièces, tels que le 
canon, la culasse et sa boite, la détente, les garni- 
tures, etc.; 

4» A contenir le magasin des armes à répétition, soit sous 
le fût, soit dans la crosse, soit sous la boîte de cula sse. 

La monture est généralement en bois de noyer, parce que 
c'est le bois qui se travaille le mieux dans tous les sens et 
dont les fibres présentent le plus de résistance à la sépara- 
tion. Elle comprend le fût. la poignée et la crosse. 

Fût, — Le fût, qui va de la boite de culasse à la partie 
antérieure, contient le logement du canon et de la boite de 
culasse. Pour être bien maintenu dans le fût, le canon doit 
y être encastré sur la moitié de son diamètre ; il est relié 
au fût par une ou deux vis postérieures et deux ou trois 
boucles antérieures (embouchoir, grenadière, capucine), 
dont le logement est ménagé sur le fût. Au moment du tir, 
le canon prend appui sur la monture au moyen d'épaule- 
ments spéciaux, mais l'extrémité de la queue de culasse 
ne doit pas prendre appui sur le bois, qui se fendrait promp- 
tement. Un canal est ménagé pour la baguette dans certains 
modèles, alors que dans d'autres il est préparé dans la 
crosse. 



86 AHUEB A fEU PORTATITSB. 

Parfois, le fût porte des évidements latéraux pour la main 
gauche du tireur (mod. 1886), afla d'empêcher les doigts de 
toucher te métal du canon, qui 
devient brûlant dans un tir ra- 
pide. Dans le même but, on a em- 
ployé un tube-enveloppe (AUe- 
magne.Belgigue, Danemark, etc.). 
un protège-raain en bois ou en 
cuir (Angleterre, Autriche), on 
ajoute au fût un garde-main en 
bois entourant complètement le 
canon sur une certaine longueur 
(fusil de 6'"'",5). 

Poignée. — La poignée, entre 
le fût et la crosse, sert à saisir 
l'arme pour le tir ou le manie- 
ment d'arme. Elle a une section 
ovale de dimensions telles que la 
, main puisse l'embrasser entiè- 
rement sans difficulté. 

Crosse. — C'est la partie qui va 
de la poignée à l'extrémité pos- 
térieure de l'arme. Elle s'élargit 
pour répartir l'action du recul sur 
toute la surface de l'épaule et 
faire contre-poids au canon. La 
couche, ou partie comprise en- 
tre l'extrémité de la crosse et la 
queue de culasse, doit avoir une 
certaine pente pour atténuer les 
effets du recul, mais une exagé- 
1 ration dans ce sens amoindrirait 
! la solidité de la monture et favo- 
I riserait la tendance au relève- 
i ment de l'arme au départ du coup. 
Cette pente est surtout détermi- 
née par la condition que la hausse se trouve à hauteur de 
l'œil sans que la crosse cesse d'être appuyée à l'épaule, 
quelle que soit la distance de tir. 




1^1 



CHAPITRE V. 



87 



Nombre de pièces de la monture. — En général, la 
ture est d'une seule pièce, mais elle peut être aussi en 
parties, lorsque le mécanisme de départ est 
volumineux. L'une des parties est reliée au ^ 
canon, l'autre à la partie postérieure de la § 
boite de culasse. I 

La monture en deux pièces est plus écono- ^ 
mique et plus facile à fabriquer; elle permet 
de réunir dans une même boîte de culasse les 
appareils de fermeture et de percussion ; enfin, 
elle facilite le montage et le démontage du 
mécanisme. 

Ainsi, dans le fusil mod. 1886, la boite de 
culasse est reliée à la crosse par deux vis 
{flg. 56); la vis postériq^re de pontet, qui 
traverse la poignée de la monture pour venir 
se visser dans la queue de culasse, et la vis 
de culasse, dont la tête est cachée sous la 
partie postérieure du pontet, qui est mainte- 
nue par le support de vis de culasse et se 
visse dans la queue de culasse en avant de la 
première. 



Monture du fusil mod. 1886. — Le fût 
contient le magasin de cartouches et les dif- 
férentes pièces qui complètent ce magasin, 
savoir : le tube-arrêt de pistoïi, la goupille de 
tube-arrêt, le ressort de magasin, le piston 
et sa goupille. 

Dans le fût proprement dit, on remarque 
{fig. 57) : le logement du canon et de la partie 
cylindrique de la boîte, le magasin, le loge- 
ment du tube-arrêt de piston, le trou pour 
la goupille du tube-arrêt, la cloison qui sé- 
pare le magasin du logement du canon, la 
cheville de fût, qui traverse cette cloison vers 
l'arrière pour la garantir des fentes; le bou- 
chon de magasin, collé dans la partie anté- 
rieure du fût, et maintenu par une cheville 
de bouchon, également collée ; l'emplacement 



mon- 
deux 



M) 



de Tembouchoir et son épaulement; l'épaulement de la 



88 ARMES A FEU PORTATIVES. 

grenadière, les encastrements des ressorts de grenadière 
et d'embouchoîr, Tévidement circulaire du ressort d'em- 
bouchoir, les évidements latéraux pour la main gauche 
du tireur, la tranche postérieure, le tenon qui sert à réunir 
le fût à la boite de culasse. 

Le tube-arrêt de piston est étamé. Il comprend : le tube- 
arrêt proprement dit, dont l'entrée est raccordée avec le 
magasin creusé dans le fût; son rebord, pour arrêter la 
course du piston ; le tenon d'attache du fût, brasé sur le 
tube-arrêt ; Téchancrure pour la goupille ; le crochet, son 
épaulement, son plan incliné. 

Le ressort de magasin s'appuie, par son extrémité libre, 
contre le fond du magasin ; l'autre extrémité pénètre dans 
le piston, auquel elle est reliée p^r une goupille. On dis- 
tingue dans le piston : le corps à profil évidé, les trous de 
goupille, l'épaulement, le collet; à l'intérieur, le logement 
du ressort de magasin. 

On distingue dans la crosse {fig. §6) : la crosse propre- 
ment dite, le bec, le talon, le buse, l'encastrement du devant 
de la plaque de couche, les trous pour les deux vis de 
plaque, le trou d'allégement, l'encastrement de l'em- 
base du battant, les trous des deux vis de battant. La 
poignée, l'encastrement de la queue de culasse, celui de 
la feuille postérieure du pontet, celui du support de vis 
de culasse; les deux trous pour la vis de culasse et pour 
la vis postérieure de pontet ; le trou pour la vis de support 
de vis de culasse ; les oreilles, entre lesquelles se trouve le 
passage de la détente et de la gâchette, leur tranche anté- 
rieure, leur chanfrein ; le trou pour le support d'oreilles, et 
les logements de la rosette et de son écrou. Le support 
d'oreilles ; la rosette, la tige et ses filets ; l'écrou vissé et 
rivé sur la tige ; ses deux crans de démontage. 

Garnitures. 

Désignation générale. — - On désigne sous le nom de gar- 
nitures toutes les pièces métalliques indépendantes du 
canon et de la boite de culasse, à l'exception de la baïon- 
nette. Les principales de ces pièces sont : la baguette, les 
boucles et leur ressort, la plaque de couche, les battants 



CHAPITRE V. 



89 



qui servent à attacher les bretelles, la sous-garde et des vis 
à bois. 

Baguette. — La baguette est une tige mince en acier de 
longueur variable. Elle sert à nettoyer le canon et à chasser 
rétuivideou la cartouche de la chambre quand l'extrac- 
teur n'a pas fonctionné. Le petit bout est généralement 



Fig. 58. 

engagé dans un taquet-écrou par une partie flletée, qui sert 
aussi à visser le lavoir. Une fente, percée dans la tête, 
permet l'introduction d'une lame de tournevis, pour faci- 
liter le vissage et le dévissage s'il y a lieu {fig. 58). 

Les figures 56 et 57 comprennent les différentes garni- 
tures du fusil mod. 1886, représentées à la place qu'elles 
occupent. 

Boucles, — Les boucles, au nombre de deux dans les 
fusils actuels, sont maintenues en place par un ressort. 
Elles servent en principe à maintenir ensemble le canon et 
la monture. 

Celle qui est à la partie antérieure, nommée embouchoiry 
sert à protéger l'extrémité du fût et à soutenir la baguette 
dans son canal. On y distingue {fig. 56) : la bande, les cou- 
lisses, la fente pour le passage du guidon, le logement cir- 
culaire pour la poignée de la baïonnette, le trou du pivot 
de ressort. Le ressort d'embou- 
choir comprend : la goupille, le 
corps, l'épaulement, le pivot, pe- 
tite tige servant à former les fais- 
ceaux. 

La grenadière, placée à peu 
près à mi-longueur du canon, 
porte l'un des battants d'attache 
de la bretelle de fusil. On y re- 
marque {fig. 59) : la bande, les 
coulisses, le pivot de battant, le 
trou du pivot, le bec. Vanneau '^* 

de battant de grenadière comporte les rosettes, les trous 






90 ARMES A FEU PORTATÎVES. 

du rivet, leriyet de battant. Le ressort de grenadière com- 
prend la goupille, le corps, Tépaulement. 

Avec les anciens fusils, à canons plus longs, il y avait, en 
outre, une capucine^ de même forme que la grenadière, 
mais sans anneau de battant. 
Le serrage des boucles exerce une influence sur la jus- 
tesse du tir. On pourrait se servir dans ce but de 
boucles ouvertes {flg. 60), dont il est possible de 
modifier le serrage à l'aide d'une vis de réglage. 
Mais ce moyen n'est pas pratique et cette disposi- 
tion n'a pas été adoptée. Les fusils avec tube-enve- 
Fig. 60. loppe ne présentent pas l'inconvénient signalé. 

Plaque de couche. — C'est une petite pièce en fer qui 
garnit l'extrémité de la crosse et contourne le talon, pour 
préserver la crosse lorsqu'elle vient frapper le sol. Cette 
plaque et la tranche supérieure du tonnerre doivent laisser 
un jour à leur partie supérieure, afin d'éviter que ces pièces 
ne soient dégradées par le recul ou par un choc accidentel. 
Il y a un battant de crosse comme deuxième point d'attache 
de la bretelle. Ce battant (flg, 56) comprend : l'anneau, ses 
rosettes, les trous du rivet ; Tembase, son pivot, les trous 
des deux vis; les rivets de battant; les deux vis à bois de 
battant de crosse. 

On distingue dans la plaque de couche (flg. 56) : le devant 
et le dessous avec leur trou de vis, la face intérieure avec 
ses deux évidements de nervure ; les deux vis à bois de 
plaque de couche. 

Sous-garde. — C'est la réunion du pontet et de la pièce 
de détente. Le pontet couvre la détente ; il présente quel- 
quefois un crochet servant d'appui au doigt du milieu. La 
pièce de détente limite Je mouvement de la détente et elle 
garantit les bords de la fente de la monture à travers la- 
quelle passe la détente. 



1 8. — baïonnette. 

L'arme blanche que l'on adapte au bout du fusil, pour la 
transformer en arme de main, ne doit pas empêcher le tir, 



CHAPITRE V. 91 

et c'est Vauban qui, le premier (Voir page 5), est arrivé 
à ce résultat. 

Pendant longtemps, avec les armes à tir peu rapide et à 
faible portée, la baïonnette a joué un grand rôle, parce que 
la lutte se terminait toujours par un combat corps à corps, 
où l'on sait que les Français excellent, car le courage indi- 
viduel y peut briller. Mais, avec les fusils actuels, le corps 
à corps ne se produira que fort rarement ; toutefois, l'arme 
blanche peut encore exercer un grand effet moral et on Ta 
conservée partout sous forme de baïonnette de diverses 
espèces. D'ailleurs, sans elle, l'infanterie serait exposée à 
ne pouvoir chasser d'une position un adversaire opiniâtre, 
ou à rester sans défense si elle n'avait plus de car- 
touches. 

Jusqu'à ces derniers temps, on a subordonné les condi- 
tions d'établissement de la baïonnette à celles du fusil. On 
voulait notamment conserver une longueur de 1™,90 au 
fusil armé de sa baïonnette, de sorte que la longueur de 
celle-ci devait augmenter au fur et à mesure que celle du 
canon diminuait. Mais aujourd'hui que l'on compte surtout 
sur le feu pour repousser les charges, rien n'empêche de 
réduire la longueur de la baïonnette à 0n»,4o environ, ce 
qui, avec celle de l",2o pour le fusil, donne une longueur 
totale de 1™,70, encore bien suffisante. 

Cependant, il importe de faire la baïonnette aussi légère 
que possible, afin que son influence sur le tir se fasse moins 
sentir lorsqu'elle est au bout du fusil pour tirer. Ainsi Ton 
constate que, en pareil cas, l'adjonction de la baïonnette à 
l'arme en modifie le poids et la position du centre de gra- 
vité, en même temps qu'elle change l'état vibratoire du 
canon. Avec le fusil mod. 1874, on a trouvé qu'avec la 
baïonnette, à 200 mètres, le tir était abaissé de 0^,20 et re- 
jeté à gauche de 0«»,4S. En outre, en allégeant le poids de la 
baïonnette, on diminue le poids porté par l'homme et l'on 
peut augmenter d'autant le nombre des cartouches à faire 
transporter par le soldat. 

En résumé, la longueur de la baïonnette pourrait être 
diminuée sans inconvénient, pour éviter de toucher terre 
dans la position du tireur à genou et réduire en même 
temps le poids du fourreau. On peut remarquer, d'ailleurs, 
que la plupart des puissances étrangères ont adopté des 



Vt ARMES A FEU PORTATIVES. 

baïonnettes très courtes, variant de O^jas à 0",54, et que 
ji les fusils les plus récents ont les balon- 

"t nettes les plus courtes. 

La forme de la baïonnette est également 
dés plus variées, ainsi que sou usage. Les 
plus nombreuses et les plus courtes sont en 
forme de couteau ou de poignard, pouvant 
par suite servir de hacbe et de serpe, et 
même quelquefois de scie quand l'un des 
tranchants est muni de dents de scie. 

Le poids dépend naturellement de la 
) forme et de la longueur de la baïonnette; 
il varie entre 350 grammes et 2*0 grammes, 
comme on peut le voir dans le tableau d'en- 
semble qui sera donné plus loin. 

La baïonnette française a, surtout depuis 
trente ans, souvent changé de forme et de 
modèle. La première baïonnette, imaginée 
dans la première moitié du XVII* siècle, 
était une sorte de long poignard à manche 
' de bois, que le mousquetaire engageait 
dans la bouche du canon, de manière h 
transformer son arme en une sorte de pique 
pour le combat corps à corps. Jusqu'en 
1866, on se servit de la baïonnette de Vau- 
ban (fiç. 9), avec quelques modificalions, 
dont la principale fut l'adoption de la douille 
à virole. Avec l'adoption du fusil mod. 
1866, on la remplaça par le sc^re-baiori- 
nettes en forme de yatagan. Ce sabre, trop 
lourd et trop flexible, ât place, dans le fusil 
mod . 1 874, à Vépée-baionnette, à lame trian- 
gulaire. Enfin, pour le fusil mod. 1886, on 
a adopté une épée-balonnetie, à lame qua- 
drangulaire, avec poignée en bronze de 
nickel {fig. 61). Sa longueur est de 0™,518 ; 
j le poids de la baïonnette, d'abord de 0'',400, 

' O a été augmenté de 15 grammes pour per- 

mettre à la soie de traverser tout le pommeau. 
Le poids du fourreau est resté à 200 grammes. 



CHAPITRE V. 93 

Nomenclature de Vépée-baïonnette mod. 1886. — L'épée- 
baïonnette se divise en trois parties principales : la lame, la 
monture et le fourreau. 

La lame comprend : la lame quadrangulaire proprement 
dite, le talon, les quatre arêtes, les quatre gouttières, la 
pointe; la soie : la partie lisse avec le trou du rivet de 
croisière, la partie flletée avec le trou de la vis de poi- 
gnée. 

On distingue dans la monture : la poignée en bronze de 
nickel ; la tête qui pénètre dans le logement de Tembou- 
choir, le corps, la rainure pour le grand tenon ; l'emplace- 
ment de la virole; le tenon qui pénètre dans le collet de la 
croisière ; les trous pour la vis de poignée ; la partie ta- 
raudée qui se visse sur la soie, l'évidement intérieur, le 
bouchon rivé (en acier) ; 

La vis de poignée qui assure l'assemblage de la poignée 
et de la soie, et dont la tête sert à limiter les mouvements 
du poussoir; 

La croisière, en acier ; le corps, le quillon, la douille, les 
deux fentes de la douille, Tune pour le guidon, l'autre pour 
le petit tenon; le trou de la soie ; le collet qui reçoit le tenon 
de la poignée; les trous du rivet de croisière, le logement 
du poussoir et de son ressort; Taxe du ressort de poussoir, 
vissé et rivé sur la croisière; 

La virole en acier; le corps; le poussoir quadrillé; le 
logement du ressort de poussoir; l'échancrure pour la tête 
de la vis de poignée ; le taquet et son plan incliné ; 

Le ressort à boudin de poussoir. 

Le fourreau, en acier, comprend : le corps de fourreau, 
l'entrée, le trou du rivet de cuvette; le bracelet-pontet, 
brasé sur le fourreau ; le bouton, brasé sur le fourreau ; le 
bouton proprement dit, la tige qui pénètre dans le fourreau, 
son évidement conique; la cuvette, le corps, le trou du 
rivet, les quatre battes ; le rivet de cuvette. 

§ 9. — CARTOUCHE. 

Nous avons indiqué déjà (page 31) les conditions géné- 
rales que doit remplir la cartouche. Il reste à examiner 
celles que l'on peut exiger de ses différentes parties. 



94 ARMES A FEU PORTATIVES. 

Balle. — Jusqu'à l'adoption des fusils à tir rapide, les 
balles étaient en plomb pur, en raison de la malléabilité, de 
la grande densité et du prix peu élevé de ce métal. Mais le 
plomb coulé manque d'homogénéité, et le forcement, qui se 
produit par inertie, se fait irrégulièrement; la conséquence 
est que le centre de gravité n'est pas sur l'axe de figure et 
que l'on a été amené à comprimer les balles après le mou- 
lage. Pour augmenter la dureté du métal, on a aussi associé 
le plomb à un autre métal; ainsi, on a employé, en France, 
le plomb durci à 5 p. 100 d'antimoine, en Angleterre le 
plomb à 8 p. 100 d'étain. 

Avec les armes de petit calibre et à tir rapide, pour éviter 
Templombage du canon et diminuer la facilité du forcement 
par inertie, on a enveloppé la balle d'une chemise métal- 
lique très mince, faisant corps avec elle, et généralement 
en acier, en cuivre, en maillechort, recouvert de nickel. 
Cette chemise augmente notablement la précision du tir, 
et, permettant l'emploi de rayures à pas progressif, accroît 
la puissance de pénétration. 

La balle, primitivement sphérique, affecte la forme 
cylindro-ogivale. La forme allongée de la pointe est favo- 
rable à la conservation de la vitesse, mais reste sans 
influence sur la précision. 

La balle mod. 1886 a une hauteur totale de aO""», dont 
22min pour la partie cylindrique et 8"»°^ pour la partie ogi- 
vale. Elle est en plomb durci et enveloppée d'une chemise 
de maillechort; elle pèse 15 grammes. Elle porte à l'avant 
un méplat de 8°»™, qui a surtout pour but, comme dans les 
armes à magasin de ce genre, d'éviter l'inflam- 
mation accidentelle de l'amorce. 

La balle du fusil mod. 1874 a affecté successi- 
vement trois formes différentes : les deux pre- 
miers modèles, de 1874 et de 1879, en plomb dur 
de 24™"', 5 et de 2o™°»,3 de longueur, le dernier, 
de 1883, en plomb durci de :25°»°»,3 de longueur, 
présente un méplat de 6™°» de diamètre, afin de 
lui conserver le poids de 25 grammes et la lon- 
gueur maxima de 27"»™, 75, tout en employant le 
Fig. 62. plomb durci à 5 p. ÎOO d'antimoine {flg. 62). 
Avec les balles ordinaires, pour diminuer l'emplombage 
des rayures, on enroule autour de la partie postérieure de 




'■•^.•:y^-'- 



CHAPITRE V. 9o 

la balle un losange en papier nommé calepin, et l'on enduit 
la pointe d'une certaine quantité de graisse. Avec les balles 
à chemise, ces précautions deviennent inutiles. 

Ainsi que nous l'avons indiqué déjà, on a reconnu que, 
pour mieux se diriger dans Tair, la balle devait avoir 
environ trois calibres de longueur. Mais, avec les calibres 
de li"n> et au-dessus, on ne pouvait obtenir ce résultat 
qu'en évidant les balles à leur partie postérieure, ce qui nui- 
sait à leur justesse, car le forcement ne se produisait pas 
bien régulièrement. Avec les petits calibres, on peut obtenir 
une longueur plus grande, tout en conservant la balle 
pleine. Cette longueur varie entre trois et quatre ca- 
libres. 

D'après le professeur Hébler, la forme la plus rationnelle 
à donner à la pointe de la balle est la forme ogivale, 
comme la plus propre à vaincre la résistance de l'air. Il 
résulterait d'observations et d'expériences faites par lui 
pour divers calibres et longueurs de projectiles que les 
propriétés balistiques sont améliorées, car le poids de la 
balle peut être diminuée, la vitesse initiale est augmentée 
et la pression des gaz est moindre. 

Nous devons signaler également l'invention d'une halle 
tubulaire Krnha-Hehler, Ces balles sont percées, suivant 
leur axe, d'un canal longitudinal destiné à réduire considé- 
rablement la résistance que Tair leur fait éprouver. Des 
expériences ont été faites à ce sujet dès 1874, mais elles 
n'ont pu aboutir avec le plomb mou employé comme métal. 
La dimension la plus favorable pour le canal intérieur est 
d'environ les 2/o du calibre. 

Parmi les nombreux modèles expérimentés, celui qui 
s'est le mieux comporté, au point de vue de la résistance 
de l'air, est une balle dont la forme est ogivale à l'arrière 
comme à l'avant, et dans laquelle le canal central s'évase 
quelque peu à l'arrière en forme d'entonnoir, de telle sorte 
que l'ogive postérieure n'a pas besoin de s'appointer jus- 
qu'au diamètre même du canal. 

Les j)rojectiles, coniques à l'arrière, sont munis d'un 
sabot-guide en carton, qui doit s'en séparer à la sortie de 
l'arme. Ce sabot présente une saillie qui s'emboîte dans 
l'entonnoir ménagé à la partie postérieure du projectile. 

Il résulte de cette disposition que la balle se trouve 



96 ARMES A FEU PORTATIVES. 

encore mieux centrée pendant sa course dans Tâme et que 
sa séparation d*avec le sabot est plus aisée. 

On pourrait ainsi obtenir des projectiles plus légers, 
donnant un recul moins violent et diminuant la pression 
des gaz. 

Les deux modifications qui viennent d'être indiquées ont 
besoin d'être sérieusement étudiées et expérimentées avant 
de passer dans la pratique. 

On a coïi3taté, par expérience, que la balle ne sort pas 
précisément dans la direction de Taxe du canon, parce que 
le projectile, pendant son trajet dans Tâme, imprime à 
l'arme des déviations initiales qui produisent un angle de 
relèvement ou d'abaissement et un angle d'écart horizontal. 
Les mouvements qui produisent ces déviations sont le recul 
et les vibrations. 

Les effets du recul sont annulés à ce point de vue par la 
construction, en plaçant le centre de gravité de la balle sur 
Taxe. On sait également que l'on peut ne pas faire varier le 
recul de l'arme, tout en augmentant la vitesse initiale du 
projectile, en diminuant le poids de ce dernier. On peut, en 
outre, obtenir une tension d'autant plus grande de la tra- 
jectoire que le rapport du poids de la balle à sa section est 
plus élevé : ce sont là des données d'expérience. 

Or, pour diminuer les écarts de la balle, il faut que sa 
vitesse de rotation soit d'autant plus grande que sa lon- 
gueur en calibres est plus considérable; de là, l'obligation 
de diminuer le pas des rayures. Mais alors une balle en 
métal mou comme le plomb ne peut plus être guidée régu- 
lièrement dans des rayures fortement inclinées. On a 
d'abord essayé de lui substituer le plomb durci, mais ce 
métal présente des inconvénients pour les rayures. On a 
essayé, enfin, d'entourer le plomb d'une, enveloppe métal- 
tique très mince, qu'on est parvenu à souder à la balle 
d'une manière intime et qui a donné d'excellents résultats. 
L'acier serait le meilleur métal pour cette chemise, mais il 
est à peu près impossible de le préserver de la rouille. 
Pourtant on arrive à ce résultat en le nickelant. 

Les vibrations du tir, ainsi que l'ont démontré des expé- 
riences faites en 1835, font décrire à la bouche d'un fusil 
une sorte de spirale circulaire ou elliptique, dont les dimen- 



CHAPITRE V. 97 

sions varient avec un grand nombre d'éléments, tels que la 
nature du support, la position du tireur, l'épaisseur du 
métal, le serrage des boucles, la qualité et la quantité de la 
poudre, la longueur du canon, le poids et le mode de fixa- 
tion de la baïonnette, la dissymétrie de l'arme, etc. Parmi 
ces nombreuses causes, la dernière semble jouer un rôle 
important, surtout dans l'angle d'écart horizontal. 

Pour atténuer PefiTet des vibrations, qui peut amener 
quelques perturbations dans les déviations initiales du tir, 
il faut surtout éviter la répartition dissymétrique de la 
masse de l'arme, diminuer l'intensité du choc (en diminuant 
la charge ou en prenant des poudres plus lentes), réduire 
les frottements de la balle, donner plus de poids au canon, 
rendre constant le serrage des boucles ; éviter d'attacher 
invariablement la monture au canon par plus d'un point, 
alléger la baïonnette, et peut-être la fixer au-dessous du 
canon au lieu de la fixer sur le côté. 

Étui. — Il y a deux espèces principales de cartouches : 
1® celles à étui combustible, dans lesquelles l'obturateur est 
relié au mécanisme de fermeture ; 2*> celles à étui métal- 
lique, dans lesquelles l'obturation est réalisée par la car- 
touche même. 

Avec les cartouches à étui combustible (fusil mod. 1866, 
fusil Dreyse), le poids de la cartouche est réduit au mini- 
mum ; la fabrication en est simple et facile, sans machines 
ni ouvriers spéciaux ; l'étui étant complètement brûlé par 
les gaz de la poudre, il n'y a pas besoin d'extracteur. 

Dans le fusil mod. 1866, l'obturateur {fig. 63) consistait 





Fig. 63. 

en une rondelle en caoutchouc placée en avant du cylindre 
formant culasse mobile et garantie par une tête mobile 
contre l'action directe des gaz. Lors de l'explosion, la pres- 
sion des gaz appliquait fortement la tête mobile contre la 
rondelle qui, se trouvant comprimée, augmentait de dia- 
mètre et fermait toute issue aux gaz. 

7 



98 ARMES A FEU PORTATIVES. 

Les inconvénients de cet obturateur étaient de se brûler 
à la flamme des gaz de la poudre, dans toutes les parties 
qui dépassaient la tête mobile, ou au moment de l'explosion, 
et, par suite, d'occasionner des crachements. 

Néanmoins, les nombreux inconvénients que présentent 
les cartouches à étui combustibles ont fait renoncer à leur 
emploi. Ce sont les suivants : 1» l'obturation est imparfaite, 
le canal de l'aiguille s'encrasse facilement et rend tout fonc- 
tionnement, impossible ; 2» la rigidité n'est pas suffisante, 
ce qui empêche d'y adapter une capsule et force à employer 
une aiguille assez longue, et, par suite, assez fragile ; 3° la 
fabrication est lente, coûteuse et ne donne pas toujours des 
résultats bien réguliers, de sorte qu'il est difficile d'intro- 
duire dans la chambre des cartouches un peu longues ; 
4» il se produit souvent des ratés de premier coup, parce 
que cette cartouche n'est pas suffisamment arrêtée dans la 
chambre; S^ elle résiste mal à l'humidité et se détériore 
rapidement dans les magasins et les transports. 

Les cartouches à étui rigide suppriment ces divers incon- 
vénients. Avec elles, l'obturation est parfaite; la poudre 
bien protégée contre les agents extérieurs est moins dis- 
posée à s'enflammer accidentellement, et même l'explosion 
d'une cartouche ne provoque pas celle des cartouches voi 
sines. Enfin, les ratés sont très rares, par suite de la grande 
régularité de fabrication des étuis, qui a lieu mécaniquement. 

Toutefois cette fabrication, rapide et facile, exige un outil- 
lage spécial, que l'état de l'industrie permet d'ailleurs d'ob- 
tenir sans difficulté; il est nécessaire de faire en temps de 
paix un certain approvisionnement d'étuis; le prix de revient 
est un peu plus élevé, mais les procédés mécaniques rédui- 
sent sérieusement la dépense, et, en temps de paix, les étuis 
servent plusieurs fois ; la cartouche est plus lourde, mais la 
réduction du calibre a plus que compensé cet inconvénient, 
sans compter qu'il n'y a plus de ratés ni de cartouches dété- 
riorées; enfin, il faut un extracteur pour enlever Tétui vide 
et les difficultés d'extraction peuvent obliger à interrompre 
le tir; mais on n'en a presque pas d'exemples avec les 
armes actuelles, de même qu'il est très rare que, en cas de 
rupture d'étui, la partie entraînée par la balle reste dans le 
canon et produise un gonflement au coup suivant. 

Le mode d'inflammation de la charge a fait diviser les 





CHAPITRE V. 99 

étuis métalliques en deux grandes classes : ceux à percus- 
sion périphérique et ceux à percussion centrale. 

Dans les cartouches à percussion périphérique, adoptées 
d'abord pour les armes à magasin (Vetterli suisse), le ful- 
minate est logé dans un bourrelet ménagé au pourtour du 
culot de rétui {fig. 64). Après avoir versé la pou- 
dre, on place la balle à la partie supérieure. L'in- 
flammation s'obtient au moyen d'un percuteur qui 
vient frapper la cartouche sur le bourrelet. 

Ce genre de cartouches présente les inconvé- 
nients suivants : 1» la charge de fulminate, plus 
forte qu'il ne convient, ne brûle pas régulière- 
ment et pas toujours complètement, de sorte que 
la force qu'elle produit, s'ajoutant à celle de la 
poudre, est assez variable et occasionne des dif- 
férences dans la portée; 2» le fulminate, placé 
dans la partie la plus faible, n'est pas suffisamment 
protégé contre les chocs accidentels ; 3<> le bour- 
relet, forcément mince pour assurer l'effet du choc ^'8- 6*- 
du percuteur, est par suite peu solide et peut occasionner 
des crachements. 

Des cartouches de cette espèce ne peuvent donc convenir 
que pour des armes tirant à faibles charges. Aussi a-t-on dû 
leur préférer, pour les armes actuelles, les cartouches à 
percussion centrale, dont il existe deux types principaux : 
la cartouche Boxer et la cartouche Berdan. 

Dans la cartouche Boxer {fig. 65), adoptée en Angleterre, 
une douille en clinquant, renforcée par deux cu- 
lots métalliques s'emboîtant l'un dans l'autre, 
reçoit une plaque à rebord au fond, pour per- 
mettre l'extraction. Ces diverses parties sont re- 
liées entre elles par une cuvette d'amorce percée 
d'un évent, qui est elle-même engagée et forte- 
ment sertie contre les parois par une rondelle en 
papier comprimé. La capsule et son enclume sont 
placés au centre de cette cuvette. 

On peut reprocher à cette cartouche, d'ailleurs ^'^- ^^• 
très solide et d'un prix peu élevé, d'être formée d'un trop 
grand nombre de pièces ; en outre, avec les mêmes condi- 
tions de chargement, elle donne une vitesse initiale moindre 
que la cartouche Berdan. 




100 



ARMES A FEU PORTATIVES. 



Dans le type Berdan {fig. 66), l'étui d'une seule pièce a la 
forme de deux cylindres reliés par une portion tronconique. 
Le métal du culot est repoussé en deux sens différents, de 
manière à constituer une partie saillante, dite en- 
clume^ et une cavité dans laquelle est sertie 
l'amorce. Ce culot est renforcé par un anneau en 
laiton. 

L'étui de notre fusil mod. 1874 est une modifi- 
cation du type précédent, dans lequel l'épaisseur 
du culot a été augmentée par un refoulement du 
métal. L'amorce n'est pas sertie, mais maintenue 
par un couvre-amorce, ce qui diminue les chances 
de rupture et d'inflammation accidentelle. 




Fig. 66. 



Cartouche mod. 1874. — Les parties essentielles 
de cette cartouche sont : l'étui à poudre, l'amorce , 
la charge, le lubrificateur et la balle {fig. 62). 

L'étui à poudre, en laiton, affecte généralement la forme 
d'une bouteille, en vue de réduire dans la mesure du pos- 
sible la longueur de la charge. La partie antérieure est le 
collet; le corps ou partie postérieure se termine par le 
culot^ qui déborde de manière à former un bourrelet, ser- 
vant d'une part à limiter le mouvement en avant dans la 
chambre, et, d*autre part, à donner prise à la griffe de 
l'extracteur. L'amorce frappée par le percuteur est lancée 
contre l'enclume de l'étui et l'effet du choc fait enflammer 
le fulminate; deux évents, percés de part et d'autre de l'en- 
clume, livrent passage à la flamme, qui vient communiquer 
le feu à la charge de poudre. Il est essentiel d'assurer la 
plus grande régularité à ces évents, pour obtenir l'inflam- 
mation de la charge dans des conditions toujours iden- 
tiques. 

L'amorce consiste en une capsule en cuivre rouge chargée 
de fulminate ; elle est recouverte d'un couvre-amorce intro- 
duit dans la cuvette par forcement ; ce couvre-amorce est 
une capsule plus grande en laiton, mais dépourvue de ful- 
minate. 

La charge se compose de 5 gr. 25 en moyenne de poudre 
noire F^ ou F,. 

Le lubrificateur sépare la balle de la poudre. Il se com- 
pose d'une bourre en cire recouverte de papier, à l'excep- 



CHAPITRE V. 101 

tion de la partie qui correspond au tortillon du calepin. 
Celui-ci, adhérant ainsi au pain de cire, tombe avec lui de- 
vant la bouche de l'arme, au lieu de troubler la marche de 
la balle en raccompagnant dans l'air. 

La balle du mod. 1879 est en plomb pur comprimé, sans 
méplat à Tavant ; elle pèse 23 grammes. La balle mod. 1883 
est en plomb coulé, et durci à 5 p. 100 d'antimoine; son 
poids est de 25 grammes en moyenne. La pointe de l'ogive 
est abattue par un méplat d'environ 6«»™ de diamètre. 

Les tolérances sur les dimensions doivent être très 
faibles, afin que la balle puisse toujours être introduite 
dans le canon, où la position de la cartouche est ainsi bien 
assurée. De même, le chargement est aussi régulier que 
possible lorsque les dimensions intérieures sont bien obser- 
vées. 

Cartouche mod. 1886. — La cartouche mod. 1886 com- 
prend les mêmes parties, qui sont indiquées dans 
la figure 67. 

Elle a 75™" de long et pèse environ 29 grammes ; 
la balle, du poids de 15 grammes, a SO™"» de long et 
reçoit une charge de 2grj7 de poudre sans fumée. 






Dans ses traits généraux, la fabrication de Vétui 
est restée la même avec le fusil de calibre réduit 
qu'avec celui du calibre de i\^^. Lorsqu'on em- 
ploie de la poudre en grains, Tétui en laiton est 
en forme de bouteille, sinon il est légèrement co- 
nique quand on fait usage de poudre comprimée ^*^* ^^' 
en cylindre avec canal longitudinal. 

Le culot est généralement muni d'un bourrelet, qui com- 
plique un peu la fabrication, augmente légèrement le poids 
et le prix de la cartouche, enfin, se prête moins bien à 
l'empaquetage, tant dans les boîtes-chargeurs ou magasins 
des armes que dans les caisses de transport, ce qui diminue, 
à volume égal, le nombre des cartouches contenues. Cepen- 
dant, on n'a pas hésité à admettre l'étui à rebord dans la 
plupart des armées européennes, de préférence à celui avec 
gorge ou rainure circulaire dans l'étui, attendu que ce der- 
nier mode permet moins sûrement l'éjection de l'étui. 

Nous indiquons, en parlant de la poudre sans fumée et 



102 ARMES A FEU PORTATIVES. 

dans le tableau de la page 104, les conditions générales que 
Ton connaît sur l'établissement des cartouches adoptées 
dans les armées étrangères, en laissant de côté celles qui 
sont chargées en poudre noire et ne présentent plus aucun 
intérêt. 

En résumé, le meilleur modèle de cartouche est la car- 
touche à bourrelet, afin d'éviter les défauts d'extraction 
provenant de l'agrandissement de la chambre et d'y bien 
fixer sa position. L'étui a la forme générale de celle de la 
cartouche du fusil Mannlicher de 6°*",5 [fig, 104). La balle 
est en plomb durci et chemisée de maillechori. La charge 
de poudre est de 2 grammes; la balle pèse 10 grammes et la 
cartouche 22 grammes. 

Observation. — Avant de passer à la description som- 
maire des difiérents fusils en service dans les armées euro- 
péennes, nous croyons utile de résumer, dans le tableau 
ci-après, les principales données numériques qui s'y rappor- 
tent, de manière à ne pas allonger la description et à per- 
mettre facilement la comparaison. 



DONNÉES NUMÉRIQUES 



CONCERNANT 



LES DIFFÉRENTS FUSILS EN SERVICE 



DANS LES ARMÉES EUROPÉENNES. 



104 



ARMES A PEU PORTATIVES. 



FUIS- 



SANCES. 



Allemagne.... 

Angleterre.... 

Antricbe>HoD- 
grie 



Belgique 



Danemark.. . . 



Espagne 



DESIGNATION 



DES MODÈLES. 



1888, Mannlicher. 



1889, Lee-Medfort 



1888, Mannlicher. 



1889, Manser. 



1889, Krag-Jorgenson. 

1871-89, Freyre-Bmll. 

( 1892, Manser 



France. 



1886, Lebel., 



Hollande. . . 



1871-88 , Beanmont- 
Vitali 



ItaUe 



1892, Mannlicher.^. 



187(K87,VetterIi-Vltali 

1 1892 , Mannlichei^Car- 
cano 



Norvège .... 



Portugal 



Roumanie. . . . 



Russie. 



Snède. 



Suisse 
il Turquie 



il Turquie 



1885, Jarmann. 



1886, Kropatschek . . . 



1892, Mannlicher. 



1891, de trois lignes.. 



1867-89 



1889, Rubin-Schmidt. 
1889, Mauser 



SYSTEME 
de 

FERMETURE. 



A Yerron, 
concentr. . 

A verrou , 
rotation de 
la culasse. 
A verrou , 
m. direct. 

A verrou, 
m. combine. 

A verrou. . 



A bloc, ro- 
tation rétr. 

A verrou , 
m. combiné. 

Id. 



Id. 
Id. 

Id. 

Id. 

Id. 

Id. 

Id. 

A verrou. 



A bloc, m . 
rétrograde. 

A verrou , 
ferm. Jir. 

A verrou , 
m. combiné. 



LONGUEUR 

de l'arme 



« 

a 
a 
o 

m 
Xi 

w 

a 
es 



1,145 



1,257 



1,280 



1,275 



1,330 



1,315 



1,275 



1,307 



1,320 
1,280 



1,200 



1,343 



1,320 



1,225 



1,230 



li302 



» 



i 

O 

.s 



m. 



1,645 



1,561 



1,525 



» 



1,861 



1,525 



1,825 



1,832 
1,543 



1,450 



1,782 



1,790 



)) 



1,730 



1,724 



POIDS 

de Tanne. 



a 
o 



m 

"kir 



3,800 



3,600 



4,400 



3,900 



4,250 



4,075 



3,900 



4,180 



4,500 



4,100 



4,100 



3,000 



4,435 



4,000 



3,800 



4,050 



4,300 



S 



et 

O 
« 

«S 



k. 



4,200 



4,080 



4,800 



4,270 



4,470 



4,475 



4,580 



4,885 



4,470 



4,720 



4,550 



» 



4,300 



4,470 



4,700 






mm. 



7,9 



7,7 



8,0 



7,65 



8,0 



11,0 



7,0 



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106 ARMES A FEU PORTATIVES. 



CHAPITRE VI. 

DESCRIPTION DES FUSILS EN SERVICE. 



ALLEMAGNE. 
Fusil mod. 1888. 

On sait que F Allemagne est la première des grandes 
puissances européennes qui ait adopté le fusil à répétition. 

Son exemple a eu raison des hésitations des autres et a 
été rapidement suivi. 

Mais le modèle qu'elle avait adopté en 188*, sous le nom 
de fusil 1871-84, n'était qu'une transformation du Mauser 
mod. 1871, sur lequel il ne présentait guère d'avantage que 
celui de la répétition. Par contre, on pouvait lui reprocher 
notamment d'avoir conservé le calibre de i\^^, ainsi que 
l'ancienne cartouche et l'ancienne poudre. 

Aussi, bien que Tarmée allemande fût à peine dotée du 
fusil mod. 1871-84 lorsque la découverte des nouvelles pou- 
dres eut permis d'utiliser les propriétés merveilleuses des 
fusils de petit calibre, le gouvernement allemand n'hésita 
pas à changer de nouveau son armement et à adopter, sous 
le nom de fusil mod. 1888, un fusil du calibre de 7°»«»,9, sys- 
tème Mannlicher (fig. 68). 

Le système de fermeture est à verrou concentrique 
(fig, 69); c'est la culasse mobile du Mauser mod. 1871, mo- 
difiée de manière à permettre le fonctionnement du nou- 
veau mécanisme. Ainsi, il n'y a plus de ressort-gâchette, 
mais un petit ressort à boudin placé à l'avant de la pièce de 
gâchette ; Veœtracteur est fixé à la partie supérieure de la 
tête mobile ; un éjecteur, fixé sur le côté gauche de cette 
dernière, vient frapper contre un butoir à l'arrière de la 
boîte de culasse et rejette l'étui vide à l'extérieur. Le sys- 
tème de verrou est disposé verticalement au moyen de deux 
tenons symétriques. 

Le magasin est analogue à celui du fusil autrichien 
mod. 1888; il est organisé pour recevoir un chargeur con- 



teDant cinq cartouches. Il communique avec la boite de 
culasse, sous laquelle il est placé, par une fente servant de 
passage aux cartouches. Il forme sous le fût une saillie peu 




sensible, qui se confond avec le prolongement du pontet, 
lequel fait corps avec lui. Le magasin est fixé au fût par la 
vis du magasin et à la crosse par la vis du pontet. 
Le système de répétition est du système Mannlicher, 



J08 ARMES A FEU PORTATIVES. 

dans lequel on a remplacé le ressort plat par un ressort à 
boudin, auquel les Allemands accordent la préférence. 

La boite-chargeur (fig, 69) est un récipient en tôle d'acier 
que Ton introduit par le haut dans le magasin, où il est 
maintenu en place par un arrêtoir spécial, actionné par son 
ressort, qui l'empêche de remonter. Un élévateur en forme 
d'auget s'appuie constamment sous l'étui inférieur et sou- 
lève les cartouches de manière à les amener successive- 
ment en regard de la tête mobile, lorsque celle-ci est 
ramenée en arrière. Lorsque la culasse mobile est poussée 
en avant, elle fait pénétrer la cartouche supérieure dans la 
chambre. Au moment où la dernière cartouche est sortie du 
chargeur, celui-ci tombe de lui-même à travers l'ouverture 
ménagée à cet effet au fond du magasin; il en est de même 
dans tous les systèmes de magasin à boite-chargeur. 

Il n'est pas nécessaire que toutes les munitions du char- 
geur soient épuisées pour qu'on puisse le retirer du ma- 
gasin. On peut obtenir quand on veut ce résultat, en ou- 
vrant la culasse et appuyant avec le doigt sous le poussoir 
de l'arrêtoir du chargeur ; celui-ci devient libre et la pres- 
sion de l'élévateur sur la cartouche inférieure rejette le 
chargeur en dehors. 

On peut également charger l'arme coup par coup, en in- 
troduisant les cartouches dans la chambre, mais on n'a 
recours qu'exceptionnellement à ce mode de chargement, 
pour lequel il faut disposer de cartouches isolées. 

C'est dans ce fusil qu'on a fait usage pour la première fois 
d'un tube-enveloppe pour le canon. Celui-ci a dû être 
aminci à un tel point que les vibrations se font sentir d'une 
façon très accentuée. En outre, comme nous l'avons indiqué, 
ce tube ne remplit son office protecteur pour la main du 
tireur que pour les premiers coups. 

La hausse, à planchette sans rallonge et à curseur, est 
graduée de 450 à !2,050 mètres. Le cran du pied de la hausse 
correspond à la portée de 250 mètres, celui de la laraette à 
380 mètres, et celui du curseur descendu à fond à 430 mètres. 
La portée, sous un angle de 32 grades, est de 3,800 mètres. 

Le sabre-baïonnette, eu forme de coutelas, était d'abord 
le même que celui de l'ancien fusil. Mais, sa longueur de 
0"^,40 n'était pas suffisante pour permettre au fantassin qui 
avait ce sabre au bout du fusil de se défendre avantageuse- 



CHAPITRE VI. 



J09 



ment contre la cavalerie. C'est pourquoi on Ta remplacé par 
le sabre-baïonnette de l'ancien modèle, qui a 0°*,555 de long. 
La cartouche de guerre pèse 27 gr. 30 et a 82°^™, 5 de 
long {fig. 70). Elle a une charge de 2 gr. 75 de 
poudre sans fumée, en lamelles. L'étui est à gorge, 
sans bourrelet ; c'est le collet de l'étui qui limite 
l'introduction de la cartouche dans la chambre ; 
sur le pourtour du culot est creusée une gorge 
ou rainure qui donne prise à la griffe de l'extrac- 
teur, mais l'expérience a prouvé que l'extrac- 
tion n'est pas assurée avec ce procédé. La balle, 
en plomb durci, est comprimée dans une enve- 
loppe en acier recouverte d'un dépôt de maille- 
chort. Elle pèse 14 gr. 7 et a une longueur de 
4 calibres. Elle est séparée de la poudre par une 
rondelle en carton et n'est pas graissée. 



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Résumé, — Ce fusil a été mal construit, car, Fjg. 70. 
pour faire porter au soldat un plus grand nombre 
de cartouches, le poids de l'arme a subi une réduction 
exagérée, ce qui a amené la faiblesse de tous ses organes. 
La cartouche produit d'excellents effets balistiques, mais la 
forme du culot donne lieu à des diflacultés d'extraction. On 
peut également reprocher à cette arme de ne pas se prêter 
facilement au tir coup par coup, mais les Allemands ne 
considèrent pas ce fait comme un inconvénient, car ils 
comptent sur la discipline du feu pour limiter la consom- 
mation des munitions. On a aussi accusé la faiblesse des 
tenons du cylindre de la culasse mobile et celle de l'extrac- 
teur. En outre, des imperfections paraissent s'être produites 
dans la fabrication des différentes parties et dans le fonc- 
tionnement du mécanisme. Enfin, les dernières manœuvres 
auraient prouvé que la culasse est défectueuse, et que, en 
cas de feu d'une certaine durée, la fermeture fonctionne mal. 

Aussi ne serait-il pas étonnant que, pour toutes ces rai- 
sons, ainsi que pour le discrédit jeté par un député allemand 
sur les procédés de fabrication et de réception de l'arme, et 
surtout pour tenir compte des progrès réalisés récemment 
dans la réduction du calibre, les Allemands ne se déci- 
dassent brusquement, comme ils l'ont fait déjà, à renou- 
veler leur système d'armes portatives. 



110 ARMES A FEU PORTATIVES. 

Fusil pour tir réduit. — On exécute des tirs réduits 
dans les chambres, cours, corridors et champs de ma- 
nœuvre au moyen d'un fusil spécial dont l'aspect extérieur 
est le même que celui du fusil modèle 1888. Un tube en 
bronze d'aluminium, du calibre de 5°*°* et pourvu de 6 
rayures, y est introduit par la bouche et fixé par un écrou 
à l'embouchoir. A Tarrière du tube est vissée une boîte en 
acier, portant une rainure dans laquelle pénètre une vis 
qui traverse le canon, pour empêcher toute rotation du 
tube. Le canon et le tube-enveloppe sont percés d'évide- 
ments pour permettre d'arriver à cette boîte. L'évidement 
du tube-enveloppe peut être fermé par un couvercle à cou- 
lisse. Le percuteur, allongé, est muni en son milieu d'un 
renflement servant à le guider, et se termine à l'avant en 
forme de crosse; cette partie antérieure porte l'extracteur, 
met le feu au moyen d'une nervure et assure la fermeture 
du tube en bronze. 

A 5 mètres de distance, le projectile pénètre de 5 à 6 milli- 
mètres dans le bois tendre. La portée est d'environ 80 mètres. 

Les tirs d'exercices ont lieu sur une cible représentant 
la cible circulaire réglementaire, réduite au dixième; cette 
cible est collée sur une planchette ou une feuille de carton 
que l'on applique contre une boîte en bois bourrée d'étoupe. 

ANGLETERRE. 
Fusil Lee-Medfort, mod. 1889. 

L'Angleterre ne s'est décidée à adopter un fusil à répéti- 
tion que tardivement, en 1889, après des études et des expé- 
riences aussi complètes que possible. L'arme anglaise est 
du système Lee, modifié par une commission d'officiers 
{fig, 71). Le canon^ du calibre de T»^"»,?, est du système 
Medfort et porte sept rayures; il présente une épaisseur 
suffisante. La fermeture de culasse, sur la paroi droite de 
la boîte de culasse, est à verrou, avec mouvement de rota- 
tion de la culasse et mouvement direct de la tête mobile. Le 
chien est muni d'un cran de repos {flg. 72). 

La cwZassg est symétrique; mais les deux tenons, d'iné- 
gale force, sont placés trop loin du culot de la cartouche. 
Un loquet de sûreté est ajusté sur le côté gauche de la eu- 



CHAPITRE VI. 



111 



lasse; il suffit de le fermer, quaad le chien est armé, pour 
arrêter l'action de la détente ; quand le chien est au cran de 
sûreté, le loquet empêche la culasse de s'ouvrir accidentel- 
lement. 




Le système de répétition est du système inventé par Lee, 
qui a eu le premier l'idée de placer le magasin sous la boite 
de culasse. Le magasin mobile est une boite en tôle d'acier 




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112 ARMES A FEU PORTATIVES. 

contenant dix cartouches ; il est maintenu en place par un 
ressort fixé sur la culasse et peut être chargé soit sur Tarme, 
soit lorsqu'il en est séparé. Les cartouches y sont introduites 
une à une, sur un plateau mobile que tend à soulever un 
ressort plat fixé au fond de la boite; cette disposition a 
permis de supprimer le transporteur. Lorsque les car- 
touches sont en place, la tête mobile les fait glisser succes- 
sivement dans la chambre. 
Un arrêt de répétition a est placé sur le côté droit de la 

boîte de culasse (fig. 73). Quand il est fermé, 
il empêche les cartouches de sortir du maga- 
sin et Tarme ne peut plus tirer que coup par 
coup. L'arrêt de répétition étant ouvert, rien 
n'empêche la culasse mobile d'entraîner la 
!;-^J 1 cartouche supérieure dans la chambre, lors- 
i./ qu'on pousse cette culasse en avant. 

La monture est en deux parties. On sépare 
..^t ,;>;: le magasin de l'arme en déplaçant un petit 

^';^;îf5 levier placé sous le pontet. Un protège-main 

^^^**' en bois est fixé à hauteur du tonnerre. 

Fi''. 73. L® guidon a la forme d'un bloc rectangu- 

laire, coupé par une entaille verticale. Il y a 
deux hausses : l'une, médiane, pour les distances comprises 
entre 274 et 1727 mètres; l'autre, latérale, pour tirer aux 
grandes distances, de 1646 à 3,200 mètres, au moyen d'un 
guidon à cadran et d'une hausse à œilleton, fixés tous deux 
sur le côté gauche du fusil. 

Le couteau-baïonnette à deux tranchants, avec poignée 
en bois, se fixe sous le canon. On lui reproche d'être trop 
court (0",304), car, dans la position de l'arme au pied, un 
faux mouvement peut en faire pénétrer la pointe dans l'œil 
ou dans la joue, la longueur du fusil avec baïonnette n'étant 
que de 1°»,561. On a dû remplacer ce couteau par un sabre- 
baïonnette. 

Les nouvelles cartouches, à gorge et à bourrelet, con- 
tiennent une charge de 2 gr. 5 de cordite, laquelle imprime 
une vitesse initiale de 670 mètres à une balle de 14 grammes, 
chemisée de maillechort. 

Résumé. — La mise en service des premiers fusils de ce 
système a donné lieu à de nombreuses critiques, qui ont 
motivé jusqu'à trois transformations ou modifications suc- 



CHAPITRE VI. H3 

cessives. L^innovation la plus importante est la substitution 
d'un magasin mobile contenant 10 cartouches au lieu de 8 
{fig. 73), et ce dernier chiffre paraissait suffisant. Le système 
des rayures, à profil d*anse de panier {fig. 18), avec pleins 
égaux à peu près à la moitié des vides, donne d'excellents 
résultats. Le mécanisme de culasse, très simple, ne paraît 
pas convenir pour le tir des nouvelles poudres. 

AUTRICHE-HONGRIE. 
Fusil Mannlicher, mod. 1888. 

Depuis 1877, on s'occupait en Autriche, d'une manière 
pratique et suivie, de la question des armes à répétition. 
On y adopta, en 1886, un modèle de fusil à répétition du 
système Mannlicher; mais, comme on n'avait pu trouver 
encore des poudres ne produisant pas d'encrassement, on 
avait conservé le calibre de \\^^, Aussi, lorsque peu de 
temps après, on apprit que la France avait adopté une 
arme de 8"*™, comme conséquence de la découverte d'une 
poudre convenable, on fit arrêter, en 1888, la fabrication 
du fusil de H^m^ après livraison de 90,000 de ces armes. 
Celles-ci ont d'ailleurs été transformées, en 1890, en fusils 
de 8"*°*, par la substitution de nouveaux canons et de cer- 
taines pièces d'armes, de manière à pouvoir tirer la car- 
touche mod. 1F90 de %^^ à poudre sans fumée. Ces armes 
ont reçu la dénomination de fusils à répétition mod. 1886-90 

Dans l'intervalle, l'Autriche adopta, en 1888, un fusil de 
gmm^ du même système que le précédent. C'est le modèle 
actuellement en service, lequel fut arrêté même avant 
d'avoir obtenu une poudre appropriée, puisque le nouveau 
modèle de cartouche n'a été définitivement admis qu'en 1890. 

Le système de fermeture se distingue de la plupart des 
fermetures à verrou, en ce que la culasse se ferme par un 
simple mouvement d'avant en arrière et réciproquement, 
au moyen d'un levier-poignée fixé à son extrémité ; c'e^t ce 
• qu'on nomme la fermeture rectiligne. Un taquet assez fort 
{fig. 75) descend au moment où l'on ferme la culasse, et 
vient prendre appui contre un fort épaulement placé au- 
dessus de la boîte de culasse. En retirant la culasse en 

8 



ARMES A FEtr PORTATIVES. 



arrière, le taquet remonte insensiblement et dégage le mé- 
canisme. 
La ligne de mire normale est établie pour la distance de 




300 mètres. La hausse est à cadran du système indi- 
qué par la figure 73 Ms ; elle est graduée de 200 en 



CHAPITRE VI. 115 

200 pas pour les distances allant de 600 à '3,000 pas ; de 
600 à 180'J pas, les graduations sont tracées sur le côté 
gauche, et de 2,000 à 3,000 pas sur le côté droit. Cette 
hausse, malgré divers perfectionnements, reste très défec- 
tueuse. Il y a également une ligne de mire latérale, dont nous 
avons donné la description en parlant de la hausse {flg. 55). 

Le mécanisme de répétition, amélioré d'ailleurs par l'in- 
venteur depuis 1886, est le type de la plupart des systèmes 
qui ont été adoptés depuis. Il se compose essentiellement 
du magasin et du transporteur. 

Le Tnagasin fait corps avec le pontet et a la forme d'une 
boîte rectangulaire en tôle d'acier, dans laquelle on intro- 
duit un chargeur de cinq cartouches. La partie inférieure 
du magasin est fermée à l'avant, tandis qu'à Tarrière elle 
présente une ouverture de la dimension du chargeur. 

Le transporteur est formé de deux bras articulés et de 
deux ressorts (fig, 75). Il pénètre dans le chargeur par le 
bas et agit sur les cartouches sans toucher ce chargeur. 
L'action combinée des ressorts appuie constamment le 
grand bras contre la cartouche iniÊérieure et tend à la 
pousser vers le haut. On peut retirer le chargeur du ma- 
gasin en agissant sur le poussoir moUeté, qui ramène le 
bloc en arrière et permet au transporteur de soulever le 
chargeur. 

Le soldat peut au besoin tirer les cinq cartouches sans 
que l'arme quitte l'épaule ; mais l'effort que le tireur doit 
faire pour ouvrir la culasse étant plus grand que dans les 
armes où le mouvement est décomposé, ce genre de tir ne 
peut avoir lieu d'une façon continue. Le tir coup par coup 
exige l'enlèvement du chargeur et ne peut s'effectuer que 
lorsque le magasin est vide. Dans ce dernier cas, on place 
une cartouche directement dans la chambre, ou simplement 
sur le bras supérieur du transporteur. 

La monture de cette arme n'offre rien de particulier. 

La baïonnette, du poids de 400 grammes, est en forme de 
sabre. Elle est courte et solide, et vient se fixer à droite 
du canon. 

La cartouche à bourrelet, du mod. 1890, a été mise en 
service en même temps que la carabine de cavalerie. Les 
dimensions et poids des diverses parties sont indiqués dans 
le tableau de la page 104. La balle est en plomb durci. Les 



116 ARMES A FEU PORTATIVES. 

propriétés balistiques sont très satisfaisantes ; la puissance 
de pénétration de la balle est de O'^SS dans le hêtre à la 
distance de 15 pas. 

Résumé. — Ce fusil, d'une construction très simple, est 
d'un maniement facile. L'arme se charge en quatre temps, 
et un homme peu exercé arrive facilement à tirer trois char- 
jgeurs en une minute ; on peut même doubler cette vitesse de 
tir avec un certain degré d'habileté. D'après M. de Monbri- 
son (1), la critique à faire à ce système, que Mannlicher 
avait inventé pour le tir de la poudre noire, est que le 
taquet sur lequel se transmet le recul est trop éloigné du 
culot de la cartouche (0",14). Un cylindre aussi long vibre 
sous la pression des nouvelles poudres, il fléchit sous la 
pression des gaz, en même temps qu'une extension se pro- 
duit dans la boite de culasse. La justesse de Tarme souffre 
de ce manque d'homogénéité et toutes les pièces du méca- 
nisme finissent par prendre du jeu. 

On sait, d'ailleurs, que l'ingénieur Mannlicher poursuit 
ses études sur la réduction du calibre et qu'il a construit, à 
la manufacture de Steyr, un fusil de 6°»",5, dont il sera 
question plus loin. 

BELGIQUE. 
Fusil Manser, mod. 1889. 

Les études et les expériences concernant les armes à ré- 
pétition ont été poursuivies, en Belgique, avec beaucoup de 
méthode et de persévérance pendant de longues années. En 
se circonscrivant de plus en plus, elles ont fini par aboutir, 
le 23 octobre 1889, à l'adoption d'un fusil Mauser du csl- 
librede7°»^6D(/î^.76). 

Le canon^ en acier, est entouré, comme le fusil allemand, 
par un tube-enveloppe en tôle d'acier, vissé sur la boite de 
culasse. Ce manchon comprend deux parties soudées en- 
semble et laisse un certain jeu entre lui et le canon, sauf à 
hauteur du guidon, où il est assemblé à frottement doux 
{fig^ 77). 



(!) Journal des Sciences militaires, février 1893. 



118 ARMES A FEU 

Le ?nécanisme de culasse est à tenons symétriques ; un 
de ces tenons est fendu en son milieu pour laisser passer 
l'éjecteur, ce qui l'affailjlit sensiblement. Le chien est sup- 
primé et remplacé par un guide-noix ne faisant pas corps 
avec le percuteur et portant le système de sûreté, analogue 
à celui du Mauser allemand. Il n'y a pas de tête mobile ; 
l'extracteur est logé dans le cylindre et tourne avec lui 
comme dans le fusil français. La cartouche, sans bourrelet, 
s'enfonce assez dans la cuvette, qui est profonde, pour que 
la griffe de l'extracteur tombe dans la gorge de l'étui, sans 
qu'il y ait lieu d'amincir à cet eilet la partie postérieure du 
canon. 

Le mécanisme de répétition comprend le magasin et 
l'élévateur de cartouches. 
Le Tnagasin, logé dans une mortaise pratiquée dans le 
bois, sous la boite de culasse en avant du 
pontet, est maintenu en place par un ar- 
rêtoir muni d'un ressort. Ce sont les parois 
latérales du magasin lui-même qui em- 
pêchent les cartouches de sortir sous l'ac- 
tion de l'élévateur. A cet effet, les parois 
latérales du magasin sont rendues suffi- 
samment élastiques pour céder à la pres- 
sion à exercer pour y placer les cartou- 
ches et pour résister à celles venant de 
bas en haut, de manière que les cartouches 
ne puissent sortir du magasin que par la 
poussée exercée par le mouvement du 
cylindre quand on le porte en avant 
(flg. 18). 

Jj'élévateur est formé de deux leviers articulés : le levier 
inférieur, mobile autour d'une vis à pivot et actionné par 
un ressort plat fixé sur le fond du magasin ; le levier supé- 
rieur servant de support aux cartouches et actionné par un 
ressort plat porté par le levier inférieur. Il n'y a pas 
d'arrêt de répétition. 

Le chargement du magasin se fait au moyen d'une lame- 
chargeur (flg. 79) en tôle d'acier et pesant 6 grammes, dont 
les bords latéraux sont repliés pour embrasser les gorges 
des cinq cartouches dont elle est garnie au préalable. Un 
ressort en acier maintient les cartouches et les empêche de 




Fig. 78. 



CHAPITHE VI. 



119 




tomber. La lame-chargeur étant placée au-dessus du ma- 
gasin, il suffit de presser avec le pouce sur la cartouche 
supérieure pour faire écarter les re- 
bords du magasin et livrer ainsi 
passage aux cartouches, qui refou- 
lent l'élévateur vers le bas. Les cinq 
cartouches une fois introduites, on 
abandonne la lame-chargeur, qui est 
expulsée par le verrou lorsqu'on le 
pousse en avant. Le magasin peut 
être aussi chargé à la maio, cartouche 
par cartouche. 

La monture est en une seule 
pièce ; la hausse est à planche. ^'^ ^^ 

Le tir à répétition est seul possible ; lorsque le magasin 
est vide, il doit être rempli de nouveau pour que le tir 
puisse être continué. Pour charger le magasin, il faut 
d'abord ouvrir la culasse en relevant le levier de gauche à 
droite et en tirant ensuite le verrou en arrière, puis intro- 
duire une lame-chargeur, comme il est dit ci-dessus. On 
ferme la culasse en ramenant d'abord le verrou en 
avant, puis en rabattant le levier à droite de 30 de- 
grés. 

Le couteau-baïonnette a une lame de O^jSîJ de 
long, pesant 370 grammes, avec fourreau en tôle 
d'acier bronzé ; il se fixe sous i'axe du canon, 

La cartouche, à gorge sans bourrelet (fig. 80), est 
arrêtée dans la chambre par le raccordement du 
corps de l'étùi et du collet. La poudre H P, em- 
ployée dans les essais, n'est pas encore adoptée 
définitivement et les expériences continuent. Elle 
donne peu de fumée, la détonation produit un 
bruit sec et bref; les résultats obtenus sont satis- pig. 80. 
faisants sous tous les rapports. 

Résumé. — Le chargement est rapide, l'extraction assez 
régulière, le mécanisme suffisamment simple, le système 
de chargeur très économique; mais il paraît que, par suite 
d'une construction défectueuse, la noix et le guide-noix se 
cassant très facilement, le mécanisme de répétition ne fonc- 
tionne pas régulièrement. 



s A FEU PORTATIVES. 



DANEMARK. 

Fnsll mod. 1889- 

L'armée danoise dut suivre l'exemple général et adopter 
un nouvel armement pour son infanterie. Elle a admis, en 

1889, pour son infanterie, un fusil à répétition du système 
Krag-Jorgensen (1), du calibre de S""". 

Le canon est en acier Daelen, dont l'escellente qualité a 
permis de réduire sensiblement l'épaisseur des parois. Il 
est, comme le fusil allemand, entouré d'un tube-enveloppe 
en tôle d'acier de 0°"",8 d'épaisseur et de 23°"" de diamètre 
intérieur. 
La Mwsse à planclie estgraduée jusqu'à ISOD™; pour les 
distances supérieures, on emploie uae 
hausse latérale {fig. 81). 

La culasse mobile, avec le percu- 
teur et l'extracteur, ne présente pas 
de notable différence avec celle des 
armes à verrou. Elle ne parait pas 
fort solide, car la pression exercée 
sur le cylindre n'est transmise à la 
boite de culasse que par un seul tenon, 
traversé par léjecteur, et placé à la 
partie antérieure du cylindre. Le sys- 
tème de fermeture comporte un tenon 
par-dessous la paroi droite de la boîte 
de culasse. 

Le magasin est une boKe plate en 
tôle d'acier, disposée horizontalement 
"= "' sous la boite de culasse et venant dé- 

boucher «ur la face gauche de ceîle-ci (flg. 82). Il s'ouvre à 
droite par un ■> olet se manœuvrant à l'aide d'une griffe dans 
le plan horizontal, et d'arrière en avant autour d'une char- 
nière verticale fixée à la partie antérieure. Un auget, avec 
ses pièces annexes, se trouve sur la paroi interne du volet. 
Les cinq cartouches que le magasin peut contenir y sont 




CHAPITEE VI, 121 

engagées de droite à gauche et couchées transversalement 
les unes à côté des autres; elles sont poussées par le trans- 
porteur vers le renflement du magasin sur la face gauche 
de la boîte de culasse, puis élevées jusqu'à la sortie, que 
commande l'arrêt de cartouche 




Frg. 82. 

Ce fusil comporte un arrêt de répétition, pour permettre 
le chargement coup par coup. Cet arrêt consiste en une 
petite tige fendue à l'avant et munie d'une fourchette à 
ressort pénétrant dans le magasin. Pour remplir le ma- 
gasin d'un seul coup, on emploie un paquet de cartouches 
{fig. 83) disposé d'une manière fort ingé- 
nieuse pour être vidé rapidement dans le 
magasin. C'est une sorte de botte plate, 
en tôle légère, contenant cinq cartouches 
superposées et maintenues en place par 
les griffes d'un fll de fer recourbé en T ; 
11 suffit d'arracher la boucle de ce fil de 
fer, qui ressort sur le couvercle de la 
boite, pour démasquer' complètement une 
des parois latérales et permettre au ti- 
reur de faire tomber les cinq cartouches 
dans le magasin, l'arme étant légèrement relevée. 

La monture est en une seule pièce ; la boîte de culasse et 
le tube -enveloppe y sont fixés. 




F.ï. ï 



ARMES A FEU PORTATIVES. 



L6 fonctionnement du Tnécanisme est indiqué dans les 
Qgures 82 et 84. Il s'effectue h peu près dans les mêmes 
conditions que pour notre fusil mod. 1886. 




La baïonnette, en forme de couteau, a été sensiblement 
allégée et raccourcie ; la lame droite est très résistante. Le 
fourreau, en acier, pèse 30 grammes et la baïonnette 



CHAPITRE VI. 



123 



220 grammes; cette dernière est placée sous Taxe du 
canon. 

On a employé jusqu'à présent des cartouches à bourrelet 
pesant 33 grammes et contenant 5 grammes de poudre 
comprimée. On étudie une poudre donnant moins de fumée 
et plus de vitesse initiale. 

Résumé, — Le nouveau fusil danois est une arme assez 
compliquée et contenant des innovations peu heureuses. Le 
mécanisme de répétition n'est ni aussi simple ni aussi pra- 
tique que celui de Mannlicher ; la solidité de la boîte de 
culasse paraît laisser à désirer. 

Cependant, ce fusil a été adopté récemment pour l'infan- 
terie des États-Unis et la distribution aux troupes a dû 
commencer dans l'été de 1893. Toutefois, le Ministre de la 
guerre vient d'informer officiellement les inventeurs amé- 
ricains de l'ouverture d'un concours en vue de Paméliora- 
tion de cette arme. La seule restriction imposée est que le 
fusil doit conserver son calibre actuel, pouce 30 (environ 
8°^™). Il est question également de donner ce fusil à l'armée 
brésilienne. 

ESPAGNE. 
Fasil mod. 1871-89. 

Le gouvernement espagnol a admis provisoirement, sous 
le nom de fusil mod. 1871-89, une transformation de son 
Remington d'après le système Freyre-Brull. 

Dans ce système, la balle pénètre presque tout entière 




Fig. 85. 



dans la partie rayée au moment de la charge {flg, 83) ; elle 
comporte à Parrière un renflement de 0«»™,4 à O^^"",?), qui se 
force dans les rayures; elle est recouverte d'une chemise 



I2i 



ARUES A FEU PORTATIVES. 



en laiton et porte un méplat à l'avant. La charge est de 
4 gr. 7S de poudre Rottweii ; le poids de la cartouche est de 
41 grammes et celui de la balle de 25 grammes ; celle-ci est 
séparée de la poudre par un bouchon lubrifiant. La vitesse 
initiale est de 450 mètres. 

La hausse a dû être modifiée. Jusqu'à 1000 mètres, les 
portées de 100 en 100 mètres sont marquées sur le côté 




gauche de la planche de hausse (flç. 86); on peut viser 
jusqu'à 1200 mètres au moyen dune ligne de mire latérale. 

On sait que le Remington est une arme à bloc à rotation 
rétrograde. Les améliorations précédentes ne le mettent 
pas à hauteur des exigences modernes, puisqu'elles ne 
donnent ni un calibre réduit, ni un système de répétition, 
ni une poudre sans fumée. C'est plutôt un palliatif imposé 
par l'état des finances, car le prix de la transformation ne. 
coûte que 'i fr. 10 par arme. 

Aussi les études se sont-elles poursuivies en vue de 
l'adoption d'une arme complètement nouvelle. La commis- 
sion des armes, n'ayant pu obtenir l'autorisation de fabri- 
quer des Lebel, a donné la préférence à un Mauser alle- 
mand, du genre de celui adopté pour la Turquie. 

Faail Uanser, mod. 1892. 



Le conseil des ministre a décidé, en 1892, l'achat à 
l'étranger de 70,000 fusils Mauser et de 5,000 carabines du 
calibre de 7"'". En outre, des ordres ont été donnés aux 
manufectures d'armes de Tolède et d'Oviedo de commencer 
immédiatement la fabrication des fusils et des cartouches 



CHAPITRE VI. 125 

de ce modèle, nécessaire pour compléter Tarmement. 
Cependant, 100,000 de ces fusils seront construits par l'in- 
dustrie privée, dans Pespace de dix ans. 

Il a été commandé également 18 millions de cartouches à 
l'étranger, pour les fusils et les carabines achetés. 

La balle, de 30"«,38 de longueur, pèse 11 gr. 2; la charge, 
de 2 gr. 55 de poudre sans fumée, lui communique une vi- 
tesse initiale de 697 mètres. La trajectoire de 500 mètres 
est tout. entière dangereuse pour. un fantassin debout, et 
celle de 600 mètres (2°ï,30 de flèche) pour un cavalier. 

Le tir du fusil de 1^^ est plus rasant que celui du fusil 
de 7"*°»,65 jusqu'à 1700 mètres, et, à partir de là, le fusil de 
7°»™,65 a une trajectoire plus rasante, ce qui tient au coefB- 
cient balistique de sa balle, qui est un peu plus élevé. 
Comme effets de pénétration, la balle de 7Damj6s l'emporte à 
partir de la distance de 400 mètres. 

Bien que le tir aux petites et aux moyennes distances 
soit le plus important et que celui aux grandes distances 
soit considéré comme exceptionnel, on prétend qu'une com- 
mission s'occupe de remédier à cette sorte d'infériorité du 
fusil de 7°»°». Elle se propose d'augmenter légèrement le 
poids de la balle et celui de la charge, de manière à ac- 
croître le coefl3cient balistique sans diminuer la vitesse 
initiale. Si l'on parvenait à rendre ce coeflGicient égal à 
celui que possède le calibre de 7*»"»,15, en élevant le 
poids de la balle de 11 gr. 2 à 12 grammes, le fusil de 7°»™ 
deviendrait supérieur au fusil de 7"^"^,65 à toutes les dis- 
tances. 

FRANCE. 
Fusil mod. 1874 (Fig. 87). 

Le fusil modèle 1874, ou fusil Gras, étant encore en ser- 
vice, nous croyons devoir en donner une description som- 
maire. Il rappelle dans ses formes générales le fusil 
mod. 1866, auquel il a succédé. 

Le canon, du calibre de llm"», en acier puddlé fondu, est 
vissé à la boite de culasse ; il porte les organes de poin- 
tage. 

La culasse moMle constitue le système de fermeture, qui 



m 



ARMES A FEU PORTATIVES. 



est à verrou, et le mécanisme de départ du coup ; elle res- 
semble sensiblement à celle du fusil mod. 1886. 

La monture est en une seule pièce. Le sabre-iaionnetle 
et la-coriûMCfte ont été décrits. 

Le fonctionnement du 
mécanisme a lieu de la ma- 
nière suivante : 

La charge s'exécute en 
trois temos. Dans le pre- 
mier, qui consiste à owwr^r 
le tonnerre, on relève le 
levier de droite à gauche 
et l'on retire sans brus- 
querie la culasse mobile en 
arrière, jusqu'à ce que la 
tête mobile soit arrêtée par 
la vis-arrêtoir. Dans ce 
mouvement, l'étui vide est 
éjecté et la culasse mobile 
est armée. 

Pour charger, ce qui 
constitue le deuxième 
temps, on introduit la car- 
touche dans le canon, la 
balle en avant. 
Le troisième temps a pour 
i eS^i Affermer le tonnerre, 
en poussant la culasse mo- 
bile en avant et en tour- 
nant le levier franchement 
pour le rabattre complète- 
ment à droite, ce qui met le 
chien à l'armé et rend le 
coup prêt à partir. 
Pour faire partir le coup, on agit progressivement sur la 
détente; la tête de gâchette s'abaisse, le chien devient libre 
et le ressort à boudin agit sur le percuteur, qui entraine le 
manchon et le chien. La pointe du percuteur, dépassant à 
l'abattu la tranche de la tête mobile, atteint l'amorce et 
détermine l'inflammation de la cartouche ; sa course en 
avant est limitée par la butée du chien contre le cylindre. 




CHAPITRE YI. i27 

Un cran de sûreté^ consistant en une entaille pratiquée 
sur le chien en un point convenable, permet au soldat de 
conserver son arme chargée, sans cependant laisser le 
chien à la position du bandé. Le point où il est disposé doit 
être choisi de telle sorte que la course du percuteur, en 
quittant ce cran, ne soit pas suffisante pour produire un 
choc capable de faire détoner Tamorce de la cartouche. Ce 
cran sert en môme temps de cran de repos pour le ressort- 
gâchette, et c'est là son usage le plus fréquent. Pour passer 
de l'abattu au cran de sûreté, il suffit de tourner le levier 
jusqu'à ce qu'on entende la tête de gâchette tomber dans le 
premier cran. On remet alors le chien à l'abattu en pres- 
sant sur la détente et en achevant au besoin de rabattre le 
levier à droite. Pour armer, le chien étant au cran de 
sûreté, il suffit de relever complètement le levier et de le 
rabattre ensuite à droite. 

Fusil mod. 1886 (Fig. 88). 

Le fusil mod. 1886, que l'on appelle communément fusil 
Lebel, comprend six parties principales : 

i^ Le canon, en acier trempé, du calibre de 8°»»", avec la 
boîte de culasse qui y est vissée, et les organes de pointage 
qui y sont soudés ou brasés ; 

2^ La culasse moUle, qui ressemble sensiblement à celle 
du fusil mod. 1874 et a été décrite page 62 ; 




Fig. 88. 

3^ Le mécanisme de répétition, décrit à la page 72 ; 

4® La monture en deux parties, séparées par la boîte de 
culasse (page 103). Le fût contient le magasin de car- 
touches, au nombre de huit, ainsi que les différentes pièces 
qui complètent ce magasin : 

§0 Les garnitures, qui ne présentent rien de particulier; 

6» Vépée-balonnette, qui a été décrite page 108. 



128 ARMES A FEU PORTATIVES. 

Fonctionnement du mécanisme. — Dans le tir coup par 
coupy le fonctionnement du mécanisme s'effectue de la 
même manière que dans le fusil mod. 1874, en ayant soin 
de fermer le magasin en amenant le bouton quadrillé du 
levier de manœuvre dans l'entaille antérieure de son loge- 
ment. 

Pour tirer à répétition, il faut que le magasin soit appro- 
visionné. Pour rapprovisionner, le fusil étant armé et l'en- 
trée du magasin découverte en abaissant la partie anté- 
rieure de Tauget avec l'index de la main droite, on porte 
une cartouche dans l'échancrure, la balle en avant ; on l'in- 
troduit dans le magasin et on lui fait dépasser l'arrêt de 
cartouche en la poussant avec le pouce. On introduit de 
même successivement sept autres cartouches et l'on ferme 
le tonnerre. A cet effet, on ramène avec le pouce le levier 
de manœuvre complètement en avant, on saisit ensuite le 
levier de la main droite, on pousse doucement la culasse 
mobile en avant; enfin, on rabat vivement et complètement 
le levier à droite. 

Si l'on veut, avant de fermer le tonnerre, on peut intro- 
duire une neuvième cartouche dans l'auget et une dixième 
dans la chambre. Pour tirer à répétition, le levier de ma- 
nœuvre doit être ramené complètement en arrière, de 
même qu'il suffit de le pousser en avant pour ne pouvoir 
tirer que coup par coup. 

Pour décharger le magasin, on ouvre le tonnerre et le 
magasin en ramenant complètement en arrière le levier de 
manœuvre ; on pousse ensuite la culasse mobile en avant, 
on rabat complètement le levier à droite ; on ouvre de nou- 
veau le tonnerre, en ramenant vivement la culasse mobile 
en arrière pour relever Tauget ; on pousse la culasse mo- 
bile en avant pour introduire la cartouche dans le canon et 
on rabat le levier complètement à droite ; on ouvre alors 
doucement le tonnerre, de manière à extraire la cartouche 
sans l'éjecter; on la dégage de l'extracteur et on la remet 
dans la cartouchière. On pousse de nouveau légèrement la 
culasse mobile en avant et on la ramène vivement en arrière 
pour relever l'auget, on ferme le tonnerre pour introduire 
la nouvelle cartouche dans le canon, et l'on continue ainsi 
jusqu'à ce qu'il ne reste plus de cartouches dans le ma- 
gasin. 



CHAPITRE VI. 129 

Les pièces de la culasse mobile et du système de gâchette 
fonctionnent dans le tir à répétition, comme dans le tir 
coup par coup. Il n'y a donc qu'à considérer leurs relations 
avec les pièces du mécanisme de répétition. Le coup venant 
de partir et le tounerre étant fermé, si, après avoir tourné 
le levier de droite à gauclie, on ramène la culasse mobile 
en arrière jusqu'à ce que le tenon inférieur de la tête mo- 
bile rencontre le butoir de relèvement, l'étui vide est 
entraîné par l'extracteur, puis éjecté. Le choc du tenon 




contre le butoir, quand il est produit avec assez de force, 
détermine la rotation de l'auget autour de son axe, le talon 
de l'auget se dégage, et l'action du ressort d'arrêt de car- 
touche, se joignant à celle imprimée par le choc du tenon, 
fait remonter l'auget avec la cartouche qu'il contient. A ce 
moment, le mouvement combiné du ressort d'arrêt de car- 
touche, de la griffe d'arrêt de cartouche et du ressort du 
magasin, fait prendre à la cartouche suivante du magasin 
une position convenable, son culot étant arrêté par le bec 
de l'auget (/iç. 89). 

On porte alors la culasse mobile en avant ; la première 
cartouche est poussée dans la chambre par la tète mobile et 
l'extracteur; le levier est ensuite rabattu à droite, L'auget 
s'abaisse, la deuxième cartouche n'étant plus maintenue 
par le bec de l'auget, qui, en s'abaissant, a démasqué l'issue 
du magasin, recule de nouveau sous l'action du ressort de 
magasin jusqu'à ce que la griffe de l'arrêt de cartouche, 
s'opposant à la sortie de latroisième cartouche, fasse cesser 



ARMES A. ySV PORTATlVBi 



l'action du ressort sur la deuxième; mais, & ce momeot, 
cette dernière est complètement engagée dans l'auget. Le 
mouvement des cartouches a lieu presque iastantanément. 




sous l'action d'une brusque détente du ressort. L'arme est 
ainsi prête à faire feu, ainsi qu'il est dit dans le fonctionne- 
ment coup par coup (fig. 90). 

Résumé. — Le fusil mod. 1886 est surtout une arme per- 
fectionnée dans les détails. Il a eu pour inventeur non une 
seule individualité, mais un groupe d'hommes compétents, 
présidés par le colonel Lebel. 

La vitesse du tir coup par coup peut atteindre 12 car- 
touches par minute. Les 10 cartouches du magasin peuvent 
être tirées en 30 secondes, même en aj ugtant convenable- 
ment. La vitesse initiale de la balle (SiS") est telle que, sans 
avoir besoin de changer de hausse, on peut atteindre un 
fantassin debout jusqu'à 520 mètres, et à genou jusqu'à 
420 mètres. En outre, la force de pénétration de cette balle 
est considérable, car l'on a vu, au Dahomey, une balle tra- 
verser un arbre et les cinq hommes qui se ti-ouvaient abrités 
derrière. 

On a reproché à l'extracteur de ce fusil d'être trop court 
et, en tournant avec la calasse mobile, d'exiger un aminci 
d'un quart de circonférence à la tranche postérieure du 
tonnerre. En outre, si, comme mécanisme de fermeture, il 
peut être classé le premier des fusils actuellement en ser- 



CHAPITRE VI. 131 

vice, comme mécanisme de répétition, il marche fort en 
arrière. Néanmoins, le fusil mod. 1886, complété par la 
cartouche mod. 1886, dont la poudre est la plus stable et la 
meilleure, constitue une arme excellente, dont le tir est le 
plus régulier, le plus rasant, le plus sûr, et c'est là le point 
essentiel. 

On peut remarquer que, contrairement à ce qui se pra- 
tique pour les fusils adoptés plus récemment à l'étranger, 
le magasin du nôtre se charge coup par coup, ce qui n'a 
pas grand inconvénient, puisque le tir coup par coup donne 
au besoin une vitesse satisfaisante de 12 coups par minute. 
Il est probable cependant que, si l'on avait à construire une 
arme nouvelle, on adopterait, comme ailleurs, le mode de 
chargement du magasin par boîte-chargeur, et que, par 
suite, ce magasin serait placé sous la boîte de culasse, ainsi 
qu'on l'a fait pour la carabine mod. 1890, qui a un chargeur 
de trois cartouches. 

Il a été question récemment d'un essai de transformation 
du fusil mod. 1886, consistant dans le remplacement du ma- 
gasin tubulaire par une boîte-chargeur d'un nouveau sys- 
tème. Ce chargeur serait très supérieur au chargeur alle- 
mand, qui ne contient que cinq cartouches alors que le nôtre 
en contiendrait douze. La fermeture de culasse serait du 
type dit rectîlîgne, assez semblable au Mannlicher autri- 
chien ou au Rubin-Schmidt suisse. Le fonctionnement d'ou- 
verture, d'éjection de l'étui tiré et de chargement de la 
cartouche suivante s'opère par une simple traction de la 
culasse mobile, qui a dû être modifiée ainsi que la boîte de 
culasse. Les 12 coups sont tirés en 40 secondes, sans désé- 
pauler. Il paraît que, en effet, une expérience de fusils ainsi 
transformés se fait actuellement. Mais, en attendant, et 
quels que soient les bruits que Ton fasse courir, nous ne 
saurions trop répéter que le fusil mod. 1886 peut avanta- 
geusement être comparé à tout autre. 

Fusil Kropatsckek & répétition (Fig. 94). 

Tous les équipages de notre flotte sont armés, depuis 
1878, d'un fusil à répétition du système Kropatschek (1). On 

(1) Alors capitaine, aujourd'hui colonel de l'artillerie autrichienne. 



ISS 



ARMES A FEU PORTATIVES. 



a cherché, dans ce système, à combiner le mode d'obtura- 
tion du fusil mod. 1874 avec un mécanisme de répétition 
très simple. 

Ce fusil est à verrou; le canon, ie 11»", est celui du fusil 
mod. IHTi, et tire la même cartouche. 

Le inagasin consiste en un tube en laiton placé sous le 
canon dans le fAt; il contient sept cartouches ; une huitième 
peut être dans l'auget et une neuvième dans la chambre. 

La ctiiasse mobile ne dif- 
fère de celle du fusil Gras 
que par les détails. Le cy- 
lindre présente deux trous 
destinés à recevoir le bou- 
ton du butoir d'auget, dans 
les positions d'ouverture et 
de fermeture du magasin. 
Outre le tube- magasin et 
son ressort à boudin, le mé- 
canisme de répétition com- 
prend l'auget et l'arrêt de 
cartouches. L'auget sert à 
transporter les cartouches 
du magasin en face de l'en- 
trée du canon. Le bec d'au- 
get s'oppose, dans la posi- 
tion indiquée par la figure 
91 , à la sortie des cartou- 
ches du magasin. Le butoir 
d'auget étant vertical, le 
bec est abaissé et le maga- 
sin est ouvert; si, dans cette 
position, on ferme la cu- 
lasse, le cylindre agit sur 
le butoir et force l'auget à 
descendre. Quand le butoir 
est incliné, le magasin est 
fermé et le cylindre ne 
communique plus aucun 
mouvement à l'auget. Un 
ressort d'auget flxé à la 
boite de culasse sert à maintenir l'auget dans les deux posi- 




CHAPITRE VI. 133 

tions qu'il doit prendre dans le tir. Varrèt de cartouche se 
compose d'un levier mobile vissé sur un ressort à griffe. 
Il tourne autour d'un axe parallèle à celui de Tauget. Une 
fente ménagée dans le bec de Tauget permet le passage de 
l'arrêt de cartouche. Quand Tauget est levé, le ressort 
maintient la griffe de l'arrêt abaissée; mais quand l'auget 
presse sur le ressort, celui-ci fait monter la griffe. 

Pour tirer coup par coup, on ferme le magasin en abais- 
sant le butoir d'auget ; pour ouvrir le magasin, on relève 
le butoir jusqu'à ce que le bouton soit en contact avec le 
bord d'une échancrure de la boîte de culasse. 

Le fonctionnement du mécanisme dans les divers cas, 
ainsi que le déchargement du magasin, ont lieu dans des 
conditions presque analogues à celles du fusil mod. 1886. Il 
faut 21 secondes pour charger l'arme et son magasin, et 
autant de temps pour tirer les neuf cartouches, c'est à-dire 
qu'on obtient une vitesse double de celle du fusil mod. 1874. 

Résumé, — Notre fusil Kropatschek est une arme à répé- 
tition suffisamment simple et le mécanisme fonctionne bien. 
Pourtant l'arme est un peu lourde (4^,500 sans baïonnette), 
le calibre est trop grand, et tout porte à croire que l'on ne 
tardera pas à adopter le fusil mod. 1886 pour la marine, de 
manière à assurer l'unité d'armement et de munitions. 

GRÈCE. 

L'armement de cette puissance se compose de modèles 
très variés. L'armée active a, en général, le fusil français 
mod. 1874; l'armée territoriale parait avoir des Chassepots 
rachetés à l'Allemagne. On n'a pas entendu dire que la 
Grèce cherche à moderniser son armement, et cela proba- 
blement pour des raisons financières. 

HOLLANDE. 
Fasil mod. 1871-88 (Fig. 92.) 

La Hollande a cherché pendant longtemps un fusil à répé- 
tition de petit calibre répondant à toutes les conditions 
voulues; mais n'ayant pu jusqu'alors résoudre d'une manière 
satisfaisante la question de la poudre nécessaire, elle s'est 



134 ARMES A FEU PORTATIVES. 

décidée en 1888, en attendant mieux, à transformer son 
fuail d'infanterie de Beaumont en arme à répétition, sous le 
nom de fusil mod. 1871-88. 

Le système de transformation auquel on a donné la pré- 
férence, après une comparaison avec un système Mannli- 
cher, est celui proposé par le capitaine italien Vitali. Le 




Fig. n. 



prix de la transformation est de 17 ft'ancd environ par 
arme, ce qui constitue une dépense assez élevée pour n'ob- 
tenir qu'un simple palliatif. 

Ce nouveau fusil est une arme à verrou, présentant de 
grandes analogies avec notre fusil mod. 1874, avec lequel 
il a été expérimenté comparativement, et qui n'a pas été 
adopté parce que le nombre et l'importance des réparations 
nécessitées par l'usage naturel de l'arme étaient plus consi- 
dérables que dans le fusil français, Le calibre de 11'"'" et la 
ftatMse à cadran, graduée seulement jusqu'à 825", ont été 
conservés. 

Le mécanisme de culasse présente une disposition parti- 
culière : le ressort à boudin actionnant le percuteur est 
remplacé par un ressort à deux branches logé dans le levier, 
qui est formé de deux pièces séparables. 

On a adapté à ce fusil un magasin fixe pouvant contenir 
quatre cartouches. Le fût et la boîte de culasse {/îg. 92) ont 
dft être coupés, ce qui a conduit à organiser un autre sys- 
tème (le détente, à renforcer la joue gauche de la boite de 



CHAPITRE VI. 135 

culasse, etc. L'emploi du système de répétition exige Pad- 
dition d'un transporteur avec arrêt de répétition. La tête 
mobile produit un mouvement rectiligne dans la boîte de 
culasse, où l'extracteur à droite et Téjecteur à gauche la 
guident dans des coulisses. Le chargement peut se faire 
cartouche par cartouche ou au moyen de boites-chargeurs, 
de sorte qu'il est possible d'utiliser le fusil comme arme à 
répétition ou tirant coup par coup. 

Le fonctionnement de la culasse est absolument le même 
que celui de notre fusil mod. 1874, 

On a dû employer une cartouche pesant 43 grammes, 
parce qu'on n'avait pas alors trouvé une poudre sans fumée 
et qu'on était obligé d'employer une charge de 5 grammes 
de poudre noire. 

Fusil Mannlicher, du calibre de G»"", 5. 

On prétend que la commission des études relatives au 
choix d'un nouveau fusil a terminé récemment ses travaux, 
et qu'elle a conclu à l'adoption d'un Mannlicher à réï)étition 
du calibre de 6«'°»,5. Cette arme ressemblerait beaucoup à 
celle qui vient d'être adoptée pour la Roumanie. 

Pourtant, avant de prendre une décision définitive, on 
fera au préalable des essais en grand avec 100 de ces fusils. 
Cela laisse supposer qu'on a trouvé une poudre convenable. 

ITALIE. 
Fusil mod. 1870-87 (Fig. 93). 

Après avoir suivi avec une grande attention les études 
faites par les autres puissances et fait elle-même des expé- 
riences au sujet des armes à répétition, l'Italie a provisoire- 
ment, comme la Hollande, admis la transformation de son 
fusil Wetterli en fusil à magasin du système Vitali, lequel a 
pris le nom de fusil mod. 1870-87. 

Ce fusil est une arme à verrou, du calibre de 10«'"^,35, re- 
lativement réduit; les rayures et la hausse à cadran, gra- 
duée jusqu'à 1000 mètres, ont été conservées. 

Le mécanisme de fermeture présente, dans cette arme, 
une importante particularité. On a évité la dissymétrie habi- 



t TSC ?amTiTî 



/iiifjiftr sur ?on aie, il ne peut qu'avancer et 
< II» l-oito. La fermeture eat obtenue à l'aide 



CHAPITRE VI. 137 

d'une virole {fig, 94), qui entoure le cylindre et fait corps 
avec le levier ; cette virole est, en outre, organisée de ma- 
nière à répartir convenablement l'effort du recul. La sup- 
pression du mouvement de rotation du cylindre a, dans le 
Vetterli, entraîné la suppression même du chien ; c'est le 
choc du percuteur seul qui met le feu à la cartouche, et 
comme la masse de cette pièce est relativement faible, on a 
dû chercher à rendre à la percussion l'intensité nécessaire 
en augmentant l'intensité du ressort à boudin, que l'on a 
fait très gros et très court et que Ton a logé à l'arrière 
même du cylindre, dans un manchon de forme ogivale. Le 
percuteur est formé par une forte tige en acier. 

Lorsqu'on relève le levier à gauche, le ressort à boudin 
se trouve comprimé; la gâchette se relève et retient le 
percuteur au cran du bandé. En rabattant le levier à 
droite, on ouvre le passage au percuteur qui peut, lors- 
qu'on appuie sur la détente, se porter en avant. 

Le magasin est au centre, et on y introduit une boite- 
chargeur munie de quatre cartouches ; il peut également 
être chargé à la main. L'arme a un arrêt de répétition 
et peut à volonté tirer à répétition ou coup par coup. 

La cartouche à bourrelet, du poids de 29 grammes, a 
une charge de 2 gr. 4 de balistite, qui donne à la balle de 
16 grammes des propriétés balistiques et une force de péné- 
tration que Ton dit très bonnes. 

Fàsil du calibre de Q'^'^^B. 

Il paraît, d'ailleurs, que la solution précédente n'était que 
provisoire, pour permettre d'attendre que la commission 
d'études eût trouvé une arme satisfaisante de petit calibre. 
Elle se serait arrêtée, en 1891, à un fusil du calibre de 
6°^°*, 5, qui aurait été admis par le gouvernement et dont la 
fabrication serait commencée depuis lors. 

D'après ce qu'on en a publié, ce fusil, semblable à celui 
adopté par la Roumanie, est plus simple et plus facile à 
manier que le fusil allemand. II a une longueur de 1°^,20 
sans baïonnette, et de l°i,45 avec la baïonnette. Il ne pèse 
que 3 kilogrammes, soit 1100 grammes de moins que le Vet- 
terli. Le sabre-baïonnette, très court, se place sous l'axe et 
dans le plan vertical du canon. 



138 ARMES A PEU PORTATITES. 

La cartouche se compose d'un étui sans bourrelet, d'une 
charge de balistite et de la balle, pesant ensemble 21 «^,5. 
La balle, chemisée de maillechort, aura une portée efficace 
de 4,000 mètres. La rapidité du tir atteindra au moins 
20 coups par minute, et l'on pourra tirer 500 coups de suite 
sans trop grand échauffement du canon. Un protège-main 
en bois et en cuir a d'ailleurs été adapté au fusil. Le char- 
geur, de 5 cartouches, ainsi que les étuis vides, sont 
expulsés automatiquement. La vitesse initiale serait de 
700 mètres. Dans des expériences récentes, une balle 
aurait, à 3,500 mètres de distance, traversé deux planches 
de sapin de 0°»,03 d'épaisseur; à 500 mètres, elle traverse 
facilement une poutre de 0°>,80 en bois tendre, un parapet 
en terre de même épaisseur ou une plaque d'acier de 
7 millimètres. 

D'après les Italiens, ce fusil serait supérieur à celui des 
autres puissances sous tous les rapports : légèreté, solidité, 
facilité de maniement, portée, justesse, pénétration, recul 
insignifiant, prix peu élevé (40 à 45 francs). Mais la pénurie 
du trésor italien a contraint le gouvernement à répartir la 
fabrication de ces fusils sur une période de six à huit ans, 
de sorte que, pendant ce temps, il y aura deux espèces de 
fusils en service dans l'infanterie italienne. En outre, s'il 
est prouvé que les avantages de cette nouvelle arme ont 
une supériorité si marquée, les autres puissances n'auront 
pas de peine à se mettre à hauteur et à regagner le temps 
perdu. 

NORVÈGE. 

Fusil Jarmann, mod. 1885. 

La Norvège a adopté, dès 1885, un fusil à répétition du 
système Jarmann. 

Le canon, du calibre de '10"^«»,15, et la l)olte de culasse ne 
présentent rien de particulier. 

La culasse moMle comprend les mêmes pièces que notre 
fusil modèle 1874, mais avec des différences de modèle dont 
on peut se rendre compte par la fig. 95. La fermeture de 
culasse fonctionne d'une manière presque identique à celle 
du fusil précité, sauf de légères différences, dont la prin- 
cipale est Tabsence d'extracteur, lequel a été remplacé par 



CHAPITRE VI. 139 

une disposition spéciale de la boite de culasse. Cet appareil 
de fermeture, ne comportant pas 
de vis, peut se démonter sans le 
secours d'aucun outil. 

Le magasin, placé sous le ca- 
non, est formé par un tube en 
laiton pouvant contenir 8 car- 
touches; une neuvième peut être 
placée dans la chambre. 

Le mécanisme de rêpéiilion 
fonctionne de la manière suivante: 
l'arrêt de répétition, étant à la 
position du tir à répétition et la 
culasse étant fermée, l'auget, qui 
tend toujours à s'élever par l'ac- 
tion de son ressort, s'abaisse parce 
que son talon vient porter contre 
le méplat de la tète mobile. Une 
cartouche , poussée par le res- 
sort du magasin^ s'engage alors 
dans l'auget, et la suivante est 
arrêtée par le bec de l'arrêt de 
cartouche, qui vient de faire sail- 
lie à l'entrée du magasin . Le mou- 
vement en avant de la culasse 
mobile fait relever l'auget, intro- 
duit la cartouche dans la cham- 
bre, abaisse le bec de l'arrêt de 
cartouche, qui est alors franchi 
par le bourrelet de la cartouche, 
et celle-ci vient buter contre le 
bord antérieur inférieur de l'au- 
get. 

La hausse à cadran présente 
une disposition particulière. Cette 
hausse, curviligne, peut être 
maintenue dans ses diverses po- 
sitions par un curseur, dans le- 
quel se meut une tige terminée à 
gauche par un bouton molleté 
muni d'une gorge. Le mouvement de cette tige est limité 




140 ABMES A FEU PORTATIYES. 

par une vis. Lorsqu'elle est entièrement sortie vers la gau- 
che, la gorge du bouton forme cran de mire pour les dis- 
tances comprises entre 1600 et 2,800 mètres. On emploie 
alors comme guidon un petit bouton ûxé sur le côté gauche 
de la grenadière. 

Les propriétés balistiques sont bonnes et la poudre noire 
employée excellente. 

On adapte à cette arme, soit un couteati-haionnetle ^ qui 
est long de 0™,18o et pèse 200 grammes, soit une épée- 
baïonnette^ qui a 0™,285 de longueur et pèse 0^,347. 

Le chargement de ce fusil est toujours long, parce que 
chaque cartouche ne peut être introduite qu'en la saisissant 
par le culot et la plaçant verticalement, la balle touchant 
Tauget près de l'entrée du magasin, puis en la couchant sur 
l'auget et en la faisant pivoter autour de la balle. La car- 
touche ainsi placée est poussée dans le magasin avec la 
balle d'une deuxième cartouche, qui est saisie, placée, puis 
introduite comme la première. 

En outre, il faut plus de temps pour le tir à répétition 
qu'avec d'autres systèmes, et les enrayages sont très fré- 
quents, soit, lorsqu'on manœuvre l'arme assez vite, que 
l'auget ne reste pas assez longtemps abaissé pour laisser 
sortir complètement la cartouche du magasin, soit, lors- 
qu'on éprouve de la difficulté à faire entrer la cartouche 
dans la chambre, qu'on ramène la culasse mobile en arrière 
pour prendre du champ et qu'on fasse ainsi sortir une nou- 
velle cartouche du magasin. 

Résumé, — Cette arme, très perfectionnée pour l'époque 
où elle a été adoptée, serait meilleure si elle avait un ca- 
libre plus petit et si elle tirait une cartouche à poudre sans 
fumée. Ce dernier résultat peut être obtenu et alors le fusil 
Jarmann rendra d'excellents services. 

PORTUGAL. 
Fusil Kropatschek, mod. 1886. 

Le fusil adopté en 188G est du calibre de 8°»°^ et du sys- 
tème Kropatschek, c'est-à-dire qu'il a une analogie presque 
complète, quant au mécanisme, avec le Kropatschek fran- 



CHAPITRE VI. 141 

çais. Le magasin contient également sept cartouches ; une 
huitième peut être placée dans Tauget et une neuvième 
dans le magasin. 

Les données générales concernant cette arme sont indi- 
quées dans le tableau de la page 104. 

La cartouche a une charge de 48'',5 de poudre progres- 
sive; la balle est chemisée de cuivre. 

Le mécanisme fonctionne bien, les propriétés balistiques 
de l'arme sont très satisfaisantes. Faute d'avoir une poudre 
sans fumée, on a été forcé d'augmenter la charge de poudre 
et le poids de la cartouche (3SKr,2 au lieu de 29 grammes 
pour la cartouche française du même calibre). 

ROUMANIE. 
Fusil du calibre de 6""»,5, mod. 1892. 

L'étude de l'adoption d'une nouvelle arme à feu porta- 
tive, poursuivie pendant quatre ans, a abouti, en 1891, à 
l'introduction, à titre d'essai, dans l'infanterie roumaine, 
d'un fusil à répétition de 6™™,5, du système Mannlicher. 

Cette arme, modifiée sur quelques points de détail, con- 
formément aux indications du Comité d'artillerie roumain, 
vient d'être adoptée définitivement pour l'armement de 
l'infanterie; une commande de 110,000 fusils a été faite à 
la manufacture de Steyr en février 1893. 

Le calibre de 6°*™,5 est le plus petit de ceux admis jus- 
qu'à ce jour et l'on a cru longtemps qu'on ne pourrait le 
réaliser pratiquement, à cause de réchauffement du canon, 
de la difficulté de nettoyage et de la fabrication du canon. 
Mais tous ces inconvénients ont pu être surmontés, grâce 
surtout à l'emploi des nouvelles poudres et à leur défaut 
d'encrassement. 

Le mécanisme de fermeture^ à verrou, diffère peu de 
celui du fusil allemand. Le tube-enveloppe du canon est 
remplacé par un garde-main en bois. 

Le magasin, qui fait corps avec la sous-garde, reçoit un 
chargeur contenant cinq cartouches. Pour le surplus, il est 
à peu près certain que ce fusil est presque identique au fusil 
Mannlicher, de 6™™,5, dont il sera parlé plus loin en détail. 

Le fusil roumain, ne pesant que 3^,800, est plus facile à 



142 ABMES A FEU PORTATIVES. 

manier et plas léger que les autres fusils en service; de 
plus, le recul est moins fort, car il n'est que de 1">,70, tandis 
qu'il est de 2™, 40 pour les fusils de 8 millimètres en général. 
La supériorité balistique du fusil roumain est rendue 
évidente par la comparaison des données suivantes : 

Fusil Fusil 

roomaio. de 



Vitesse initiale 710°» 620™ 

Poids par unité de section de la balle. 3i^ 29p',8 
Vitesse restante à 2,000 mètres 202°» 160™ 

La plus grande vitesse initiale a pour conséquence une 
très grande tension de la trajectoire, qui permet de tirer 
jusqu'à 600 mètres sans se servir de la hausse, ce qui, avec 
les fusils de 8™™, n'est possible que jusqu'à 400™. En outre, 
la force de pénétration de la balle est suffisante pour tra- 
verser, à 50 mètres, une plaque de fer de 10 millimètres, et, 
à 12 mètres, une épaisseur de bois de chêne de 0™,69. 

La rapidité du tir, qui est de 2o coups à la minute dans 
les armes à chargeur allemandes et autrichiennes, atteint 
30 coups dans le fusil roumain; cet accroissement de rapi- 
dité serait dû en partie à la facilité d'extraction des étuis. 

D'un autre côté, la diminution de poids de la cartouche, 
qui ne pèse que 228^,5, soit 7 à 8 gr. de moins que celle des 
fusils de 8™™, permettra, sans surcharger les hommes 
et sans accroître les trains, de parer jusqu'à un certain 
point à l'augmentation de consommation des munitions. 

La cartouche est à bourrelet et la balle est revêtue d'une 
chemise d'acier recouverte de maillechort. La poudre sans 
fumée, adoptée après de longs essais, réunit toutes les con- 
ditions voulues, aussi bien sous le rapport des propriétés 
balistiques que sous celui de la conservation. 

En un mot, l'armée roumaine se voit en possession du 
type le plus perfectionné des fusils actuellement en service. 

RUSSIE. 
Fusil de 3 lignes (7'°'»,62), mod. 1886. 

Après avoir contesté longtemps le principe de la répé- 
tition pour le fusil de son infanterie, la Russie a fini par se 



CHAPITRE VI. 143 

rendre compte qu'elle ne pouvait se dispenser d'agir autre- 
ment que les autres puissances sous ce rapport. Aussi, dès 
que fut prise la résolution d'adopter une arme à répétition, 
la Commission nommée pour arrêter un modèle termina 
rapidement ses travaux. Par décision du 16/28 avril 1891, 
l'Empereur, à la suite d'expériences comparatives, a adopté 
pour l'infanterie russe une arme de petit calibre et à char- 
geur, qui a reçu le nom de fusil de 3 lignes (7°i™,62) modèle 
1891. Le modèle de cartouche présenté par la Commission 
a été également approuvé. 

Les renseignements publiés sur cette nouvelle arme sont 
très succincts. C'est une arme à verrou, dont la culasse 
mobile, d'un mécanisme fort simplifié, peut recevoir un 
double mouvement de rotation et de translation, comme 
celle de notre fusil modèle 1886, à laquelle on prétend qu'elle 
ressemble presque complètement. 

Le magasin, semblable à celui du Mannlicher, peut rece- 
voir 5 cartouches, qui y sont introduites par l'intermédiaire 
d'une lame-chargeur, comme dans le fusil belge, mod. 1889. 
Le système de répétition est, dit-on, celui de cette dernière 
arme. 

La cartouche a un étui en carton avec bourrelet; il con- 
tient une charge de 2«r,133 de poudre sans fumée, que l'on 
dit similaire de la poudre française. La balle, en plomb durci 
par l'antimoine avec chemise en maillechort, a une longueur 
de 4 calibres et un poids de 13 gr. 86, ce qui lui assure un 
poids élevé par unité de section. Les propriétés balistiques 
sont excellentes, et la balle, dont la vitesse initiale moyenne 
est de 615°», perfore à 300™, sans se déformer, un madrier 
de 0™,75 d'épaisseur. 

La fabrication de cette arme est poussée très activement, 
tant en France qu'en Russie; et il en est livré 500,000 
par an. 

Il parait que le gouvernement russe a chargé la manufac- 
ture d'armes de guerre d'Herstal de transformer 400,000 
fusils Berdan en fusils à répétition, mais on ne connaît pas 
le système de transformation employé. 



144 ARUE3 A FEU I>ORTATiyES. 

SUÈDE. 
Fosil mod. 1867-89. 

L'infanterie suédoise est encore armée du fusil Reming- 
toD, modèle 1867, du même modèle général que le fusil 
espagnol. Mais, comme ce fusil ne pouvait être conservé 
tel quel et que l'état des finances ne permettait pas d'en 
adopter un nouveau, on a décidé, en 1889, la transforma- 
tion du Remington en arme du calibre de S"""», mais sans 
système de répétition, en engageant un nouveau canon dans 
la monture du Remington, dont le mécanisme de fermeture 
a été conservé. Toutefois cette transformation n'a été 
opérée que dans les armes construites depuis 1867, 

Le système de fermeture, à bloc et à mouvement rétro- 
grade, a été muni d'un régulateur de percuteur, pour em- 
pêcher la détonation accidentelle de la cartouche. On a 
également adapté un extracteur plus énergique pour expul- 
ser l'étui vide. 

Les arêtes vives des rayures ont été arrondies, pour ne 
pas déchirer l'enveloppe de la cartouche. 




Fig. 96. 

La hausse a été modifiée de manière à la mettre en me- 
sure de servir pour les nouvelles distances de tir que 
permet d'obtenir la nouvelle poudre {fig. 96). 

La baïonnette , qui est longue de 0" , 494 et pèse 
4:20 grammes, s'engage sous le canon. 



CHAPITRE VI. 145 

Après avoir employé une poudre noire, dont la charge de 
4 gr. 7 donnait une vitesse initiale de 535 mètres à une balle 
de 15 gr. 5, on vient d'adopter une poudre sans fumée, dite 
apyrite. Une charge de 3 gr. 45 de cette poudre donne à la 
balle une vitesse initiale de 623 mètres. 

Malgré les propriétés balistiques satisfaisantes qu'il pos- 
sède, ce fusil ne s'est pas tout d'abord trouvé en état de 
résister aux pressions sensiblement plus grandes dévelop- 
pées par Tapyrite, et il a fallu renforcer l'appareil de fer- 
meture. 

Toutes ces recherches, modifications et transformations 
ne sont pas faites pour inspirer une confiance absolue dans 
les qualités de cette arme, qui ne peut évidemment consti- 
tuer qu'un palliatif, d'ailleurs assez coûteux. En eff'et, tout 
en ayant un calibre réduit et des propriétés balistiques, 
avec la poudre sans fumée, égales à celles des autres armes, 
ce fusil reste à un coup et laisse à désirer sous bien des 
rapports. 

On s'en est bien rendu compte en Suède, car une commis- 
sion vient d'être chargée d'examiner les armes à répétition 
des systèmes les plus récents et de proposer, à la suite 
d'expériences comparatives, un modèle de caraMne à répé- 
tition et de petit calibre. Il est probable que cette carabine 
serait le modèle unique, adopté aussi bien pour l'infanterie 
que pour la cavalerie, solution qui parait de tous points re- 
commandable. 

SUISSE. 

Fusil mod. 1889 (Fig. 97.) 

La Suisse, qui avait adopté dès 1869 un fusil Vetterli à 
répétition, constata déjà en 1885 que cette arme n'était plus 
à hauteur. Une commission d'étude fut constituée alors pour 
s'occuper de la question de l'armement de l'infanterie, et 
elle s'est prononcée, en 1889, non pour une transformation, 
mais pour un fusil de construction nouvelle. Après avoir 
hésité un certain temps entre deux modèles, elle s'est 'pro- 
noncée, à la suite d'expériences pratiques faites sur une cer- 
taine échelle, pour le système proposé par le colonel fédéral 
R. Schmidt, directeur de la manufacture d'armes de Berne. 

10 



ARX8S A FEC POBTATIVBâ. 



Ce nooveao fasU, do calibre de """.S, est à fermeture 
directe, avec mouvement tournant du Terroa> et ii est cons- 




truit pour le chargement par étui -chargeur de 1 2 cartouches 
sans bourrelet. 



147 

La. (mlasse moMle {fig. 98, 99 et iOd) comporte un cylindre 
allongé, renforcé à l'arrière, avec une rainure hélicoïdale 
permettant de transformer en mouvement de rotation le 
mouvement direct communiqué par le levier à la pièce for- 
mant manchon. Le mouvement d'armer s'effectue en rame- 
nant le percuteur en arrière par son anneau. Pour désar- 
mer, on engage le pouce de la main droite dans cet anneau, 
et on le laisse glisser lentement sous l'action de la dé- 
tente. 




Fig. aa. 

Un ressort-arrétoir de culasse empêche à volonté le jeu 
de la culasse et celui de la détente. Celle-ci est organisée 
de manière à agir plus doucement et à diminuer en même 
temps les chances de départ inopiné du coup. 




Il suffit de tirer la culasse mobile en arrière et de la ra- 
mener en avant pour extraire l'étui vide, amener une nou- 
velle cartouche dans la chambre et armer le fusil, qui se 
trouve alors prêt à faire feu. 

La hausse à cadran se distingue par un placement plus 
facile et par un appareil simple et ingénieux pour la dis- 
poser aux distances de 300, 400 et 500 mètres, qui sont les 
plus employées. Les divisions, graduées de 100 en 100 mè- 
tres, vont jusqu'à 2,000 mètres. 



148 



ARHBB A nV PORTATIVES. 



Le système de répétition ressemble beaucoup à celui du 
Tusil anglais. 

Le mâ^asfn est une boite en fer-blanc, disposée sous la 
culasse i. une certaine distance du pontet; cette botte-ma- 
gasin est maintenue par le levier^rrét de répétition (fer- 
moir), sur lequel il suffit de presser pour l'élever et le dis- 
poser pour le tir à répétition, ou pour l'abaisser ensuite et 
ne plus permettre que le tir coup par coup. En pressant sur 
la partie arrondie de ce levier, on peut séparer le magasin 
de l'arme. Cet arrôt de répétition est 
d'un maniement très commode. 

Le magasin reçoit 12 cartouches, 
qui peuvent y être introduites l'une 
après l'autre ou en deui paquets de 
six. Une 13" cartouche peut en outre 
être placée dans la chambre. L'enve- 
loppe en carton ou en papier compri- 
mé (/îfir. 101) est renforcée à sa partie 
inférieure par une garniture en tôle 
munie de quatre griffes repliées sous 
les cartouches. En raison de son peu 
de valeur, elle peut être jetée sans in- 
convénient. Le magasin peut être rempli en 8 secondes et tiré 
en 12 à ta secondes, parce que le tir à répétition peut s'ef- 
fectuer sans que l'arme quitte l'épaule. On arrive ainsi à 
tirer 30 coups par minute. Mais, en principe, le tir coup 
par coup sera la règle et le tir à répétition n'aura lieu que 
dans certaines périodes décisives. D'ailleurs, comme l'arme 
est un peu dure à manœuvrer, il est difl3cil6 d'ouvrir et de 
refermer la culasse sans la reporter, à. chaque coup, à hau- 
teur de la hanche. 

La monture est d'une seule pièce et elle recouvre entière- 
ment le canon jusqu'au guidon, remplaçant ainsi le tube- 
enveloppe en acier du fusil allemand. On estime, en Suisse, 
qu'un canon découvert et surchauffé mettrait en vibration 
l'air ainhiant, et par suite troublerait, pour le tireur, la 
netteté du but. L'embouchoir est une pièce bien com- 




Fig. m. 



La Mionnette, courte, en forme 
et se fixe sous le canon. 
Le démontage de l'arme a lieu très 



poignard, pèse 0^,400 
plement et s'ef- 



CHAPITRE VI. 149 

fectue sans le secours d'aucun outil. La baguette est sup- 
primée et remplacée par un fil métallique muni d'une brosse 
pour le nettoyage. 

La cartouche comprend l'étui, sans bourrelet, mais avec 
rainure d'extraction, la charge de 2 grammes de poudre 
sans fumée présentant beaucoup d'analogie avec la nôtre, 
et la balle en plomb durci. Cette balle, coiffée d'une calotte 
en acier (cuirassée), est entourée, sur sa partie cylindrique, 
d'une enveloppe de papier graissé. 

Résumé. — Le capitaine Studer, de l'artillerie suisse, 
signale les inconvénients suivants pour le fusil précédent : 

La saillie du magasin est trop grande et gêne le port de 
l'arme à l'épaule ; dans le démontage du magasin, le levier 
ne fonctionne pas d'une manière certaine; les paquets 
chargés peuvent se placer sur l'arme de quatre manières 
différentes, dont une seule est convenable. 

Le mécanisme de fermeture est compliqué et sa construc- 
tion laisse à désirer; le nettoyage de l'arme est difficile; 
lorsqu'on repose brusquement l'arme ou que la crosse 
frappe le sol, l'arme s'ouvre d'elle-même ; la manœuvre du 
mécanisme présente des difficultés ; lorsque, le coup parti, 
le soldat ouvre la culasse en conservant l'arme à l'épaule, 
il risque de se blesser à la figure s'il n'a pas soin de pencher 
la tête de côté. 

La réunion des deux parties du percuteur est insuffisam- 
ment assurée ; elle donne lieu à des ratés nombreux ; la 
hausse est difficile à manier, surtout aux petits distances ; 
les amorces se détachent des étuis de cartouches ; enfin, le 
nombre (67) des pièces séparées du fusil est trop considé- 
rable. 

On a également reproché à ce fusil : 1» le nombre fort 
élevé (1:2) des cartouches du magasin ; 2» l'absence de bour- 
relet dans les cartouches, ce qui occasionne des difficultés 
dans l'extraction des étuis vides ; 3" le défaut d'appropria- 
tion apparent de la culasse mobile au tir des nouvelles car- 
touches ; ¥ i'éloignement de la virole d'attache du culot de 
la cartouche. 

Par contre, ce fusil est élégant, facile à démonter, d'un 
recul très faible, et il permet le tir dans les meilleures con- 
ditions de vitesse, de justesse, déportée et de force de péné- 
tration. 

*10 



i50 ARMES A PEU PORTATIVES. 

SERBIE. 

Fusil Maaser-Milanovltoh. 

LMnfanterie serbe est armée du fusil Mauser-Milanovitch, 
du calibre de I0™°>j5, adopté en 1880, et qui était alors un 
des meilleurs fusils non à répétition . 

Bien qu'il n*ait rien paru d'officiel au sujet du changement 
de cet armement, il y a lieu de signaler que, en juillet 1892, 
le Ratnih a parlé de l'adoption d'un fusil à répétition du 
calibre de 7™«»,2, du système Koka-Milanovitch, avec fer- 
meture à verrou directe, magasin sous la boite de culasse 
pour le chargement avec lame-chargeur de cinq cartouches, 
comme dans le fusil belge. 

Dans les épreuves faites par le comité d'artillerie serbe, 
ce nouveau fusil aurait tiré une cartouche de23gr.28, dont 
la balle chemisée de nickel et pesant 'J2 gr. 4, avec une 
longueur de 29"»°*,376, aurait reçu une vitesse initiale de 
680 mètres avec une charge de 2 gr. 6 de poudre sans 
fumée (Pantélitch). 

TURQUIE. 
Fusil Mauser, mod. 1889. 

L'infanterie turque devait en principe être armée du fusil 
Mauser à répétition, du calibre de 9n»°»,5. Mais la construc- 
tion en ayant été retardée pour diverses causes, on en a 
arrêté la fabrication pour adopter, en 1889, un fusil du 
même système, mais du calibre de 7"*™,65, répondant mieux 
aux conditions du calibre réduit exigées aujourd'hui. On 
parle également de l'adoption d'une poudre sans fumée, 
aussi fournie par Mauser. 

Le fusil Mauser mod. 1889 est semblable au fusil belge, 
sauf que, pour la Turquie, on a supprimé le tube-enveloppe 
du canon, qui a été avantageusement remplacé, d'après les 
résultats constatés, par le renforcement du canon et une 
organisation spéciale de la monture. Le canon n'est plus 
conique, mais cylindrique. 

lidi baïonnette est d'un modèle japonai.^, c'est-à-dire très 
longue et tranchante. 



\ 



CHAPITRE VII. ISl 

Il existe encore en service 510,000 fusils de H™™,5 des 
systèmes Henry-Martini ou Peabody-Martini, et 220,000 fu- 
sils Mauser du calibre de 9«»"»,5 (mod. 1887). Pour arriver 
à Tunité de calibre, l'autorité militaire a fait étudier la 
question du remplacement des anciens canons par des ca- 
nons de 7°^"»,65. Des propositions pratiques ont été faites à 
ce sujet, mais on ignore la décision prise. On compte que 
le prix de la transformation reviendrait à 30 francs environ, 
car les nouvelles cartouches n'ayant pas de bourrelet, il 
faudrait également un nouvel extracteur. 

Le prix du fusil Mauser mod. 1889 est d'environ 88 fr. 75. 



CHAPITRE VII. 

EXPÉRIENCES EN COURS ET CONCLUSIONS. 
Fusil Daudeteau de 6'°'°,5. 

M. l'ingénieur Daudeteau, chef de bataillon de l'armée 
territoriale, a présenté un fusil de 6™°^,5 de son invention, 
bien avant le fusil Mannlicher. Dès 1882, il a produit des 
types d'armes de différents calibres et de divers systèmes, 
mais il a fait exécuter le fusil de 6™"»,5 en 1890. Le poids 
total de l'arme est de 3'',700. 

Le canon est recouvert d*un garde-main en bois qui se 
fixe, au moyen de la grenadière et d'un épaulement spécial, 
à la boite de culasse et va jusqu'à la grenadière, en livrant 
passage à la hausse. Il a quatre rayures, tournant de droite 
à gauche, au pas de O^^jSO et dont les pleins sont égaux à la 
moitié des vides. 

La hausse se rapproche du système français; elle se rabat 
en avant et en arrière ; ses crans sont triangulaires et le 
guidon a la même forme. 

La baïonnette, quadrangulaire, s'adapte au bout du 
canon sur l'extrémité du fût et dans le plan du tir. Un 
couteau-poignard peut lui être substitué. 

Le mécanisme de fermeture peut être établi de deux 
manières : 1® suivant le système du fusil français, c'est-à- 
dire que le verrou est relié à une tête mobile, qui porte les 



152 ARMES A FEU PORTATIVES. 

tenons d*appui; S^ par un verrou qui porte deux tenons 
disposés à droite et à gauche de la tranche antérieure, dans 
un plan perpendiculaire à celui du levier. Le verrou con- 
tient le percuteur et le ressort à boudin maintenu par un 
bouchon-écrou ; il porte Textracteur à droite. L'éjecteur 
est placé sous la boite de culasse; il consiste en un piston 
jouant dans un tube et actionné par un ressort; la téta de 
réjecteur fait saillie sous le verrou par une fente ménagée 
à cet effet et peut se placer assez haut dans la cuvette pour 
déterminer l'éjection de Tétui vers la droite. 

Le mécanisme de répétition rappelle celui du Mauser 
belge. Le magasin, qui contient cinq cartouches, fait corps 
avec la sous-garde, est fermé de tous côtés, excepté à la 
partie supérieure. Une porte ménagée sur le côté droit 
permet de l'ouvrir pour le nettoyage, le démontage et les 
théories. Ce magasin, n'étant pas ouvert par-dessous, n'a 
pas à craindre Tintroduction de corps étrangers pouvant 
en entraver le fonctionnement. L'élévateur tourne sur un 
axe qui fait corps avec la boite du magasin et qui peut être 
avec la plus grande facilité séparé de cet axe ou remis en 
place. Le magasin peut être garni, soit à la main, soit à 
l'aide d*un chargeur. 

Le chargeur ne pénètre pas dans le magasin, mais il sert 
uniquement à permettre l'introduction de cinq cartouches 
à la fois. A cet effet, on prend le chargeur de la main 
droite, on rapplique dans léchancrure de la boite de cu- 
lasse et on le fixe dans le logement qui lui est ménagé 
{fig. 102). Il suffit alors de croiser le pouce de la main droite 
jusqu'à l'articulation sur le paquet de cartouches et de 
presser légèrement pour faire descendre les cartouches 
dans le magasin. Le chargeur, resté en dehors, est expulsé 
par la fermeture même du verrou. On peut aussi engager 
une sixième cartouche dans la chambre, en appuyant sur 
les précédentes pour les maintenir dans le magasin. 

Ce chargeur peut servir, quel que soit son état d'oxyda- 
tion. On peut craindre que les bords de la boite de culasse, 
formant ressorts pour la distribution des cartouches, arri- 
vent à se fausser ou à se détremper. Cet inconvénient, qui 
ne peut se produire qu'après un long service, pourra être 
facilement constaté et réparé. 
Le magasin étant chargé, mais sans cartouche dans la 



CHAPITRE VII. 




iH ARMES A FEU PORTATIVES. 

chambre, le soldat peut fermer le verrou sans introduire la 
première cartouche dans la chambre, en ayant soin d'ap- 
puyer avec le pouce de la main gauche sur cette cartouche, 
qui se trouve à la partie supérieure du magasin. Dans ces 
conditions, il ne peut y avoir aucune chance d'accident à 
craindre, et il suffit d'ouvrir le magasin et de le refermer, 
pour introduire la cartouche supérieure du magasin dans 
la chambre et armer le chien. L'arme se trouve ainsi prête 
à faire feu, uniquement en exécutant le mouvement ordi- 
naire de la charge. 

Le fonctionnement du mécanisme consiste simplement à 
fermer la culasse pour entraîner la première cartouche 
dans la chambre, puis à faire feu, ouvrir la culasse pour 
expulser l'étui vide, fermer de nouveau et continuer ainsi 
jusqu'à ce que les cartouches du magasin soient épuisées ou 
que Ton suspende le tir. L'avantage de ce système sur 
ceux à chargeur, c'est qu'on peut regarnir le magasin sans 
que toutes les cartouches qu'il contient soient tirées. 

On peut à volonté tirer à magasin ou coup par coup, le 
magasin étant vide ou plein, car on a la faculté de rem- 
placer les cartouches une par une à mesure que l'on tire, 
de sorte que l'on est toujours à même de compléter comme 
on l'entend l'approvisionnement du magasin. Le fusil s'em- 
ploie avec ou sans magasin et peut être utilisé pour le tir 
coup par coup, même quand le soldat n'a plus de chargeurs 
ou que le mécanisme de répétition est dérangé. 

Le commandant Daudeteau a également pris des disposi- 
tions particulières pour éviter les enrayages provenant de 
ce qu'on appelle la double répétition ^ qui peut se produire 
de deux manières. 

La double répétition par défaut de mouvement en avant 
a lieu quand le soldat, par inadvertance ou par suite d'émo- 
tion, retire la culasse mobile en arrière sans l'avoir pous- 
sée à fond ou sans Tavoir fermée. La cartouche supérieure 
du magasin monte alors dans la boite de culasse et vient en 
prise du verrou. En poussant de nouveau le verrou en avant, 
il peut en résulter, non seulement l'enrayage du méca- 
nisme, mais encore le départ accidentel de la première car- 
touche par la balle de la deuxième agissant comme percu- 
teur. 

La double répétition par défaut de mouvement en 



CHAPITRE VU. 155 

arrière se produit lorsque, en ramenant la culasse mobile 
en arrière, le soldat néglige de la pousser à fond, jusqu'au 
point où l'étui doit être éjecté. Cet étui reste alors fixé à 
l'extracteur, tandis que la cartouche supérieure monte vers 
l'entrée de la chambre. En refermant le tonnerre, on pous- 
sera simultanément une cartouche et un étui, qui seront 
ainsi plus ou moins fortement coincés à l'entrée de la 
chambre. Il en résulte un enrayage complet du mécanisme, 
auquel on ne peut remédier en principe que par le démon- 
tage de l'arme pour retirer les cartouches coincées. 

Afln de parer complètement aux enrayages dans tous les 
cas, M. Daudeteau a imaginé un dispositif pour lequel il a 
pris un brevet et dont le fonctionnement automatique est 
aussi simple qu'infaillible. Deux ressorts distributeurs sont 
placés à droite et à gauche de la boîte de culasse, de telle 
façon que leurs bras fassent saillie dans cette boîte à des 
hauteurs différentes. Le ressort de droite, placé le plus bas, 
retient la deuxième cartouche, tandis que la première reste 
libre entre ce ressort et le ressort de gauche qui est 
au-dessus. 

Lors même que, par un mouvement inconscient, le soldat 
ramènerait la culasse mobile en arrière au moment où la 
première cartouche est poussée par le verrou dans la 
chambre ou à un point quelconque de la course, la deuxième 
ne monterait pas, parce qu'elle ne peut venir en prise du 
verrou que lorsque celui-ci a été complètement fermé. Le 
renfort du levier vient alors appuyer sur le bouton du dis- 
tributeur de droite, et la deuxième cartouche, n'étant plus 
retenue par le bec de ce ressort, peut monter près du 
verrou et viendra en prise de ce dernier lorsqu'elle aura 
été dégagée par le distributeur de gauche. Cette disposition 
rend donc impossible la double répétition par défaut de 
mouvement en avant. 

D'autre part, le ressort de gauche est disposé de telle 
façon qu'il ne peut laisser échapper la cartouche avant que 
l'éjecteur ait fonctionné. Dans ces conditions, il ne peut, 
dans aucun cas, se présenter deux cartouches ou étuis à la 
fois devant le verrou. 

La cartouche, à bourrelet et à gorge, contient une charge 
de 2 grammes de poudre RR sans fumée; elle pèse 21 
grammes et a 75 millimètres de long. La balle en plomb 



156 ARMES A PEU PORTATIVES. 

durci est entourée d'une chemise d'acier maillechort; la 
vitesse initiale, mesurée à 25 mètres de la bouche du canon, 
est de 715 mètres. La précision est extrême et le recul très 
faible. A 50 mètres, la balle traverse 55 planches de sapin 
sec de 25 millimètres d'épaisseur; à 100 met., 50 de ces 
planches, et à 200 met., 40. A 75 mètres, elle traverse une 
plaque d'acier de iO^^. Cette pénétration est naturellement 
plus puissante que dans les fusils du calibre de 8™°*, dont 
la vitesse ne dépasse pas 600 mètres. 

Résumé. — D'après les indications précédentes, cette 
arme parait posséder à un degré supérieur toutes les qua- 
lités du Mannlicher de même calibre, dont il va être ques- 
tion, et elle en possède même que ce dernier n'a pas. 

Fusil Mannlicher de 6»",5 (Fig. 403). 

L'ingénieur Mannlicher, directeur de la manufacture 
d'armes de Steyr (Autriche), a construit et fait expérimen- 
ter, dès 1891, un fusil du calibre de 6^^,^, qui a servi de 
base au fusil italien, vient d'être adopté par la Roumanie et 
ne tardera pas à Têtre par la Hollande. 

La. Revue cCartillerie, du mois d'août 1892, a donné sur 
cette arme et les expériences auxquelles elle a donné lieu 
les renseignements les plus complets, dont nous extrayons 
ce qui suit : 

Ce fusil ressemble beaucoup au fusil allemand mod. 1888. 
Le canon, plus étoffé, n'a pas de tube-enveloppe. Celui-ci 
est remplacé par un garde-main en bois, comme dans le 
fusil Daudeteau, qui permet de saisir l'arme à pleine main 
quand il en est besoin, notamment pour marcher à l'assaut, 
par exemple, quand le canon est échauffé. 

La hausse a son curseur muni d'un poussoir à ressort, 
dont la dent pénètre dans des crans convenablement espacés 
sur le bord droit de la planche. Cette disposition permet de 
faire mouvoir le curseur et de le fixer à la hauteur voulue 
en conservant l'arme à l'épaule. 

Le mécanisme de fermeture {fig. 104) diffère peu de 
celui du fusil allemand. Il est constitué par un cylindre pré- 
sentant à l'avant deux tenons de fermeture pleins, disposés 
symétriquement dans un plan perpendiculaire à celui du 
levier, et auquel s'adapte une tête mobile qui ne participe 



CHAPITfiE TH. 




jj^ ÀRUtSS A FEU PÛBTAnTES. 

pas au mouvement de rotation du cylindre. lie tenon de 
fermeture de droite, taîUé en rampe, sert à produire le dé- 
filement de la cartouche. Ce mécanifime de culasse est 
aimpUfié par l'adoption d'un éjecteur en forme de semeDe 
relié à la tête mobile, qui porte sur le côté ^^auche une rai- 
4:iure longitudinale dans laquelle cette pièce peut coulisser. 
En rabattant le levier du cylindre à droite, Péjecteur reste 
dans son logement à la partie gauche de la boite de calasse 
et maintient en place la tête mobile. En relevant ce levier, 
le tenon de fermeture placé à gauche du cylindre vient se 
placer de façon à être <5ontoumé par l'éjectenr. Enfin, an 
moment où le cylindre-, ramené en arrière, est à bout de 
/Course, réjecteur est arrêté par un butoir à ressort, fixé à 
la boite de culasse, -qtai Mt prononce* davantage sa saillie 
ejj avaat de la tête mobile et provoque ainsi lexpuMon de 
l'étui. 

Chjaque cartouche sortant du magasin est saisie immédia- 
tement par la griffe de Textracteur et est ainsi forcée d'ac- 
compagner ia culasse dans toas ses mouvements. Ceite dis- 
position a pour but d^éviter la double répétition par défaut 
de mouvement en avant, car la cartouche restant liée au 
mouvement de La culasse, empêche la cartouche suivante de 
quitter son logement et de venir se heurter à la première. 
Mais le système d'éjecteur Mannlicher n'évite pas la double 
répétition par défaut de mouvement en arrière, car il peut 
très bien arriver qu'une cartouche sorte du magasin par 
son extrémité antérieure avant que l'étui soit éjecté. 

Le magasin, faisant corps avec le pontet, contient un 
élévateur de cartouches actionné par un ressort plat. Il 
reçoit un chargeur en acier contenant cinq cartouches, où 
elles sont disposées : les trois du milieu avec leurs bourre- 
lets superposés, les deux autres le culot en avant du bour- 
relet de la cartouche voisine. Le mouvement ascensionnel 
provoqué par l'élévateur est limité par un arrêtoir, avec 
ressort à boudin logé dans le pontet. 

Ce magasin est ouvert par-dessous; le chargeur tombe 
par son propre poids lorsque la dernière cartouche en est 
sortie, sinon l'introduction du chargeur suivant suffît pour 
l'expulser. On peut retirer le chargeur à tout moment, 
quel que soit le nombre de cartouches qu'il contient, en 
ouvrant la culasse et en appuyant avec le doigt sur le pous- 



CHAPITRE VII. 159 

soir de Tarrêtoir, qui fait saillie dans la sous-garde, en face 
de la détente. L'élévateur, agissant alors sur Tétui placé à 
la partie inférieure, fait monter, avec les cartouches, le 
chargeur qui s'enlève sans difl3culté. 

Ce chargeur, excellent au point de vue de la rapidité du 
chargement et de la solidité de l'empaquetage des cartou- 
ches, n'est pas exempt de critiques. Ainsi, la rouille peut 
entraver son fonctionnement, l'ouverture qui existe à la 
partie inférieure du magasin est une porte donnant libre 
accès aux corps étrangers. En particulier, dans la position 
du tireur couché, le soldat sera tenu à de grandes précau- 
tions pour éviter l'introduction dans le mécanisme des 
objets qui couvrent le sol, et en pareil moment il ne son- 
gera pas toujours à prendre ces mesures de précaution. 

La cartouche à bourrelet contient 2 gr. 35 de poudre sans 
fumée de la poudrerie de Troisdorf, près Cologne. Cette 
poudre, à base de fulmi-coton, ne contient pas de nitro- 
glycérine; elle est plombaginée et a la forme de petites 
lamelles régulières. La balle en plomb pèse iO gr. 5; elle 
est chemisée d'acier ou de nickel. La cartouche de 77°»™, 7 
de long pèse 22 gr. 5. D'autres prétendent que la cartouche 
pèse 22 gr. 7 et contient 2 gr. 6 de poudre autrichienne 
mod. 1890. La vitesse initiale est de 710 mètres à 2o mètres 
•de la bouche du canon. 

Renseignements numériques (1). 

Longueur totale sans baïonnette 1™,225 

— avec baïonnette. 1™,481 

Poids total sans baïonnette S'', 845 

Canon |I^°g"eur 0°^,730 

( Longueur de la partie rayée 653™™, 5 

Î Nombre 4 

Profondeur G™™, i5 

Pas G™, 20 

i Longueur 77™™, 7 

Cartouche | Poids 22K',5 

(Poids de la charge 28^35 

RallP ILongueur .'îl™™,4 

"^"®- I Poids iGK^5 

Poids du chargeur 98',5 

Vitesse initiale 7 1 0™ 



(1) Deux modèles ont été expérimentés ne différant que par la longueur 
-du canon. Les renseignements donnés concernent le plus court, qui est géné- 
ralement adopté ; la longueur de l'autre est de 1™,285. 



11)0 ARMES A FEU PORTATIVES. 

Résumé, — Le fusil Mannlicher est une arme bien com- 
prise dans toutes ses parties; le mécanisme de répétition 
notamment est très simple. La justesse, la vitesse initiale, 
la portée et la force de pénétration sont sensiblement les 
mêmes que dans le fusil Doudeteau ; la vitesse de recul est 
très faible. Les diverses propriétés de la nouvelle arme 
constituent un avantage d'environ un quart en faveur de 
cette dernière sous tous les rapports. 

On peut lui reprocher de ne pas empêcher la double répé- 
tition par suite de mouvement en arrière, d'avoir un ma- 
gasin ouvert à la partie inférieure et surtout de ne pas per- 
mettre le chargement coup par coup. 

Autres expériences avec des fusils de calibres 

très réduits. 

Ainsi que nous Tavons indiqué, l'Autriche doit exécuter 
successivement des expériences avec des calibres de 6 mil- 
limètres, de 5«^™,5 et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'on soit 
arrivé à constater que les résultats donnés par le dernier 
calibre expérimenté sont inférieurs à ceux du calibre immé- 
diatement supérieur. C'est là évidemment un moyen pra- 
tique de déterminer le meilleur calibre. 

On expérimente, parait-il, des armes du calibre de 8 mil- 
limètres en Allemagne et en Russie; mais on n'a pas d'indi- 
cations à ce sujet. 

On prétend aussi qu'on a fait au Chili, avec le calibre de 
6 millimètres, des essais qui ont donné des résultats sur- 
prenants comme portée et force de pénétration. 

L'école de tir du camp de Châlons a également expéri- 
menté un fusil de 6"*"»,5, qui est la simplicité même. 

L'avantage le plus important de ces nouvelles armes con- 
siste surtout dans l'allégement du poids de Tarme et des 
munitions, ce qui permet de faire porter au soldat un plus 
grand nombre de cartouches sans augmenter sa charge 
actuelle, et constitue une atténuation sérieuse à l'augmen- 
tation de rapidité du tir. 

L'accroissement de vitesse initiale, en augmentant la 
tension de la trajectoire et la force de pénétration du pro- 
jectile, réalise également un progrès considérable, dont 
nous avons fait ressortir déjà les conséquences favorables. 



CHAPITRE VII. 161 



Conclusions. 



On peut conclure des considérations précédentes que les 
puissances qui ont le meilleur fusil sont celles qui ont 
changé leur armement les dernières. Il est donc certain 
que si les grandes puissances n'avaient pas adopté un fusil 
nouveau depuis quelques années à peine, elles n'hésite- 
raient pas à le changer en faveur d'un système plus parfait 
et surtout à plus petit calibre. Mais pourtant aucune n'a 
reconnu la nécessité indispensable d'arriver immédiatement 
à ce résultat, dont les avantages ne seraient pas en rapport 
avec les charges budgétaires, sans compter que les expé- 
riences en cours n'ont pas dit leur dernier mot. Dans tous 
les cas, il est certain qu'on est arrivé à vaincre les diffi- 
cultés qui s'opposaient à une réduction nouvelle du calibre, 
lesquelles consistent surtout dans les difficultés de rayage 
du canon et de nettoyage de l'arme. 

Il ne faut pas croire d'ailleurs que les armes de 8 milli- 
mètres ou environ ne seraient pas en état de lutter avec 
celles de 6 millimètres. En effet, les propriétés des pre- 
mières, sous tous les rapports, sont largement suffisantes, 
et leur seule cause réelle d'infériorité serait leur poids 
plus élevé, inconvénient qu'il y aurait lieu de compenser 
par un meilleur ravitaillement des munitions. Mais on peut 
admettre qu'il en sera de la nouvelle réduction du calibre 
comme il en a été des fusils à répétition, c'est-à-dire que, dès 
qu'une des grandes puissances aura adopté un nouveau fusil 
de 6™°» environ, toutes les autres seront obligées d'en faire 
autant, pour ne pas se trouver en état d'infériorité, au 
moins morale. C'est pourquoi il est prudent de se tenir au 
courant des expériences qui se poursuivent un peu partout, 
et d'avoir une solution toute prête pour le cas où elle s'im- 
poserait. Nous avons vu que nous ne serions pas pris au 
dépourvu. 

Mais, en dehors de la réduction du calibre, on peut 
demander aux divers éléments du nouveau fusil de réunir 
les conditions les meilleures, tant pour l'ensemble que dans 
les détails. La discussion de ces conditions, à laquelle nous 
avons consacré tous les développements nécessaires, l'expé- 
rience de ces dernières années, la comparaison des difle- 

11 



162 ARMES A FEU PORTATIVES. 

rents systèmes permettent de résumer, avec une précision 
suffisante, Tétat de la question et d'indiquer les qualités à 
réunir, ainsi que les défauts à éviter, pour la construction 
d'un fusil nouveau. 

Canon. — La forme tronconique est à préférer, avec 
bronzage extérieur pour éviter les reflets. Ce canon, en 
acier fondu au creuset, doit porter trois embases venues 
de fonte et destinées à recevoir le guidon, la hausse et le 
petit tenon de la baïonnette, pour éviter les brasages. Le 
tube-enveloppe est à rejeter, mais il doit être remplacé par 
un protège-main du genre de celui de notre carabine 
modèle 1890. 

La longueur du canon pourrait sans inconvénient être 
diminuée et fixée aux environs de 0"*,70, sans nuire aux 
propriétés balistiques et sans cesser de remplir toutes les 
conditions réellement nécessaires, quant à la longueur 
totale de l'arme. On allégerait ainsi le poids de celle-ci, qui 
deviendrait en outre plus maniable. 

D'après les expériences faites et les données actuelles de 
la question, il est à peu près certain que le calibre de 6 mil- 
limètres est celui qui a le plus de chance d'être adopté défi- 
nitivement, surtout parce qu'il ne parait pas possible 
qu'avec un calibre notablement inférieur on puisse mettre 
immédiatement hors de combat l'homme ou l'animal qui en 
reçoit le projectile. Le caractère foudroyant des blessures 
est une propriété essentielle d'une arme de guerre, et cette 
condition sera certainement l'obstacle principal à toute 
réduction exagérée du calibre, réduction dont on ne voit pas 
bien l'utilité pratique lorsqu'elle dépasse certaines limites. 

Les rayures des divers fusils les plus récents paraissent 
en général satisfaisantes. M. de Monbrison, dans l'étude 
déjà citée, donne la préférence au système Metford modifié, 
c'est-à-dire à des rayures tournant de droite à gauche, en 
nombre impair (5 ou 7) et en forme d'anse de panier [flg, 18), 
les pleins étant égaux au plus à la moitié des vides. Des 
expériences ont prouvé que, avec des balles à enveloppe 
métallique, ce genre de profil donne les résultats les plus 
avantageux; toutefois, les autres profils ne sont pas à 
repousser. Le nombre des rayures peut varier de 3 à 7, et 
leur pas de 0°^,24 à 0"»,30. 



CHAPITRE VII. 463 

Boîte de culasse. — Le modèle français remplit parfaite- 
ment les conditions voulues, c'est-à-dire assurer le loge- 
ment et la mise en place solide du mécanisme de fermeture 
et faciliter son fonctionnement. La forme intérieure et 
extérieure de la boite de culasse dépend naturellement de 
son but et de la forme des pièces qui doivent s'y mouvoir. 

Mécanisme de culasse. — Le système de fermeture à 
verrou a généralement prévalu, et celui du fusil français 
modèle 1886 est à recommander. La culasse mobile se com- 
pose en principe d'un cylindre et d'une tête mobile, reliés 
par une vis d'assemblage, et dont l'intérieur est creux pour 
livrer passage au percuteur et au ressort à boudin. En 
outre, une troisième pièce, le chien, est reliée au percu- 
teur, soit suivant le système du fusil français modèle 1 886, 
soit suivant celui du fusil allemand modèle 1 888, système 
qui sont équivalents. 

La tête moMle a sa partie postérieure d'un diamètre plus 
petit et munie de deux ergots diamétralement opposés, de 
manière à pouvoir s'introduire dans le cylindre. La tête 
mobile porte : 1® les tenons de fermeture, disposés symé- 
triquement, au nombre de deux ou de quatre, suivant la 
pression exercée sur la culasse par la charge pour obtenir 
une vitesse initiale de 800 mètres; 2» un renfort servant à 
loger l'extracteur et à limiter le mouvement en avant de 
la culasse mobile; 3° l'éjecteur. 

D'après M. de Monbrison, la question de l'extracteur n'a 
pas été résolue d'une façon satisfaisante jusqu'à présent, 
du moins pour les armes à obturation nécessitant un double 
mouvement. Pour éviter les reproches faits à l'extracteur 
du fusil français et du fusil allemand, il propose de procéder 
comme il suit : « Nous avons pensé qu'en logeant dans l'in- 
térieur du renfort de la tête mobile un extracteur du genre 
de celui du Berdan russe, n^ 2 (ftg. 105), ou même de 
celui du fusil français modèle 1886, nous donnerions à cet 
organe une plus grande puissance, car la longueur du ren- 
fort de la tête mobile du fusil proposé a plus du double 
comparativement à celle du fusil modèle 1886 français et 
modèle 1888 allemand. On objectera encore que notre extrac- 
teur tournera avec la tête mobile et exigera un aminci 
considérable; à cela nous répondrons qu'en adoptant quatre 



464 ARMES A FEU PORTATIVES. 

tenons d'attache au lieu de deux, l'aminci serait réduit au 
huitième de la circonférence et, par conséquent, serait bien 
petit. Mais alors même que le nombre des tenons d'attache 
resterait fixé à deux seulement, l'expérience faite en Russie 




Fig. 405. 

avec le fusil Berdan n<> 2, et en France avec le fusil modèle 
1886, depuis six ans, ne permet pas de douter du bon fonc- 
tionnement de l'organe modifié que nous proposons : c'est- 
à-dire, soit un extracteur du type Berdan n» 2, soit un 
extracteur du type modèle 1886 français, mais plus allongé. 
Du reste, il serait possible de construire, surtout avec la 
fermeture à quatre tenons, une culasse mobile possédant 
un extracteur pareil à celui de la carabine autrichienne 
modèle 1890, mais nous n'y verrions pas un grand avantage. » 
Le verrou à mouvement rectiligne, comme en Autriche 
et en Suisse, supprime les difficultés d'extraction; d'un 
autre côté, la simplicité du mécanisme et la régularité du 
fonctionnement peuvent militer en sa faveur et le faire 
suivre de très près notre culasse mobile du fusil modèle 
1886. En effet, ce genre de verrou présente les conditions 
essentielles pour résister aux pressions exercées sur la 
culasse par les nouvelles poudres, c'est-à-dire une ferme- 
ture symétrique et des tenons d'attache aussi rapprochés 
que possible du culot de la cartouche. 

Mécanisme de répétition. — On est d'accord pour ad- 
mettre le chargement au moyen de paquets de cartouches 
s'introduisant d'un seul coup dans le magasin. Mais, comme 
le tir à répétition doit être l'exception et non la règle, on 
admet généralement que Tarme doit pouvoir être chargée, 
non seulement au moyen de chargeurs, mais aussi coup 



CHAPITRE VII. 165 

par coup, de manière à éviter autant que possible le gas- 
pillage des munitions. 

Le ijiécanisme du Mannlicher autrichien de 6°^™,5 est celui 
qui parait le mieux remplir cette double condition, ainsi 
que celui de la carabine autrichienne modèle 1890. Ce mé- 
canisme, très simple, se compose d'un élévateur actionné 
par un ressort plat, avec un arrêtoir de chargeur actionné 
par un ressort à boudin. Le chargeur sert au transport et 
à la distribution des cartouches. Mais il y aurait lieu de 
modifier ce mécanisme pour faciliter le chargement de 
Tarme cartouche par cartouche. 

Le système de lames-chargeurs^ comme en Belgique, en 
Roumanie, etc., ne paraît pas aussi pratique que celui avec 
boîtes-chargeurs, bien que ces dernières constituent une 
dépense et un poids mort plus considérables (environ 10 ^/o). 
En effet, avec les lames- chargeurs, les bords de la boite de 
culasse doivent former ressorts pour servir à la distri- 
bution des cartouches, de sorte qu'ils ne tarderont pas à 
se fausser, à se détremper, et, par suite, à être hors d'état 
de fonctionner. 

Organes de pointage. — La hausse la meilleure est celle 
dont les cadres peuvent le plus facilement surveiller le ma- 
niement, et, à ce point de vue, il semblerait préférable de 
n'avoir qu'un mode de fonctionnement. L'inconvénient d'un 
système de hausse combiné ne parait pas bien sérieux, et, 
à l'avenir, il sera d'autant plus aisé d'arriver au résultat 
indiqué que Ton pourra probablement tirer jusqu'à 700 
mètres avec la ligne de mire naturelle. Le cran de mire 
circulaire et le guidon à tête arrondie de notre fusil modèle 
1886 paraissent bien compris. Les diverses puissances ont 
d'ailleurs en général conservé les organes de pointage de 
leurs anciens fusils, en les modifiant plus ou moins. 

Monture. — Toutes les nouvelles armes ont une monture 
d'une seule pièce, à l'exception des fusils anglais et fran- 
çais, dans lesquels l'emploi de boites de culasse à forme 
aplatie a forcé à faire la monture en deux parties : la crosse 
et le fût. Cette disposition facilite sensiblement le choix et 
le travail des bois ainsi que le montage et le démontage du 
mécanisme. Il semble préférable de creuser un peu le talon 



166 ARMES A FEU PORTATIVES. 

de la crosse, de manière que cette partie emboîte l'épaule 
pendant le tir. 

Lorsque le fût entoure le canon en dessus et en dessous, 
il est divisé en deux parties qui ne touchent pas le canon, 
mais viennent prendre appui, à l'arrière sur la boîte de 
culasse, et à l'avant sur une bague venue de fonte qui porte 
le guidon. Une ouverture est ménagée dans la partie supé- 
rieure (protège-main) pour donner passage à la hausse. 

Garnitures. — Le système à préférer serait des boucles 
ouvertes avec vis de réglage. 

Baïonnette. — La longueur de notre épée-baïonnette 
(O^jSl) dépasse de beaucoup celle des fusils adoptés récem- 
ment par les autres puissances, où elle est en moyenne de 
0°^,3o. Elle serait ainsi plus légère, plus solide et exercerait 
une influence moins nuisible sur le tir quand elle serait 
placée au bout du fusil. Il parait en outre préférable de la 
placer sous l'axe du canon qu'à droite. 

Cartouche. — La cartouche doit être à bourrelet, pour 
faciliter l'extraction des étuis. La forme générale de Vétui 
qui parait la mieux comprise est celle indiquée dans la 
figure 104. La lalle^ en plomb durci, est recouverte d'acier 
doux ou de maillechort, mais ce dernier métal, moins dur, 
paraît mieux convenir pour la bonne conservation de 
l'arme. Le poids de la cartouche, de la balle et de la charge 
de poudre sont variables d'après le calibre et la nature de 
la poudre. Cette dernière a une influence considérable sur 
la régularité du tir, sur la tension de la trajectoire et les 
propriétés balistiques; mais il est prouvé que la poudre 
française est jusqu'à présent la meilleure et la plus stable. 

FUSILS DIVERS. 

En dehors des armes adoptées ou expérimentées dans les 
diverses armées, il y a lieu de signaler en passant des appli- 
cations, pour le moment plus originales que pratiques, des 
progrès de la science à des fusils, soit en vue de supprimer 
certains mouvements pour accélérer encore davantage le 
tir, soit en supprimant l'emploi des explosifs comme agents 
de projection. 



CHAPITRE VII. 167 

C'est ainsi qu'on a cherché à faire partir le coup au 
moyen d'un fusil électrique. 

Il convient également de signaler l'application faite par 
l'inventeur Hiram Maxim de l'utilisation de la force du recul 
pour faire fonctionner le mécanisme et obtenir ainsi un 
véritable fusil automatique. 

Enfin, l'idée de remplacer la poudre par un gaz liquéfié, 
qu'a eue notre concitoyen Paul GifFard, est assez ingénieuse 
pour mériter d'être indiquée avec quelque détail. 

En effet, ces diverses inventions peuvent, en étant ame- 
nées au degré voulu de perfection, devenir suffisamment 
pratiques pour produire une véritable transformation dans 
l'armement portatif et, dans tous les cas, il est bon d'être 
fixé sur la valeur réelle de ces inventions dans leur état 
actuel. 

Fusil électrique. 

On sait qu'en produisant le départ du coup au moyen 
d'une détente on peut, en agissant trop brusquement sur la 
détente, donner ce que l'on appelle le- coup de doigt et 
déplacer ainsi l'arme correctement pointée; 

Pour éviter cet inconvénient, on a cherché à enflammer 
la charge par l'électricité. Divers essais ont été tentés dans 
cette voie, mais, jusqu'à présent, aucun des modèles présen- 
tés n'était réellement pratique. Le mieux conditionné des 
fusils de ce genre est celui qui a été présenté, en 1883, à 
l'exposition d'électricité de Vienne, par M. Henri Pieper, de 
Liège. 

Cette arme {fig. 106) a l'apparence d'un fusil ordinaire, 
mais sans chien ni mécanisme de sûreté. A l'extérieur on 
ne voit, sauf le canon et le logement de la culasse, qu'une 
détente ordinaire avec sous-garde ; la crosse est terminée 
par une plaque de couche métallique. Il n'y a pas d'appareil 
de fermeture. 

Ainsi qu'on le voit dans la figure, la crosse est percée 
dans toute sa longueur, et, dans le canal ainsi ménagé, est 
engagée une baguette en fer, dont l'extrémité antérieure 
est en contact avec la détente. En appuyant sur celle-ci, la 
baguette est mise en contact avec une autre plus courte, 
dont l'extrémité antérieure, isolée par une enveloppe de 



tas AEMES A PEU POKTATiVES. 

caoutchouc, -vient aboutir justeau centre du fond du canon. 
L'étui métallique de la car- 
touche est pourvu, au lieu 
d'une amorce, d'une pointe 
en cuivre placée exactement 
au centre et assez longue 
pour dépasser la charge de 
poudre (/îgf.lOT). Cette pointe 
est consolidée au fond de la 
cartouche et isolée par une 
couche de caoutchouc durci. 
La poudre est surmontée 
d'une bourre en carton, per- 
cée en son milieu d'une ou- 
verture garnie d'une douille 
en laiton. D'un côté le car- 
ton est recouvert d'une mince 
feuille de cuivre, qui relie les 
parois métalliques de la car- 
touche à la douille en laiton. 
L'inSammation de la charge 
est produite par une étin- 
celle électrique ; le courant 
y est dirigé par les deux 
pôles de l'accumulateur. A 
cet effet, le mécanisme de 
fermeture est relié à l'un des 
pôles, la plaque de couche, 
et, par suite, également à 
l'autre pôle, au moyen de la 
baguette directrice isolée 
dans la monture. 

L'électricité est fournie 
par un accumulateur assez 
petit pour que le tireur puisse 
le porter dans la poche de 
sa veste. Pour tirer, on com- 
mence par relier les deux 
pôles de l'accumulateur au 
fusil. Le courant, dirigé d'un 
côté dans le mécanisme de 




CHAPITRE Vil. 169 

fermeture, assure la communication entre le canon, la 
cartouche, la petite feuille de cuivre de la bourre et la 
douille métallique. La communication avec l'autre pôle 
n'a lieu qu'en mettant en joue, car alors la plaque de 
couche est mise en contact avec un tissu métallique fixé 
à répaule du tireur et relié à l'appareil électrique. Le cou- 
rant, partant de la plaque de couche, est dirigé par l'inter- 
médiaire de la baguette jusqu'à la détente, et, lorsqu'on 
presse sur cette dernière, le courant se transmet au moyen 
de la petite baguette isolée et la pointe également isolée 
de la cartouche jusqu'à la douille en laiton, où les deux 
pôles se rapprochent suffisamment pour faire jaillir l'étin- 
celle qui enflamme immédiatement la charge de poudre. 

Aussitôt que la pression des gaz a expulsé la bourre, le 
courant est rétabli, de sorte que la force acquise, au lieu 
d'être perdue par l'action du doigt sur la détente, constitue 
une réserve pour la continuation du tir. 

L'accumulateur peut se conserver pendant quinze jours 
et contenir l'électricité nécessaire pour tirer 1000 car- 
touches. 

Fasil automatique Maxim. 

L'ingénieur américain Hiram Maxim, inventeur d'une 
mitrailleuse automatique, a imaginé un fusil dont le méca- 
nisme fonctionne automatiquement. Il est arrivé à utiliser 
la force du recul pour armer, charger et fermer la culasse, 
de sorte qu'il ne reste au tireur qu'à provoquer le départ 
des coups, en pressant sur la détente au moment voulu pour 
que le chargement de l'arme soit immédiatement effectué. 
Le nombre de coups à tirer ainsi automatiquement corres- 
pond au nombre de cartouches renfermées dans le ma- 
gasin. 

Le mécanisme de culasse, presque identique à celui du 
fusil Winchester, est indiqué dans les figures 108, 109 et 
1 10. La culasse mobile se compose d'une longue tige T for- 
mant verrou et remplissant plusieurs buts : ramenée en 
arrière, elle découvre l'entrée du canon, arme le chien et 
extrait l'étui vide ; poussée en avant, elle introduit la car- 
touche dans le canon et fait fonction de percuteur sous l'ac- 
tion du chien. 



ABMES A FEU PORTATIVES. 




CHAPITHE VII. 



Les cartouches sont à inâamtnation périphérique, et ce 
sont deux petites pointes, fixées à l'extrémité du verrou. 




qui remplissent l'office do percuteur. A cet effet, la culasse 



172 ARMES A FEU PORTATIVES. 

mobile est mise en mouvement au moyen de deux leviers l 
et l\ articulés en e, mus par le levier î, réuni au mécanisme 
automoteur. Le premier de ces deux leviers articulés est 
réuni à la culasse mobile en h, le deuxième à la boîte de cu- 
lasse en f. Quand la culasse est fermée, les trois axes fe h 
sont en ligne droite et l'action du recul se reporte sur le 
rempart. Lorsqu'on met le levier î en mouvement, les deux 
leviers l V se rapprochent, la tige T recule et, dans son 
mouvement, rencontre le chien, qu'elle met dans la position 
du bandé. 

La douille est extraite en même temps et une nouvelle 
cartouche est amenée dans Taxe du canon. Lorsqu'on presse 
sur la détente, le chien mis en liberté vient frapper sur le 
verrou T, et les deux pointes fixées à l'extrémité de ce der- 
nier déterminent l'inflammation de la cartouche. 

Le mécanisme automatique répétiteur est indiqué dans 
les figures 108, 109 et 110. Ce mécanisme consiste essentiel- 
lement en une plaque de couche A, qu'on appuie fortement 
à l'épaule au moment de faire feu ; elle se rapproche de la 
crosse et détermine la tension des deux ressorts & et c, par 
suite de l'absorption de la force du recul. 

Ce mécanisme fonctionne de la manière suivante : 

Le mécanisme étant dans la position de la figure 108, au 
départ du coup la crosse, en reculant, vient porter contre la 
plaque a et comprimer les ressorts ô et c; le levier L, qui 
est relié à la plaque de couche par une charnière, glisse sur 
la roulette r fixée à la tige ^, vient saisir par une encoche c 
la grifle g et s'y trouve maintenu par l'action du ressort m. 
Les diverses parties du mécanisme de crosse occupent alors 
la position représentée par la figure 109. 

Ainsi que le montre la figure 1 1 0, les différentes pièces de 
la fermeture de culasse sont disposées de manière à néces- 
siter une force considérable pour que la culasse puisse s'ou- 
vrir au moment où les gaz de la poudre agissent sur la car- 
touche. En eô'et, ceux-ci pressent l'une contre l'autre les 
deux branches des leviers articulés l et l' et s'opposent au 
mouvement de descente de l'axe e, et, par suite, à la rota- 
tion du levier i. Mais, dès que cette pression cesse, la fer- 
meture se desserre et le ressort r' commence à agir, en ce 
sens qu'il presse sur la tige ^, et celle-ci actionne les leviers 
h et i. Par suite du mouvement du levier f, le bloc est ou- 



CHAPITRE VII. 173 

vert, le chien armé, Tétui vide extrait et une nouvelle car- 
touche sort du magasin. 

On voit {fig. 110) que, dans les mouvements respectifs qui 
se sont produits, la roulette r a glissé jusque contrôla 
griffe g^ soulevant le levier L et le dégageant de la griffe. 
Dès lors, sous l'action du ressort, la tige t et la plaque a 
sont poussées vers l'arrière et prennent les positions indi- 
quées figure 108. En même temps la culasse se ferme, le 
levier i reprend sa position première en ramenant le ver- 
rou en avant, et le fusil est alors prêt à tirer sans que le 
tireur ait fait un mouvement pour arriver à ce résultat. 

Pour éviter tout départ prématuré du coup, un système de 
sûreté est joint à la détente {fig. 109 et 110). Lorsque la 
sous-garde h est abaissée, une pièce o, pressée constam- 
ment de haut en bas par un ressort p, vient s'engager en 
une griffe ; dans une encoche de la détente et immobilise 
celle-ci. Lorsque la sous-garde se relève, la pièce o est sou- 
levée par le bras h et dégage la griffe ^ de Fencoche de la dé- 
tente; par suite, celle-ci est rendue libre, et le tireur peut 
faire partir le coup. 

Ce système est très ingénieux mais peu pratique; le mé- 
canisme est assez compliqué et assez délicat pour qu'on ne 
puisse considérer une arme de ce genre comme une arme de 
guerre. En outre, pour pouvoir fonctionner dans de bonnes 
conditions, le magasin doit contenir un nombre de car- 
touches assez considérable, etc. 

Fusil à gaz liciuéfié de M. Paal Giffard. 

La carabine que M. Paul Giffard a présentée en 1889 à la 
Chambre de commerce de Saint-Etienne possède une car- 
touche ou récipient métallique contenant du gaz liquéfié. 
Chaque fois que Ton tire, une goutte plus ou moins grosse 
du gaz liquéfié (suivant la force que Ton veut donner au 
projectile) sort du récipient et projette ce projectile avec 
une régularité, une justesse bien supérieure au tir des 
armes dont on se sert actuellement, régularité due à l'ab- 
sence totale d'encrassement. 

Voici la description du système à une carabine de 
salon : 

Le gaiz liquéfié est contenu dans une cartouche en acier C 




L 

VV^^ 1 «aâlE ie J11 - -ME1 sir- La. b^- 

I H I notai i ymc ^m ?arxr le sosn. 

^^^■^^ j^w l'^zvésiuié 4 ie la. •tftpt ; ^ 

i'iae Inogneor RsJiie par tti^ 

■ja&âî. n. s'écliappe alor?, en. x. 

niK eecxatne unancté de gaz II- 

inéflê, iiTii <di33se «i aTanx le 

prrij<KtUe préalablennai întroJaiE 

<tjuui 1« easoa psr aoe oarertare 

t\ JnCSJ placée ea xraiU da cfaiân- La sou- 

Lf^ijpP' pape X est en même temps re&r^ 

■ hij^'l mée par la. preanôc même du li- 

'• ^ --**-*«'' / LasïroaseardGlagoattedegaz 
Vuiné&é est r^lée par la vis c 
contre laquelle Tient bâter le 
chien. Le réserroir eo acier con- 
tient 100 grammes de liquide, et, 
comme il suffit d'un tiers de 
(framme pour chaque coup tiré, 
la même cartouche peut donc ser- 
vir pour 300 coups. 

Il convient d'ajouter que jus- 
([u'alors on n^a fait des expé- 
riences ((u'avec des carabines de 
tir ou de salon ot des pistolets de 

toulo iinturo : Hiin'>s dhitquo coup tiré, on introduit la balle 

ou Ia olmrtrtMtc )>)oiiil<. 
La soett^ti^ «tt^'lmiioiso, constituée pour l'esploitation 




CHAPITRE VIII. 175 

exclusive en France des brevets de M. Paul Giffard, a dé- 
claré qu'elle n'a pas la prétention de fabriquer des armes 
de guerre système Giflfard, car rien ne laisse supposer jus- 
qu'ici qu'on puisse atteindre ce résultat, la pression des 
gaz étant insuffisante pour des fusils tirant avec des vitesses 
initiales de 600 mètres. M. Paul Giffard fait des recherches 
en vue d'augmenter la pression et la vitesse. Mais il reste 
des progrès considérables à réaliser avant que la détente 
du gaz puisse être employée comme force propulsive dans 
les armes de guerre. 

L'inventeur espérait également arriver à appliquer son 
système aux plus grosses pièces d'artillerie ; mais, d'après 
les explications précédentes, on peut voir que le problème 
est loin encore d'être résolu. 



CHAPITRE VIII. 

POUDRES DITES SANS FUMÉE. 

Historique. — Pendant très longtemps on a fait un usage 
exclusif des poudres noires pour les armes à feu, et l'on ne 
s'est occupé sérieusement de les perfectionner que depuis 
une quinzaine d'années. Jusqu'alors, on avait au besoin mo- 
difié la structure des grains en raison de la variété des con- 
ditions à remplir suivant la nature ou le service des armes, 
mais on ne s'était nullement préoccupé de trouver un autre 
produit supprimant radicalement les inconvénients, d'ail- 
leurs assez nombreux, que présentaient les poudres en 
usage. 

Nous devons signaler pourtant les essais que l'on fit, en 
1840, en vue de substituer à la poudre ordinaire le coton- 
poudre, dont les propriétés balistiques sont trois fois plus 
puissantes, et ont, en outre, l'avantage de ne produire ni 
encrassement ni fumée. Malheureusement, ces qualités 
étaient contrebalancées par des effets brisants très redou- 
tables, que l'on ne put arriver à supprimer pratiquement 
par les modifications apportées à cet explosif. 

Cependant, sans parler ici des recherches faites au sujet 



176 ARMES A PEU PORTATIVES. 

des poudres pour canon, il y a lieu de constater que l'on 
continua dès lors à s'occuper, sans bruit et sans enthou- 
siasme, de trouver, pour les armes portatives, une poudre 
ayant des propriétés balistiques plus grandes que les pou- 
dres employées, de manière à permettre la réduction du 
calibre. En outre, ces poudres devaient être moins vives 
pour ne pas compromettre la résistance du canon et pour 
diminuer Ténergie du forcement, en même temps qu'elles 
ne devaient pas produire d'encrassement, afin de ne pas 
enlever toute précision au tir après quelques coups. Divers 
produits furent expérimentés, mais aucun ne présentait les 
garanties suffisantes et la question paraissait devoir rester 
longtemps encore dans le statu quo, lorsque tout à coup on 
apprit que le problème avait reçu en France une solution 
pratique. 

Dès l'apparition de la cartouche mod. 1886, on ne manqua 
pas de constater tout d'abord les avantages balistiques résul- 
tant de la vitesse initiale considérable que la nouvelle 
poudre imprimait au projectile (640 mètres au lieu de 
430 mètres), avec une charge très faible (2 gr. 7 au lieu de 
5 gr. 25), c'est-à-dire une justesse, une portée et une force 
de pénétration sensiblement augmentées. Mais on ne com- 
mença à discuter que deux ans après les avantages résul- 
tant de l'absence presque complète de fumée et de la dimi- 
nution du bruit de l'explosion. Ces propriétés étaient dues 
à la force d'expansion considérable de la nouvelle poudre, 
dont l'explosion, pour ne pas produire d'encrassement, ne 
donnait plus de résidus solides, mais uniquement des gaz et 
des vapeurs sans poussière venant les obscurcir, rendant 
pour ainsi dire une fumée invisible. Toutefois, cette der- 
nière qualité, qui n'était qu'accessoire, ne tarda pas à 
attirer l'attention au point de passer pour la plus impor- 
tante et de faire désigner les nouvelles poudres par cette 
propriété. 

Naturellement, les autres puissances ne voulurent pas 
rester en arrière à ce point de vue, et toutes, ou à peu près, 
sont arrivées à adopter une poudre possédant soi-disant 
les pi*opriétés signalées pour la poudre française, mais sans 
que' rien, comme nous le verrons, puisse prouver que cette 
prétention soit justifiée. 



CHAPITRE VIII. 477 

Conditions à exiger. — Les conditions à remplir par une 
poudre convenable pour les armes de petit calibre découlent 
des propriétés générales indiquées plus haut, et que Ton 
peut classer dans Tordre suivant : 

lo Propriétés balistiques aussi étendues que possible, 
c'est-à-dire grande tension de la trajectoire, impliquant 
justesse, portée et pénétration, mais avec des pressions 
modérées et uniformes, pour ne pas faire éclater le 
canon ; 

2» Suppression aussi complète que possible de V encras- 
sement ^ car, s'il en était autrement avec des armes de petit 
calibre, le canon, chargé de résidus, aurait perdu toute 
justesse après un tir de quelques coups; 

30 Absence de fumée, ou plutôt fumée presque invisible, 
d'abord pour ne pas déceler la position du tireur à la suite 
du départ du coup, ensuite pour apercevoir soi-même l'ad- 
versaire, c'est-à-dire avoir le grand avantage de voir sans 
être vu, si l'on est bien abrité par un couvert. Cet avantage 
a une importance telle que la tactique s'en trouve révolu- 
tionnée. 

Uabsence ou la diminution du bruit n'existe que dans 
une certaine proportion, et l'on comprend qu'il n'est pas 
possible, d'après les principes lès plus élémentaires de la 
physique, de l'obtenir complètement en déplaçant brusque- 
ment des masses d'air. Nos poudres pourtant réalisent cet 
avantage plus que les poudres étrangères ; mais, dans tous 
les cas, il faudrait bien se garder de tirer des conséquences 
trop générales de cette propriété, car elles ne pourraient 
que fausser les idées, attendu qu'on se rend bien mal 
compte des distances ou de la direction lorsqu'on n'a pas 
d'autre indication que le son ; 

40 Suppression de tout danger dans la fabrication, le 
maniement et le transport. — Une pareille condition est 
indispensable et s'explique d'elle-même. C'est précisément 
parce que certaines poudres, bien que très puissantes, ne 
la réalisent pas d'une manière sûre et complète, qu'on a dû 
y renoncer. Notre poudre, à l'air libre, brûle lentement, 
silencieusement, avec une flamme claire, en ne produisant 
pour ainsi dire qu'une vapeur presque insensible, qui dis- 
parait à peu près instantanément et n'empêche jamais de 
distinguer le but. Sa force ne se développe que lorsqu'elle 

12 



178 ARMES A FEU PORTATIVES. 

est renfermée dans un tube, avec un projectile par devant 
et une amorce spéciale. Ainsi, l'incendie d'un wagon chargé 
de munitions de poudre Vieille ne produirait pas d'explo- 
sion et ne causerait que des dégâts insignifiants. On n'a 
d'ailleurs pas eu, jusqu'à présent, le moindre accident dans 
la fabrication, la manipulation ou le transport de cette 
poudre. Mais il n'en a pas toujours été ainsi pour les 
poudres étrangères. 

50 Conservation facile et assurée. Cette question de la 
conservation des munitions a aujourd'hui une importance 
capitale; car, avec les approvisionnements considérables 
qui sont nécessaires, il serait impossible de les compléter 
ou de les refaire au moment du besoin, si l'on venait à con- 
stater alors qu'une partie ne peut être utilisée. Il ne ser- 
virait à rien d'avoir un excellent fusil, si celui-ci manquait 
de cartouches. 

La plupart des poudres sans fumée, sauf la nôtre, sont de 
fabrication trop récente pour que l'on puisse être sûr que 
leur conservation est certaine, qu'elles ne se décomposent 
pas par exsudation ou autrement, ce qui diminuerait leur 
énergie, ou qu'elles ne peuvent produire des combustions 
spontanées. 

60 Recul aussi faiUe que possible. On arrive ainsi à pou- 
voir tirer longtemps sans trop de fatigue et, par suite, avec 
plus de chance de justesse. Les nouvelles poudres pré- 
sentent une diminution de recul très sensible sur les an- 
ciennes, et l'on peut en attribuer la cause à l'instantanéité 
de l'explosion. Les gaz étant produits instantanément à 
haute pression, le projectile est brusquement chassé de 
l'àme, dont il est sorti même avant que l'arme, par suite de 
l'inertie de sa masse, ait pu faire le moindre mouvement. 

70 Utilisation complète des propriétés de la poudre. Par 
suite de l'instantanéité de la combustion, les gaz étant com- 
plètement formés avant que le projectile ait pu se déplacer 
d'une façon sensible, c'est par l'effet progressif de leur 
détente régulière qu'il est projeté en avant, de sorte que 
l'action des rayures se fait sentir pendant un long par- 
cours. C'est ce qui explique l'accroissement de justesse et 
de portée du nouveau fusil, et c'est ce qui a fait dire que 
ces poudres sont, non des explosifs au sens propre, mais 
des moteurs mécaniques. 



CHAPITRE VIII. 179 

Avantages et inconvénients. — Les nouvelles poudres 
ont eu pour première conséquence de permettre la réduc- 
tion du calibre des armes portatives, tout en augmentant 
leurs propriétés balistiques. En joignant à ces avantages 
celui qui résulte de l'absence de fumée, on est arrivé à pos- 
séder une arme beaucoup plus redoutable que les précé- 
dentes et aux feux de laquelle il ne faut plus songer à s'ex- 
poser à découvert. Par suite, il devient indispensable de 
donner le moins de prise possible au tir ennemi, de profiter 
de tous les couverts et accidents du sol pour se défiler, de 
chercher en un mot à voir sans être vu pour profiter des 
avantages de la surprise. En outre, Tofifensive, la recon- 
naissance qui précède le combat, le rôle de la cavalerie, etc. 
deviendront beaucoup plus difficiles, et bien des points de 
la tactique des diverses armes devront être modifiés. 

Cependant, bien que rendue plus difficile, l'offensive n'en 
doit pas moins être la règle, le but final, et conserver toute 
sa supériorité morale: Il faudra donc s'efforcer d'habituer 
les troupes d'infanterie à se masquer et à s'abriter, tout en 
conservant leurs aptitudes à l'offensive, à laquelle elles 
doivent passer aussitôt que les circonstances le permettent. 
L'absence de fumée ne peut d'ailleurs qu'exercer un excel- 
lent effet sur le soldat français, qui aime à envisager le 
danger en face et dont les obstacles ne font qu'enflammer le 
courage, à la condition toutefois qu'il sache exactement ce 
qu'il doit faire dans tous les cas, c'est-à-dire que des règles 
claires et précises, ainsi qu'une instruction pratique, ne lui 
laissent aucun doute sur la manière d'attaquer, de se 
défendre, de se couvrir, d'avancer, de tirer, etc. 

D'ailleurs, la diminution du bruit et l'absence de fumée 
se feront sentir d'une manière différente suivant que les 
troupes seront engagées ou non dans le combat, qu'elles 
prendront l'offensive ou se tiendront sur la défensive, ou 
même suivant le tempérament. 

On n'a pu encore disposer de données d'expérience cer- 
taines permettant de déduire pratiquement les modifica- 
tions à apporter à la tactique par suite de l'adoption des 
fusils à répétition de petit calibre. On en est donc réduit 
aux raisonnements et aux conjectures sur ce point impor- 
tant. Toutefois, on admet en principe que ces armes ren- 
dront plus de service dans la défensive que dans l'offensive, 



180 ARMES A FEU PORTATIVES. 

car il est alors plus facile de se couvrir, d'abriter les ré- 
serves et de s'approvisionner en cartouches. De même, on 
convient que, pour donner au fusil à répétition toute sa 
valeur, il faut à la fois des circonstances où le feu doit être 
très rapide et de peu de durée. Il est certain aussi que ce 
fusil exerce une influence sur le groupement des forces, car 
une position peut être défendue avec peu de fusils, ou plus 
longtemps avec le même nombre de fusils; le déploiement 
de rinfanterie devra se faire à des distances plus grandes 
qu*autrefois ; Tattaque devra être préparée plus efficace- 
ment par rartilierie et conduite plus énergiquement que 
par le passé, etc. 

Il résuite des considérations précédentes que la guerre 
deviendra plus savante, exigera plus d'intelligence de la 
part des chefs à tous les degrés de la hiérarchie, de sang- 
froid et de courage de la part de tous. Mais ces diverses 
qualités dMnitiative et de bravoure ne manquent pas à notre 
race et il s*agit seulement de savoir les vivifier. 

On a reproché aussi aux poudres sans fumée de ne pas 
permettre, lorsque ce serait avantageux, de masquer les 
mouvements à exécuter pour atteindre le but final du com- 
bat. Mais les cas de ce genre seront fort rares, et le résul- 
tat pourra être obtenu d'une autre façon, au moyen de 
formations tactiques plus simples ou d'une utilisation mieux 
entendue du terrain. Rien n'empêcherait même d'emplo3'er 
dans ce but des cartouches spéciales, produisant une fumée 
intense. 

En résumé, les avantages des nouvelles poudres sont 
nombreux et s'exercent d'une manière durable; leurs in- 
convénients n'existent que dans certains cas, et peuvent 
être atténués. Aussi, les diverses puissances ont-elles adopté 
les poudres de ce genre aussitôt qu'elles en ont trouvé de 
satisfaisantes, et celles qui ne l'ont pas fait continuent leurs 
recherches pour arriver à ce résultat. 

Espèces de poudres sans fumée. — En principe, il y a une 
variété infinie de poudres remplissant plus ou moins les 
conditions que nous avons énumérées, et chaque puissance 
en a adopté une qui lui est propre. Le secret de la compo- 
sition a été gardé partout avec un soin jaloux, soit pour 
ne pas permettre d'en faire de semblables, soit pour qu'il 



CHAPITRE VIII. 181 

ne soit pas possible de les comparer. Pourtant il est à 
remarquer que même la possession d'échantillons de poudre 
sans fumée ne permettrait pas d'en déduire, par l'analyse, 
la composition exacte ni les procédés de fabrication; d'ail- 
leurs, la connaissance de Tune et des autres serait néces- 
saire pour arriver à en produire de similaires. 

Pour les fusils à répétition, on admet deux espèces de 
poudre sans fumée, variant quant à la grosseur des grains : 
l'une pour les fusils de gros calibres actuellement en usage 
dans certaines armées européennes, c'est-à-dire de 9 mil- 
limètres et au-dessus; l'autre pour les fusils de calibre 
réduit, de 8 millimètres et au-dessous. Cette différence est 
nécessaire, parce que, pour les premiers, la balle est deux 
fois plus lourde et d'un calibre sensiblement supérieur à 
celui des derniers. 

Dans ces conditions, il faut des poudres différentes pour 
les deux espèces de calibres, c'est-à-dire, pour le petit, une 
poudre brûlant beaucoup plus lentement que pour le grand. 
Cette différence dans la combustion répond à une différence 
constitutionnelle. On est arrivé, sous ce rapport, à produire 
toutes les variétés de poudre désirables pour les armes à 
feu portatives. 

Fabrication. — D'après la Nature, du 14 juin 1890, les 
poudres sans fumée s'obtiennent par la dissolution d'une 
cellulose soluble dans un liquide volatil, seule ou mélangée 
à des corps accessoires, oxydants ou rafraîchissants. 

D^une manière générale, pour la fabrication, les compo- 
sants sont d'abord réduits en pâte. Celle-ci est ensuite for- 
mée en feuilles qui sont découpées en lamelles laminées à 
l'épaisseur voulue, puis en grains, ou plutôt en petits paral- 
lélipipèdes dont la grosseur varie suivant le genre de pro- 
jectile auquel ils sont destinés. 

On cherche naturellement partout des dissolvants per- 
mettant de donner aux poudres nouvelles, après évapora- 
tion du dissolvant, les formes qui se prêtent le mieux à la 
compression, au découpage en tablettes, en morceaux de 
dimensions appropriées aussi bien que possible au charge- 
ment des armes de calibres grands et petits. 

Poudres sans fumée adoptées. — Malgré le mystère que 
chaque puissance cherche à rendre impénétrable sur la 



«■■■1 



182 ARMES A FEU PORTATIVES. 

composition de la poudre nouvelle qu'elle a adoptée, des 
indiscrétions ont été commises par les journaux, et, quoique 
très vagues, elles peuvent servir, grâce aux indications 
générales communes, à en déduire des notions suffisantes 
sur ce genre de poudre, sans que l'on puisse pour cela arri- 
ver à les reconstituer, pour les raisons exposées précé- 
demment. 

C'est dans ces conditions que nous allons passer succes- 
sivement en revue ce qu'on connaît et ce qu'on peut 
admettre au sujet des poudres sans fumée actuellement 
employées dans les armées européennes. 

Allemagne. — Tout porte à croire que la poudre nouvelle 
des Allemands est proche parente de la dynamite. Cette 
poudre est fabriquée exclusivement à la poudrerie de Span- 
dau, afin de mieux en conserver le secret. Elle a été in- 
ventée par le général Kiister, directeur de cette poudrerie, 
qui a reçu en récompense une somme de 50,000 marks 
(62,500 francs). On prétend que c'est un camphre-poudre 
digéré par l'éther. Les propriétés de cette poudre sont à peu 
près les mêmes que celles de la poudre française, dont elle 
est une contrefaçon, avec cette difi'érence que les pressions 
développées sont beaucoup plus fortes. 

Cependant la fabrication n'en a pas toujours été sans dan- 
ger, car une explosion s'est produite en juin 1890, le fulmico- 
ton s'étant enflammé spontanément pendant la dessiccation. 

On prétend en outre que cette poudre laisse une assez 
grande quantité de résidus, qui encrassent rapidement 
l'arme; de plus elle attaque le métal et produit de graves 
déformations du canon, quand elle ne le fendille pas. On a 
également fait circuler le bruit qu'elle ne se conserve pas 
et que, pour ne pas paraître pris au dépourvu sous ce rap- 
port, on fait usage de poudres que l'on dit sans fumée, mais 
qui sont loin de remplir les qualités requises. On en aurait 
enfin trouvé une meilleure tout récemment, et toutes les 
poudreries de Prusse ont dû en commencer la fabrication . 

Angleterre. — Les recherches viennent d'aboutir par 
Tadoption de la cor dite pour le chargement des cartouches. 
C'est la variété la plus satisfaisante de poudre à la nitro- 
glycérine Nobel, qui est mise sous la forme de tiges ou de 
fils réunis en paquets. 



CHAPITRE VIII. 483 

On sait que le chimiste Nobel, à qui on doit l'invention 
de la dynamite et d'autres explosifs, a fait, avec de la cel- 
lulose en décomposition, une sorte de gélatine explosive. 
Quand le coton-poudre a été imprégné quelque temps de 
nitroglycérine, il se transforme en une matière plastique, 
et ce produit a déjà reçu de nombreuses applications. Le 
camphre parait avoir la propriété, quand il est mêlé à cette 
gélatine, de diminuer un peu sa force explosive, de la 
rendre plus maniable et plus propre à être découpée et 
laminée. La variété trouvée en Angleterre réunit à la fois 
les conditions de stabilité et d'absence de fumée. 

AutyHche-Hongrie. — L'Autriche a adopté la poudre in- 
ventée par M. Schwab, directeur de la poudrerie de Stein. 
C'est de la nitrocellulose pure ; elle se compose de petites 
lamelles concaves lissées au graphite, ce qui lui donne une 
couleur grise plutôt que noire; les grains sont un peu plus 
gros que ceux de la poudre ordinaire; l'odeur est à peine 
perceptible. Sa combustion est très lente à l'air libre; mais, 
mise en cartouche, elle s'enflamme très rapidement et donne 
au projectile une vitesse initiale de 630 mètres, soit 100 mè- 
tres de plus que l'ancienne poudre. Elle ne produit qu'une 
légère fumée, rappelant l'apparence de l'air échauflB s'éle- 
vant dans une chambre au-dessus d'une lampe. Le recul 
est légèrement plus fort, mais la pénétration est considé- 
rable. On prétend que le prix de revient est très élevé. 

Belgique, — M. Libbrecht, directeur de la Société de 
Wetteren, est parvenu à fabriquer une poudre-papier sans 
fumée et ne laissant aucun encrassement. On la fabrique 
avec du pyroxyle grené. Elle se compose de nitro-cellulose 
et de nitrate de baryte dissous dans l'acétate d'amyle. 

Les perfectionnements apportés dans la fabrication de 
cette poudre ont permis d'obtenir une vitesse initiale de 
720 mètres avec le nouveau fusil, mais on a fait descendre 
cette vitesse à 600 mètres, pour diminuer les vibrations de 
l'arme. 

France. — La nouvelle poudre, inventée par M. Vieille, 
ingénieur des poudres et salpêtres, est, de toutes les 
poudres sans fumée connues, celle qui remplit le mieux l'en- 
semble des conditions requises. C'est un mélange de coUo- 
dions de préparation différente et d'effets divers. Comme 



184 



ARMES A FEU PORTATIVES. 





Fig. 112. 



toutes les autres poudres de ce genre, elle est à base de 
nitro-cellulose (pyroxiline). Elle est d'abord formée en pla- 
ques (/î^. 112), puis en lamelles 
et enfin en grains. Si Ton exa- 
mine attentivement ceux-ci, on 
les voit sous la forme d'une ma- 
tière cornée, faiblement colorée 
ou même complètement brunâ- 
tre : on dirait un morceau d'é- 
caille ou de celluloïd coupé en 
menus morceaux. C'est de la 
pyroxiline dissoute dans du col- 
lodion que Ton a fait évaporer ensuite et laissant, comme 
résultat de Topération, une masse visqueuse, pâteuse, 
gommeuse, à laquelle on peut donner ensuite la forme 
voulue. 

La poudre à fusil Vieille, dite poudre BF, a pour princi- 
pal inconvénient d'être diflacile à enflammer, parce que la 
surface très lisse du grain donne peu de prise au jet de 
flamme lancé par l'amorce. Mais cet inconvénient est peu 
sérieux en raison de la petitesse des grains. La sensibilité 
de cette poudre aux variations de température est presque 
nulle et peut être considérée comme négligeable, car la 
chaleur et la gelée n'ont aucune influence sur elle. 

Hollande. — On emploie la poudre de Troisdorf, qui est 
à base de fulmicoton et plombaginée. C'est la poudre qui 
convient le mieux aux armes du calibre de 6'»™,5. 

Italie, — L'explosif adopté, aussi bien pour les canons 
que pour les fusils, est la balistite Nobel, à laquelle les Ita- 
liens ont donné le nom de fïlite. L'analyse apermis de recon- 
naître qu'elle se compose de nitro-glycérine et de nitro-cel- 
lulose mélangées en parties égales. Les deux corps, inertes 
séparément, donnent par leur mélange intime une poudre 
excellente. La nitro-cellulose étant dissoute par la nitro- 
glycérine, on obtient une pâte d'aspect corné, qui peut être 
réduite en grains de diverses grosseurs. Cette poudre ne 
produit presque pas de fumée, et, jusqu'à présent, elle 
parait se conserver fort bien. 

Le mélange arrive à l'état de substance farineuse dans 
un premier compartiment, où des laminoirs en forment des 



CHAPITRE VIII. 185 

plaques minces. Il passe ensuite dans un compartiment voi- 
sin où on le réduit en grains cubiques. Avant la granula- 
tion, on chauffe les plaques de balistite à la température 
convenable. La fabrication n'a pas toujours été sans dan- 
ger, car on sait qu'une explosion s'est produite en 1890 
dans une poudrière. 

L'effet produit par la filite étant le triple de celui de la 
poudre ordinaire, il en résulte que, pour obtenir la même 
vitesse initiale, il suffit du tiers de la charge ancienne pour 
la nouvelle poudre, ce qui diminue sensiblement la pression 
des gaz, et, par suite, le recul. On peut donc employer des 
charges relativement plus fortes et des projectiles plus 
lourds, de manière à obtenir des propriétés balistiques 
meilleures. Les effets de cette poudre sont, en outre, très 
réguliers. 

Portugal, — A la suite d'expériences, on a fait fabriquer 
une poudre sans fumée, due au conseiller Mendonça-Cor- 
teso. Elle ne produit aucun résidu, ne détériore pas le 
canon, donne des vitesses initiales très régulières qui, pour 
le Kropatschek de 8™™, ont atteint 60o mètres, avec une 
charge de 2 gr. 30. La détonation est plus faible qu'avec 
l'ancienne poudre. 

Roumanie, — Comme la Hollande. 

Russie, — On prétend que la poudre sans fumée employée 
en Russie est similaire de la poudre française. On sait, 
d'ailleurs-, qu'un de nos ingénieurs des poudres et salpêtres 
a été envoyé en Russie pour organiser la fabrication de la 
poudre en question. 

Suède, — On a adopté, pour le fusil 1867-89, une poudre 
sans fumée qui a reçu le nom A'^apyvnie et qui a été inventée 
par M. S. Koglung. Cette poudre, composée de deux élé- 
ments seulement, est un nitrate de cellulose. C'est proba- 
blement de la nitro-cellulose fortement nitrée, à laquelle on 
ajoute un sel ammoniac nitrate pour en atténuer l'effet bri- 
sant. Elle brûle sans flamme et peut être maniée ou trans- 
portée sans danger. Sa couleur est d'un noir brillant; elle 
n'encrasse pas l'arme et ne produit pour ainsi dire pas de 
fumée. Sa lueur à l'explosion est très faible. Elle échauffe 
moins l'arme que la poudre ordinaire et ne la fatigue pas 
trop. Sa stabilité chimique a été reconnue bonne. 



186 ARMES Â FEU PORTATIVES. 

Suisse. — MM. Schenker et Amsler flls ont trouvé une 
poudre assez énergique, produisant moins de gaz et de fumée 
que l'ancienne. Au lieu d'être en grains, cette poudre se 
présente sous la forme de carrelets plats, de couleur brun 
clair. A l'air libre, elle brûle très lentement, sans laisser de 
résidu notable, c'est-à-dire sans produire d'encrassement. 

La justesse du tir et la vitesse initiale sont sérieusement 
augmentées. Cette poudre, qui ressemblerait beaucoup à 
celle de notre fusil mod. 1886, est fort peu sensible aux in- 
fluences atmosphériques. 

On a fabriqué deux poudres de cette espèce : la poudre 
composition 1888 (P. C. 1888) et la poudre de 1889 (P. C. 
1889). Les grains de cette dernière sont plus fins que ceux 
de la première. 

Résumé. — Les indications précédentes et celles qui 
résultent de l'examen du tableau de la page 104, permettent 
de constater que, en apparence du moins, toutes les poudres 
sans fumée adoptées remplissent toutes les conditions vou- 
lues. Toutefois, certains accidents survenus, certaines mo- 
difications apportées ou certaines révélations laissent sup- 
poser que, en ce qui concerne les puissances étrangères, le 
résultat est loin d'être acquis d'une manière aussi certaine 
et aussi complète que pour la poudre française. 



CHAPITRE IX. 

RAVITAILLEMENT DES MUNITIONS. 

Il est incontestable que l'adoption de fusils à tir de plus 
en plus rapide aura pour conséquence naturelle et forcée 
une consommation de munitions beaucoup plus considé- 
rable que par le passé avec les fusils ordinaires à un coup. 
Cette conséquence a même influé jusqu'à un certain point 
sur le retard apporté à l'adoption du principe de la répéti- 
tion, car nous avons fait ressortir déjà que l'on craignait 
de ne pouvoir empêcher le gaspillage des munitions qui en 
résulterait. 

Pourtant, la considération de la plus grande consomma- 



CHAPITRE IX. 487 

tion des munitions ne deyrait être que secondaire, s'il est 
reconnu qu'il est avantageux de tirer un plus grand nombre 
de cartouches dans un temps donné. Dans les conditions ac- 
tuelles, il serait logique : 1® d'essayer d'empêcher, par une 
sévère discipline des feux et par une instruction solide du 
tireur, toute tirerie inutile, tout gaspillage des munitions ; 
2o de prendre les mesures nécessaires pour que les hommes 
sur la ligne de bataille ne manquent pas de cartouches, quel 
que soit le nombre dont ils puissent avoir besoin, en admet- 
tant, bien entendu, qu'ils n'en feront qu'un emploi conve- 
nable et opportun. 

D'un autre côté, la consommation plus grande des muni- 
tions avec les nouveaux fusils reçoit une certaine atténua- 
tion du fait de la réduction du calibre, car les cartouches 
étant devenues plus légères, chaque soldat peut en porter 
une plus grande quantité qu'auparavant sans augmenter le 
poids total qui peut être consacré à cet objet. En outre, les 
voitures de munitions pourront, dans les mêmes condi- 
tions, en porter un plus grand nombre. 

Néanmoins, il est indispensable de prévoir les mesures 
nécessaires pour remplacer les cartouches plus nombreuses 
tirées par les hommes engagés sur la ligne de combat, qui, 
comme on sait, ne doivent pas être relevés. 

Les points suivants sont à examiner dans la question du 
remplacement des munitions sur le champ de bataille, 
savoir : 

I. — La quantité totale de munitions 
dont doivent disposer les troupes de première ligne. 

Dans les conditions actuelles, tout fait présumer que les 
batailles pourront durer plusieurs jours, mais surtout que, 
le plus souvent, la solution n'ayant pu être obtenue en une 
seule journée, il y aura lieu de continuer l'engagement le 
lendemain. C'est pourquoi Ton est tombé d'accord pour esti- 
mer que les troupes en première ligne doivent avoir un 
approvisionnement de cartouches correspondant aux be- 
soins d'un combat de deux jours. 

Il faudrait donc être fixé sur la consommation d'une jour- 
née avec le fusil à répétition, mais l'on ne possède aucune 
donnée d'expérience à ce sujet. En outre, il n'est pas facile 



IB8 ARMES A FEU PORTATIVES. 

de déterminer ce chiffre autrement, car certains soldats, 
prenant part à l'action dans des conditions plus ou moins 
diff*érentes, n'auront pas besoin d*autant de munitions que 
d'autres ; de sorte qu'on ne voit pas bien comment il est pos- 
sible d'établir une moyenne satisfaisante. 

Les exemples des dernières guerres prouvent qu^une 
moyenne de 100 cartouches par combat, soit 200 pour deux 
jours, était suffisante, et c'est sur ce chiffre que, avec les 
anciens fusils, on avait basé les prévisions. Chaque soldat 
portait sur lui de 70 à 100 cartouches et en trouvait une 
quantité au moins égale sur les voitures à bagages ou des 
parcs de munitions. 

Mais l'emploi du fusil à répétition augmentera la consom- 
mation des cartouches dans une proportion qu'il n'est pas 
possible d'évaluer exactement, mais qu'il paraîtrait pru- 
dent de doubler si c'était possible. On n'en est pas arrivé là, 
ainsi qu'on peut le voir par le tableau de la page 104. Le 
nombre des cartouches portées par l'homme s'est accru en- 
viron du tiers, par suite de la réduction du poids de la car- 
touche et celui porté par les voitures. 

IL — La quantité de cartouches portées par les hommes 

et les voitures. 

Ainsi que nous venons de le dire, cette quantité était de 
80 environ avec le fusil de llmm^ ee qui, à raison de 
42 grammes par cartouche, représentait un poids total de 
3*,360. Avec ce même poids, le soldat peut porter 120 car- 
touches de 27 grammes, poids moyen des munitions pour le 
calibre de 8™™. Avec le calibre de 6™™ et le poids probable 
de 21 grammes pour sa cartouche, on arrivera à en faire 
porter 160 dans les mêmes conditions que par le passé, soit 
une augmentation de 40 pour le calibre de 8°»™, et de 80 
pour celui de 6™™. 

En outre, si l'on arrive, ce qui est probable, à diminuer 
le poids du fusil, la différence pourra être transformée en 
un certain nombre de cartouches. 

Quant aux munitions portées par les voitures, il est évi- 
dent qu'il suffit d'accroître le nombre de ces dernières pour 
arriver à transporter la quantité de cartouches que l'on 
jugera nécessaire. Mais le nombre des voitures à faire arri- 



CHAPITRE IX. 189 

ver dans le voisinage immédiat du champ de bataille est 
déjà si considérable, que l'on ne doit songer à l'augmenter 
encore que s'il est absolument impossible de faire autre- 
ment. 

III. — Le ravitaillement sur la ligne de bataille. 

Il ne sera pas toujours possible de remplacer, pendant 
l'action même, les cartouches des troupes engagées. C'est 
pourquoi il est essentiel qu'au moment de commencer le 
combat le soldat dispose du plus grand nombre de muni- 
tions possible. Aussi, lorsqu'on peut prévoir un engage- 
ment, ne faut-il pas négliger de distribuer au préalable au- 
tant de cartouches que les conditions le permettront. Il ne 
s'agit pas alors de 10 ou 20 cartouches supplémentaires, 
mais de 40 ou de 50 que le soldat trouvera à loger n'importe 
où, dans ses poches, dans son étui-musette, etc., sans son- 
ger à se plaindre d'un surcroit de poids qui en résultera 
pour lui et dont il sera d'ailleurs bien vite allégé. Cette dis- 
position ne peut, au contraire, que relever au bon moment 
le moral des combattants. 

Mais lorsqu'on n'aura pu procéder ainsi, soit parce qu'on 
n'en a pas eu le temps, soit parce que les voitures de muni- 
tions d'infanterie n'étaient pas à proximité, il faut faire en 
sorte d'arriver à un résultat analogue en envoyant aussitôt 
que possible les pourvoyeurs porter des munitions aux 
troupes engagées avant que celles-ci soient arrivées dans la 
zone la plus meurtrière. On peut également, dans le même 
but, distribuer le plus de cartouches possible aux soutiens 
avant d'entrer en ligne. 

On a indiqué divers moyens pour ravitailler, pendant l'ac- 
tion, les troupes engagées, savoir : 

lo Des chiens de guerre ou des animaux de bât ; mais les 
chiens ne pourraient transporter qu'une quantité trop 
faible de munitions, et des animaux de bât formeraient une 
cible trop visible. D'ailleurs, des animaux ne marchent pas 
toujours, même lorsqu'ils ne sont pas tués ; 

2» Des véhicules spéciaux, traînés à bras, dans le genre 
de celui expérimenté aux Etats-Unis. C'est une sorte de 
voiture démontable à un cheval, se composant d'un grand 
cadre métallique rectangulaire, dont les longs côtés sont 



ARMES A FEU POftTATIVKS. 



prolongés en avant en forme de brancards {flg. 113); cha- 
cune des deux roues est entourée de deux longues caisses 




Fig. U3. 

plates (fig. 114) qui peuvent se détacher du cadre avec la 
roue. En adaptant aux extré- 
mités de ces caisses deux bras 
articulés, on constitue une 
sorte de brouette (fig. 115), 
que deux hommes peuvent traî- 
i''8- "*■ ner facilement, ou, au besoin, 

soulever pour traverser un obstacle. 




Fig. 115. 



Les deux caisses, adaptées à une même roue, sont divi- 
sées en 20 cases, contenant chacune 200 cartouches, soit 
4,000 en tout {fig. 114). Un mécanisme de distribution spé- 
cial permet d'extraire les paquets par une simple pression 
exercée sur un levier, ou même en marchant si on le désire, 
une trousse étant expulsée mécaniquement à chaque tour 
de roue, ce qui permet de réaliser une économie de temps 
fort appréciable. 



CHAPITRE IX, 191 

« 

Cette voiture a fort bien fonctionné dans les expériences, 
où Ton a constaté que deux hommes peuvent transporter 
ainsi 4,000 cartouches à 800 mètres en moins de temps qu'il 
ne leur en faudrait pour en transporter 800 à bras, soit 
cinq fois moins. Il est vrai que les hommes qui poussent la 
voiture peuvent être tués ou blessés, mais le même acci- 
dent peut arriver à des pourvoyeurs ordinaires, et le pi'o- 
cédé précédent a précisément pour résultat d'exiger et d'ex- 
poser un moins grand nombre de ces derniers ; 

3° Des pourvoyeu7's de compagnie, employant divers 
procédés qui seront indiqués plus loin. 

De ces trois moyens, le dernier est le seul qui soit adopté 
réglementairement. 

IV. — Le remplacement des munitions consommées 

dans les combats. 

Divers échelons de parcs de munitions sont disposés pour 
ravitailler l'échelon qui le précède, et cette question, d'une 
solution facile, ne sera qu'indiquée ici, pour être traitée 
plus loin en détail. Mais, dans tous les cas, il ne faut pas 
négliger d'utiliser pour le mieux, pour les troupes engagées 
ou pour leur approvisionnement, les cartouches des hommes 
morts ou blessés. 

Manière dont la question est résolue. 

Nous allons examiner, autant que les renseignements 
publiés le permettent, la manière dont le ravitaillement des 
munitions est assuré dans les principales armées euro- 
péennes. 

France. — Une Instruction, approuvée par le Ministre 
de la guerre le 25 juin 1890, a fixé les règles suivantes pour 
le remplacement des munitions en campagne. 

Comme dans toutes les armées, les munitions dont dispose 
l'infanterie se divisent en cartouches portées par l'homme 
et en cartouches transportées sur des voitures. L'Instruc- 
tion précitée les répartit en : 

10 Munitions de la ligne de bataille, c'est-à-dire des corps 
de troupes et de leur train de combat; 



192 ARMES A FEU PORTATIVES. 

i"" Munitions des parcs de corps d'armée; 

3<> Munitions du parc d'armée ou grand parc. 

Les 7nunitions de la ligne de bataille sont constituées, 
pour l'infanterie : 1<» par les cartouches portées par les 
hommes et celles contenues dans les caissons de bataillon; 
i^ par les cartouches portées par les caissons des sections 
de munitions d*infanterie. 

Ces sections font partie du train de combat, dans les 
colonnes; elles portent une première réserve d'approvi- 
sionnements, destinée à être distribuée, en cas de besoin, 
sur lo champ de bataille. Chaque section comprend 32 cais- 
sons mod. 1858. 

Le parc d'artillerie de corps d'armée est un échelon in- 
termédiaire entre la ligne de bataille et le parc d'armée. Il 
comprend quatre sections, dont les trois premières, de 
même composition, transportent des munitions d'infanterie 
et d'artillerie destinées au réapprovisionnement des sec- 
tions de munitions. 

Chacune de ces sections comprend 15 caissons de muni- 
tions d'infanterie (mod. 1858), contenant chacun 18,144 car- 
touche (fusil mod. 1874), 25,920 cartouches (fusil mod. 1886, 
empaquetage à 6), 26,496 cartouches (empaquetage à 8). 

L'ensemble des approvisionnements du grand parc est 
destiné à pourvoir au remplacement des approvisionne- 
ments des [)arcs de corps d'armée. Il comprend, entre autres, 
110 cartouches mod. 1886 par homme. 

Sur le champ de bataille, le ravitaillement est toujours 
assuré de barrière à Vavanty pour tous les échelons. Les 
échelons de l'arrière se mettent en rapport avec ceux qui 
sont en avant, de telle sorte que ceux-ci puissent concen- 
trer leur attention sur ce qui se passe en avant d'eux. Les 
opérations doivent se faire avant tout avec promptitude. 

En dehors du champ de bataille, les opérations du ravi- 
taillement doivent s'effectuer, non seulement avec prompti- 
tude, mais aussi avec régularité. 

Le chiffre et la répartition des munitions d'infanterie qui 
constituent l'approvisionnement normal sont indiqués dans 
le tableau ci-après, qui ne mentionne pas les munitions 
pour revolver prévues pour les militaires de l'infanterie qui 
reçoivent cet armement : 



CHAPITRE IX. 



193 



Approvisionnement en munitions. 



COMPOSITION 

GÉNÉRALE 

de l'approvisionnement. 



NOMBRE DE CARTOUCHES PAR HOMME. 



PORTÉES PAR 



I. — Munitions de la ligne 



Les hommes (1), 

Les caissons de bataillon (2), 



, v ï "il \ Le* sections de manitions (3). . . . 
' Les foargOQs à bagages (pour mé- 



II. — Manitions des parcs 
de corps d*armée. . 



moire) (4). 



Totaux. 



Les sections de parc (no* 1, 2, 3). 

ToTACX des munitions précé- 
dentes 



FUSIL 

mod. 
1874. 



78 
18 
46 

(2) 



142,1 



FUSIL MOD. 1886. 



Empaquetage 



à 6. 



112 
26 
65 

(2,5) 



203 



32,7 



174,8 



46 



249 



à 8. 



112 
26,5 
66,4 

(2,6) 



204,9 



46,5 



251,4 



Munitions au parc \ jjQg^jn^ ^ pourvoir au remplacement des manitions des parcs 
nar'™ " *" j ^® corps d'armée et des sections de manitions. 

* * * « 



(1) Les 112 cartouches pour fusil mod. 1886 sont portées dans 3 cartouchières, placées 
2 devant et 1 derrière. 

(2) A raisoD de 1 par bataillon. 

(3) Il est attribué une section de manitions d'infanterie à chaque division d'infanterie, 

(4) Ces cartouches sont contenues dans des caisses blanches (1 par fourgon). Chaque 
caisse contient 1512 cartouches (fasil mod. 1874) et 1800 ou 1920 cartouches (fusil 
mod. 1886), suivant que l'empaquetage est à 6 ou à 8. Les fourgons à bagages ne figurant 
pas sur le champ de bataille, leurs munitions constituent une réserve qui peut être utilisée 
pour la défense du convoi et qui n'est employée qu'éventuellement à compléter les car- 
touches des hommes, soit au bivouac, soit au cantounement. 



Dans ce tableau ne figurent pas les cartouches portées 
par les hommes de la. cavalerie, de Tartillerie, du train des 
équipages militaires, soit pour carabine ou mousqueton, 
.soit pour revolver. 

Le fantassin allemand, disposant sur la ligne de bataille 
-de 140 + 50 = 190 cartouches, on a, lors des grandes ma- 
nœuvres de 1890, expérimenté des voitures légères de com- 
pagnie à 2 chevaux, contenant chacune un peu plus de 
1(5,000 cartouches dans deux compartiments, et 32 outils de 
terrassier dans un troisième. Cette voiture est destinée à 
remplacer les caissons de bataillon et les animaux de bât 
porteurs d'outils, et, dès que l'infanterie en sera pourvue, 

13 



194 ARMES A FEU PORTATIVES. 

chaque soldat disposera d'environ 177 cartouches au début 
d^un combat (1), au lieu de 138. 

En station et en marche, l'approvisionnement porté par 
les hommes est alimenté, avant tout, au moyen des car- 
touches retirées aux hommes pour quelque motif que ce 
soit; on n'a recours aux caissons de bataillon qu'en cas 
d'insufOsance des ressources précédentes. En répartissant 
entre les hommes les cartouches retirées, on peut dépasser 
de quelques unités l'approvisionnement individuel normal, 
on peut môme leur laisser un paquet supplémentaire sur 
Tordre du chef do corps, si un engagement paraît immi- 
nent. 

En toutes circonstances , les caissons de bataillon sont 
réapprovisionnés aussitôt que possible par les sections de 
munitions. 

Pendant le combat^ on se conforme aux dispositions indi- 
quées ci -après : 

L'approvisionnement individuel est d'abord augmenté 
au moyen des caissons de bataillon. Il est ensuite alimenté j 
soit au moyen des cartouches qu'on s^efforce de retirer aux 
hommes tués ou blessés, notamment dans la défensive et 
môme pendant les temps d'arrêt que subit l'offensive, soit 
au moyen des ressources fournies par les caissons. 

En principe, lorsqu'une troupe est sur le point d'être 
engagée, les cartouches des caissons de bataillon sont dis- 
tribuées et l'approvisionnement correspondant est recon- 
stitué dès l'arrivée des sections de munitions. Pour faire 
cette distribution, on profite, autant que possible, du ras- 
semblement ou du temps d'arrêt qui précède généralement 
le déploiement des troupes ou leur placement sur les 
positions. 

A petite distance de l'ennemi, sur l'ordre du comman- 
dant et notamment en ce qui concerne l'avant-garde ou les 
premières troupes à engager, cette distribution peut même 
avoir lieu avant le départ. La répartition du supplément de 



(i) Les MiUheilungen uher Gegenstande des Artillerie und Genie-Wesens, 
qui donnent ce renseijçuiment, ajoutent que cette voiture a été adoptée défini- 
tivement en i891, car le budget extraordinaire de cette année comprend une 
forte allocation pour la construction de ces voitures. 



CHAPITRE IX. 195 

munitions entre les bataillons du régiment, et même entre 
les compagnies, peut yarier selon le rôle qu'on se propose 
d'assigner aux différentes unités. En général, les fractions 
destinées à Pavant-ligne ou à la première ligne peuvent 
être avantagées par rapport aux unités placées en réserve 
ou en deuxième ligne. 

Le remplacement des munitions pendant le combat peut 
s'effectuer : 

1» Au THoyen des ressources appartenant à Vunité. — 
On profite de toute circonstance favorable, temps d'arrêt 
dans le combat, ralentissement du feu, etc., pour remplacer 
les munitions consommées. 

Si la quantité en est faible, les cartouches retirées aux 
hommes mis hors de combat ou trouvées sur place peuvent 
suffire; mais dès qu'elle atteint le tiers, ou, selon les circon- 
stances, le quart de l'approvisionnement initial, on are- 
cours aux caissons de bataillon. 

Ceux-ci sont généralement groupés par régiment; excep- 
tionnellement, et sur l'ordre du chef de corps, ils marchent 
avec leur bataillon; autant que possible, ils sont défilés des 
vues de Tennemi. 

La distance qui les sépare de la ligne de feu est de 1000 
mètres au maximum; elle est moindre lorsque le terrain 
présente des abris. Dans les circonstances critiques, le chef 
de corps ou de bataillon, suivant le cas, peut prescrire aux 
caissons de se porter, aux allures vives, jusque sur la ligne 
de feu. 

Le chef artificier monté, qui est chargé de la direction 
de tous les caissons du régiment, qu'ils soient réunis ou 
non, se préoccupe surtout de rester en relation avec les 
bataillons, engagés ou non. 

Pour avoir recours aux caissons, on se conforme aux 
dispositions indiquées ci-après : 

Tout déplacement d'hommes ou de voitures d'avant en 
arrière, en vue du remplacement des munitions, est absolu- 
ment interdit sur le champ de bataille. — Ce principe s'ap- 
plique, non seulement aux unités des corps de troupe en- 
gagés, mais aussi aux groupes de caissons de bataillon et 
aux sections de munitions. 

Des hommes sont désignés dans les compagnies de ré- 
serve pour transporter sur la chaîne les munitions puisées 



196 AUMES A FEU PORTATIVES. 

aux caissons. Aucun homme ne doit être distrait de la 
chaîne pour ce service. 

En principe, le transport des cartouches s'opère au moyen 
de bissacs, qui sont au nombre de 36 par caisson. Les 
hommes désignés sont en nombre égal à celui des bissacs à 
transporter (1), avec un supplément égal à la moitié envi- 
ron de ce nombre, afin qu'on puisse, pendant le trajet, rem- 
placer les porteurs tués ou blessés et relever les hommes 
trop fatigués. 

Ces hommes, commandés par un cadre suffisant, con- 
servent en principe tout leur équipement; cependant, lors- 
que la distance à franchir, les difficultés du terrain ou Tétat 
de fatigue des hommes rendent cette mesure indispensable, 
les hommes désignés peuvent être autorisés à déposer leur 
havresac près du caisson, mais alors ils doivent toujours 
venir le reprendre. Ces hommes sont conduits en ordre jus- 
qu'auprès des combattants, leur distribuent immédiatement 
les cartouches et retournent auprès des caissons ou à leur 
compagnie. Autant que possible, les bissacs vides sont rap- 
portés au caisson. 

Par exception, lorsque les caissons sont assez rapprochés 
des combattants et que le nombre des cartouches force à 
vider un caisson d'un seul coup, on peut, en outre de l'em- 
ploi des bissacs, faire transporter les trousses restantes, à 
la main, par un nombre d'hommes suffisant, complété par 
un supplément dont la force varie suivant la distance à 
franchir. Chacun d'eux transporte une ou deux trousses 



(1) Ces hommes s'équipent chacun d'un bissac, pouvant contenir environ 
60 paquets de 6 cartouches (360) pour armes mod. 1874, ou 88 paquets de 
6 cartouches (528) ou 64 paquets de 8 (512) pour armes mod. 1886 ; ces pa- 
quets sont répartis également entre les deux poches du bissac. <^elui-ci pèse 
alors de 16 à 17 kilog., charge suffisamment maniable et facile à transporter, 
lorsque le bissac est placé sur l'épaule, l'une des poches en avant, l'autre en 
arrière. (Chaque homme transporte ainsi environ 360 cartouches pour armes 
mod. 1874, ou 512 pour armes mod. 1886. 

Dans un cas très pressé, le chargement du bissac peut être composé de deux 
trousses, placées respectivement dans les deux poches. Une trousse contient 
28 paquets de 6 cartouches (168) pour armes 1874, ou 40 paquets de 6 car- 
touches (240) pour armes mod. 1886. Pour ces dernières, avec l'empaquetage 
à 8, il y a quatre trousses de 8 paquets par poche, soit 612 par bissac. En 
général, il est préférable de défaire les trousses sur place et de replacer les 
sangles dans le coffre. 



CHAPITRE IX. 197 

pour les cartouches empaquetées par six, ou deux à trois 
trousses pour les cartouches empaquetées par huit. 

En règle générale, lorsque les caissons sont groupés, on 
épuise un caisson avant d'en entamer un autre. Lorsqu'un 
caisson est sur le point d*être épuisé, le chef du groupe le 
fait vider dans les bissacs. 

^^ Au moyen des ressources appartenant à une autre 
unité. — Ce n'est qu'exceptionnellement que l'on doit avoir 
recours à un caisson ou à un groupe de caissons étranger. 
Il faut alors l'autorisation du chef de corps ou du comman- 
dant du bataillon intéressé. 

Sur l'ordre du général de brigade ou de division, suivant 
le cas, un ou plusieurs caissons d'un régiment peuvent être 
utilisés pour ravitailler un autre corps de la même brigade 
ou division. Ces caissons se portent à proximité du corps à 
ravitailler et, une fois leur mission terminée, reviennent à 
leur régiment. 

Ravitaillement par les sections de munitions. — Dès 
que le brigadier de liaison envoyé par la section de muni- 
tions a rejoint le chef artificier du régiment engagé, il est 
informé du nombre des caissons déjà vides; il se porte alors 
rapidement à sa section, en ramène un même nombre de 
caissons, qui sont aussitôt échangés contre les caissons de 
bataillons vides. Ceux-ci sont immédiatement conduits à la 
section par les conducteurs et les attelages qui en sont venus. 

Reconstitution de l'approvisionnement normal après le 
combat. — Après l'engagement, et tant que le général com- 
mandant le corps d'armée n'a pas donné d'ordres contraires, 
le ravitaillement continue à s'effectuer suivant les principes 
ci-dessus, même pendant la nuit et pour des unités bivoua- 
quées. On procède, s'il y a lieu, pour l'emploi des car- 
touches en excédent de l'approvisionnement individuel, 
d'après les principes indiqués plus haut. 

Ravitaillement général. — Dès que le général comman- 
dant le corps d'armée le juge possible, il donne Tordre de 
procéder au ravitaillement général. Dans ce but, il fixe les 
points sur lesquels les diverses sections de munitions 
doivent être dirigées ou réunies pour constituer des centres 
de ravitaillement. 



198 ARMES A FEU PORTATIVES. 

Chaque unité combattante constitue un détachement 
«rhommes et de voitures attelées, pour aller au ravitaille- 
ment. Autant (|ue possible, les détachements dirigés sur un 
môme centre de ravitaillement sont groupés en une colonne 
commandée par un officier. 

Nous n'avons pas à indiquer ici comment se ravitaillent 
les parcs do corps d'armée et les grands parcs. 

Nous avons cru devoir donner au complet le mécanisme 
du ravitaillement en munitions des troupes d'infanterie, 
tant sur la ligne de bataille que pour leurs caissons» de ma- 
nière à bien fixer les idées à ce sujet et à pouvoir nous dis- 
penser d'entrer dans les détails en ce qui concerne l'organi- 
sation similaire dans les armées étrangères, où, en principe, 
le ravitaillement s'opère de la même manière. 

Allemagne. — Il est prescrit de faire arriver chaque fan- 
tassin sur le champ de bataille avec un approvisionnement 
assuré de 250 cartouches, en distribuant au préalable les 
9,000 cartouches de la voiture à munitions de la compagnie. 
On estime, en effet, qu'il est moins pratique de ravitailler 
en cartouches des troupes engagées que de les remplacer 
par des réserves fraîches. 

Plus denses que par le passé, les chaînes de tirailleurs, 
arrivées à 600 mètres de l'ennemi, ne devront plus compter 
sur aucun soutien, car l'intensité du feu à cette distance ne 
permettra à aucune troupe de traverser la zone battue. La 
première ligne est donc quelque peu abandonnée à elle- 
même, et il lui faut, pour assurer son succès au moment 
critique de l'assaut, un approvisionnement suffisant de mu- 
nitions pour éteindre le feu de l'adversaire. C'est à cette 
condition seulement que la deuxième ligne pourra être por- 
tée en avant pour appuyer les troupes de la ligne de combat. 

Pour amener les munitions jusque sur le champ de bataille, 
le Règlement a posé le principe que c'est un devoir impor- 
tant, pour les chefs de tout grade, d'assurer à temps, soit 
pendant, soit après l'action, le ravitaillement en munitions. 
Tous les moyens sans exception, dit-il, doivent être essayés 
pour envoyer des munitions aux troupes engagées et pour 
alimenter le feu qui, s'il est maintenu, peut assurer le gain 
de la journée, ou au contraire, s'il s'éteint, en déterminer 
la perte. 



CHAPITRE IX. 199 

Les indications précédentes sont assez contradictoires, 
car, d'une part, on affirme qu'il n'est pas possible de faire 
arriver des munitions aux tirailleurs arrivés à 600 mètres 
de l'ennemi, et, d'un autre côté, on prescrit d'essayer de 
tous les moyens pour arriver à ce résultat. Ces moyens con- 
sisteront, en général, à faire faire la navette, entre les 
lignes de feux et les voitures de munitions, à un certain 
nombre de pourvoyeurs. 

Dans la défensive, il est prescrit d'établir à l'avance de 
petits dépôts de munitions sur la ligne. 

Angleterre. — On a expérimenté, en 1889, une voiture 
légère pour munitions d'infanterie, destinée à approvi- 
sionner de cartouches, sous le feu, la ligne de combat. Cette 
voiture, qui peut transporter jusqu'à 20,000 cartouches en 
terrain ordinaire, est traînée par deux hommes, protégés 
par des écrans en acier à l'épreuve de la balle. 

Les roues sont établies sur le modèle des roues de bicycle. 
Le corps de la voiture, formé de plaques d'acier se recou- 
vrant, a quelque ressemblance avec l'avant d'un bateau 
tourné sens dessus dessous. La couverture, ainsi que les 
ailes et le bouclier fixé sous le corps de la voiture, sont en 
tôle d'acier ondulé de 4™™, 8 d'épaisseur. Ces tôles ne seraient 
évidemment pas suffisantes pour arrêter des balles tirées à 
bout portant ou frappant normalement. Mais, comme la 
voiture ne s'approche jamais à plus de 400 ou 500 mètres 
de l'ennemi et que toute sa surface a des formes très 
fuyantes ou en pointe, on peut admettre que les conduc- 
teurs sont suffisamment protégés. 

Ce genre de voiture est certainement très ingénieux, 
puisqu'il permet à deux hommes de faire arriver sur la 
ligne de combat autant de cartouches que 40 hommes dans 
le système français, et que ces deux hommes sont jusqu'à 
un certain point protégés, alors que les 40 derniers ne le 
sont pas du tout. On peut toutefois se demander ce qu'il 
arriverait si la voiture avait ses plaques traversées par un 
projectile venant faire sauter tout le chargement. 

Autriche-Hongrie. — Pour parer au gaspillage des muni- 
tions, il est recommandé avec une insistance toute particu- 
lière d'éviter d'inutiles consommations de cartouches, en 



200 ARMES A FEU PORTATIVES. 

veillant soigneusement à Tinstruction du soldat en ce qui 
concerne la discipline des feux. Une annexe spéciale au 
règlement d'exercices de Tinfanterie règle minutieusement 
l'emploi des différents genres de tir. Le feu le plus habituel 
doit être le feu de salve par escouade; l'emploi du feu 
rapide est limité à Tinstant décisif du combat; le feu indivi- 
duel parait réservé aux meilleurs tireurs, et les feux aux 
distances supérieures à 1000 pas ne s'exécutent que par 
salves, à rangs serrés, dans des cas fort rares, avec de 
sérieuses restrictions. 

Lo fantassin porte 100 cartouches, mais on a étudié, en 
1891, le moyen d'augmenter cet approvisionnement de 40 
ou 50 cartouches, qui seraient placées dans la grande 
giberne, et l'on reporterait alors dans l'étui-musette les 
vivres que cette giberne contient; en compensation, l'équi- 
pement du fantassin devait être diminué d'un poids équi- 
valent. 

Lorqu'on prévoit un engagement, on distribue à chaque 
soldat qui doit entrer en ligne 20 des 42 cartouches par 
combattant que contient le caisson de compagnie. Dès que 
le combat s'engage, ces voitures se portent, sans autre avis, 
auprès de la réserve de leur bataillon, de manière à suivre 
ses mouvements en profitant de tous les couverts et en évi- 
tant de s'exposer aux coups dirigés contre elle. Au moment 
où cette réserve entre en ligne, les voitures se rapprochent 
le plus possible de la ligne de feux; lorsque l'attaque déci- 
sive se prononce, elles se portent en avant pour rejoindre 
le bataillon aussitôt qu'elles peuvent le faire. 

Dans le combat offensif, aussitôt que le bataillon prend 
la formation de combat, les compagnies désignées pour 
marcher en première ligne détachent 6 ou 8 hommes, géné- 
ralement les tambours, clairons ou pionniers d'infanterie, 
qui se rendent aux caissons sous la conduite d'un gradé. Ils 
y reçoivent chacun un sac rempli d'environ 400 cartouches 
et retournent en bon ordre vers leurs compagnies. 

Le remplacement ultérieur des munitions est ordonné 
par le commandant du bataillon, régiment ou groupe. Les 
cartouches supplémentaires sont généralement apportées 
sur la ligne de combat par les réserves char^^ées de ren- 
forcer cette dernière. On peut aussi confier ce soin à de 
petits détachements que Ton envoie, sous la conduite d'un 



CHAPITRE IX. 201 

sous-offlcier, jusqu'à la ligne de feu, où ils doivent alors 
demeurer. 

Les compagnies engagées en première ligne profitent des 
pauses du combat pour remplacer les munitions épuisées et 
pour égaliser les provisions de cartouches entre les hommes 
de la même compagnie. On enlève les munitions aux morts 
et aux blessés, et on les répartit à leurs camarades. 

Dans la défensive^ surtout dans la défense des lieux 
habités ou des positions organisées, on peut, même avant 
le commencement du combat, vider les voitures de muni- 
tions et en distribuer le contenu, ou bien les placer à proxi- 
mité de la première ligne, en certains points favorables. 

Pour chaque homme armé du fusil à répétition mod. 1888, 
outre les 100 cartouches portées par le soldat et les 42 du 
caisson de compagnie, il y en a 87 dans la colonne de muni- 
tions du parc divisionnaire, 27 dans le parc de corps, 26 
dans le parc d'armée et iS dans le grand dépôt d'armée, 
soit un total de 277 par homme. 

Italie. — La décision du 12 février 1888 affecte à chaque 
bataillon d'infanterie ou de bersaglieri, pour le transport 
de ses munitions, une voiture à deux roues, dite charrette à 
cartouches. Elle contient deux caisses de 1760 cartouches 
chacune et 64 havresacs, contenant chacun 30 paquets de 
8 cartouches, soit à peu près le poids normal du havresac 
chargé. Cela donne un total de 18,880 cartouches, ou de 20 
environ par homme. 

L'approvisionnement des deux caisses est destiné à tenir 
au complet la dotation individuelle, à remplacer les car- 
touches avariées ou consommées par les petits postes ou les 
patrouilles. 

Les t)4 havresacs sont distribués, au moment où un enga- 
gement est probable, aux compagnies à raison d'un par 
escouade ou de 16 par compagnie, ce qui assure un supplé- 
ment de 16 cartouches seulement par combattant. Les 
hommes désignés échangent leur havresac ordinaire contre 
celui à cartouches, apt*ès y avoir adapté leur gamelle et 
leur manteau-pèlerine. La distribution de ces cartouches 
doit être faite pendant le combat, ou exceptionnellement 
avant le début de l'action, mais en hâtant plutôt qu'en retar- 
dant cette distribution. Les fractions non engagées peuvent. 



302 ARMES A FRU PORTATIVES. 

au besoin, envoyer leurs porteurs de cartouches ravitailler 
les unités aux prises avec Tennemi. Le ravitaillement ter- 
miné, les porteurs peuvent aller se ravitailler au parc 
crartillerie de division, dont les voitures se sont rappro- 
chées pendant le combat. Après avoir assuré le remplace- 
ment des munitions, ces porteurs sont de préférence dési- 
gnés pour le service de brancardier. 

L*emploi du sac A cartouches a l'avantage de ne donner 
lieu à aucun mouvement de va-et-vient sur la ligrne; son 
seul inconvénient est d'exposer un certain nombre d'hommes 
à rester privés de leur havresac pendant un temps qui peut 
être assez long, pour peu que les voitures à bagagres ren- 
contrent des difficultés les empêchant de rejoindre les 
cantonnements. 

Le fantassin porte 96 cartouches, en trouve 20 dans la 
charrette à munitions, 98 dans les caissons des autres parcs, 
soit 214 en tout. 

Les mesures précédentes se rapportent au fusil modèle 
1870-87; celles qui se rapportent au fusil de 6™«,5 récem- 
ment adopté, ne sont pas connues, en supposant qu'elles 
aient été prises déjà. 

Russie. — Chaque compagnie dispose de deux voitures 
de munitions à un cheval; on groupe toutes les voitures 
d'un même régiment et on en prend la moitié pour consti- 
tuer la réserve. 

Contrairement au principe généralement admis, chaque 
compagnie engagée, lorsqu'elle a besoin de se ravitailler, 
envoie demander des munitions au commandant des unités 
de réserve qui se trouvent en arrière. Celui-ci fait immé- 
diatement céder par ses hommes la moitié des cartouches 
qu'ils portent, et les fait transporter sur la ligne de feu, au 
moyen de six à dix hommes par compagnie sous la surveil- 
lance d'un gradé. 

Les troupes ainsi dépourvues de la moitié de leurs muni- 
tions les remplacent de la même manière, en se faisant 
donner les cartouches qui leur manquent par les bataillons 
en arrière. Ceux-ci vont se ravitailler aux voitures. 

On voit que le mécanisme du ravitaillement est complète- 
ment différent de celui adopté généralement, puisqu'au lieu 
de se faire d'arrière en avant il s'effectue d'avant en arrière. 



CHAPITRE IX. 203 

On ignore s'il a été pris des mesures au sujet du fusil de 
3 lignes, mod. 1891. 

Suisse. — Chaque compagnie dispose d'environ 6,000 car- 
touches dans les demi-caissons de bataillon. Le chef de 
bataillon dont la troupe est engagée se fait envoyer un ou 
plusieurs caissons au point qu'il désigne. On dirige sur ce 
point quatre hommes par demi-caisson, sous la conduite 
d'un sous-officier. Ces hommes se chargent chacun d'un bissac 
qui se trouve dans les voitures à munitions, le garnissent le 
plus possible de cartouches, qu'ils vont ensuite distribuer 
aux combattants. 

Résumé. — La question du ravitaillement des munitions 
aux troupes de la ligne de combat ne paraît pas résolue 
d'une façon satisfaisante, si Ton en juge par la diversité des 
moyens employés. On peut cependant tirer des indications 
précédentes les conclusions ci-après : 

!•* Le procédé le plus pratique à employer, lorsqu'un 
engagement peut être prévu, consiste à distribuer aux 
troupes de première ligne, avant le début de l'action, le plus 
grand nombre de munitions possible, que l'on casera où 
l'on pourra, dans les poches, dans l'étui-musette, etc. Ainsi, 
un supplément de 200 cartouches par homme ne constituera 
qu'une augmentation de poids de 4^,S0O environ ; or, en 
pareil moment, personne ne songera à se plaindre d'un sur- 
croit de ce genre qui ira, en outre, en diminuant progressi- 
vement ; 

2o Avec la puissance actuelle des feux, il ne faut pas son- 
ger à envoyer des munitions aux combattants arrivés à 
600 mètres de l'ennemi. Jusqu'à cette distance il sera, en 
général, possible aux pourvoyeurs de se défiler ; pourtant, 
la zone meurtrière s'étendant bien au delà , le moyen le 
moins dangereux sera celui qui exposera le moins d'hommes, 
c'est-à-dire des voitures du genre de celles employées par 
l'Angleterre ou les Etats-Unis, et dont il y aurait lieu de 
déterminer le modèle et les conditions d'emploi; 

3<* Comme le prescrit le règlement français, tout déplace- 
ment d'hommes ou de voitures d'avant en arrière, pour le 
remplacement des munitions, doit être absolument interdit. 
Des mouvements de ce genre peuvent donner aux tirail- 



204 ARMES A FEU PORTATIVES. 

leurs l'impression d'une retraite, dégarnissent la ligne et ne 
peuvent jamais être bien réglés ; 

40 Une fois le combat engagé, il ne faut négliger aucun 
moyen, ne perdre aucun instant ni aucune occasion, non 
seulement pour ravitailler les combattants, mais pour faire 
égaliser autant que possible le nombre de cartouches dont 
chacun d'eux dispose. 



CHAPITRE X. 

Conditions générales. — Les carabines ne sont autre 
chose que des fusils à canon plus court, mais absolument 
identiques en général aux fusils et tirant actuellement la 
même cartouche. 

Pendant une certaine période, on a affecté une carabine 
qui, au début, signifiait arme rayée, aux bataillons de chas- 
seurs à pied dont les soldats recevaient une instruction de 
tir particulière. On y a renoncé depuis l'adoption du fusil 
Chassepot, et l'on a réservé dès lors la carabine pour l'ar- 
mement de la cavalerie et de la gendarmerie, celle de cette 
dernière ne différant de la précédente que par l'adjonction 
d'une baïonnette. En outre, le levier du cylindre est coudé, 
afin de s'appliquer contre la monture quand le tonnerre est 
fermé, de manière à éviter les chocs accidentels à cheval et 
à permettre le port de la carabine à la botte. 

Dans quelle proportion convient-il de raccourcir le 
canon ? Cela dépend évidemment de la nécessité de commu- 
niquer à la balle le mouvement de rotation nécessaire pen- 
dant son trajet dans le canon pour vaincre la résistance de 
l'air, c'est-à-dire par des rayures. C'est ainsi que la cara- 
bine mod. 1874 n'avait que 0"»,13 de moins que le fusil du 
même modèle, avec des rayures au pas de 0"^,55, alors que 
la carabine mod. 1890 est moins longue de 0'",36 que le fusil 
mod. 1886, mais les rayures sont au pas de 0™,"24. 

Nous avons indiqué déjà, en parlant de la longueur du 
canon du fusil, la limite inférieure à laquelle on peut des- 
cendre pour cette longueur, sans nuire aux propriétés balis- 



GHAPITKE X. 205 

tiques de Farine. Il n'a d'ailleurs pas été fait d'expériences 
complètes sur la diminution de la vitesse initiale résultant 
du raccourcissement progressif du canon. Nous n'avons 
trouvé à ce sujet qu'une indication concernant le résultat de 
recherches faites dans cette voie au Danemark, pour une 
série de 10 coups pour chacune des longueurs de canon 
mentionnées ci-après : 

Longueur du canon en cent. 80 70 60 50 40 30 20 10 
Vitesse initiale en mètres.. 650 638 620 605 580 550 475 300 

Dans les carabines récemment adoptées et pour lesquelles 
on possède des renseignements précis, la longueur du canon 
varie entre 0«»,45 et 0™,80, soit une diminution de 0°»,20 à 
0'»,35 sur la longueur correspondante du fusil. 

ALLEMAGNE. 
Carabine mod. 1888. 

L'adoption du fusil mod. 1888 n'a pas tardé à être suivie 
de celle de la carabine mod. 1888, qui n'est autre chose que 
le fusil raccourci, avec quelques modifications de détail. 
Cette carabine tire la même cartouche que le fusil et sert à 
l'armement de la cavalerie, de l'artillerie à pied et des 
pionniers. 

Toutes les données concernant les rayures, les car- 
touches, le mécanisme sont les mêmes que pour le fusil 
mod. 1888 ; la longueur de la carabine est de 0°»,95, et son 
poids (non chargée) de 3'',300 en moyenne. La vitesse ini- 
tiale n'est plus que de 570 mètres au lieu de 620 mètres pour 
le fusil. Cette diminution considérable (50 mètres) de vitesse 
initiale ne parait pas explicable, car, en France, dans les 
mêmes conditions relatives, elle n'est que de 15 à 20 mètres. 

ANGLETERRE. 
Carabine Martini-Metford. 

La cavalerie de la garde a dû recevoir récemment une 
carabine Martmi-Metford, qui tire la même cartouche que 
le fusil Lee Metford. Cette arme doit être distribuée succes- 
sivement à tous les régiments de cavalerie. 



206 ARMES A FEU PORTATIVES. 

AUTRICHE HONGRIE. 
Garabiiie mod. 1890 (Fig. 446). 

On a adopté en 1890, pour la cavalerie austro-hongroise, 
un nouveau modèle de carabine à répétition, du système 
Mannlldier et du même calibre (8"™), tirant par suite la 
m^me cartouche que le fusil. Elle a l™,00o de longueur 
totale. 

Le canon est en acier Bessemer. La hoite de culasse est 
munie des entailles et encastrements nécessaires pour le 
fonctionnement du mécanisme. Uappar^eil de détente 
adapté à la boite de culasse est assez compliqué (fig, 117). 

La hausse à cadran est semblable à celle du fusil, mais 
elle n'a pas de ligne de mire latérale, parce que, pour la 
carabine, on n'a pas à faire usage de bien grandes portées. 
La hausse normale correspond à la distance de 375 mètres 
la plus faible à 225 mètres. Elle est graduée de 130 en 
150 mètres jusqu'à la distance de 1800 mètres. 

Le mécaniS7ne de fermeture se compose essentiellement 
de la tète mobile et du cylindre. Ce dernier, dans lequel la 
tète mobile s'engage par sa partie postérieure, fait corps 
avec le levier et ne peut produire qu'un mouvement de 
translation rectiligne, comme le fusil mod. 1888. Les per- 
fectionnements et les modifications très sensibles apportés 
à ce genre de verrou ont permis, en dehors de leurs avan- 
tages propres, de réduire le poids de l'arme à 3^^,300. La 
surface du cylindre porte deux saillies qui s'engagent dans 
des rainures hélicoïdales correspondantes pratiquées sur la 
tête mobile, et qui produisent le mouvement de rotation de 
cette pièce à l'ouverture et à la fermeture de l'arme. 

Le magasin peut recevoir cinq cartouches, comme le 
fusil. Mais sa construction a été modifiée de manière à 
réduire la saillie qu'il forme sous la boite de culasse et à 
faire corps avec la sous -garde, comme dans le fusil alle- 
mand. 

Le mécanisme et le système de répétition ne diffèrent en 
rien de celui du fusil. Toutefois, on a simplifié le méca- 
nisme qui fait arriver successivement les cartouches du 
magasin à hauteur de la chambre, en supprimant la branche 
ou plate-forme supérieure du transporteur, et en donnant 



CHAPITRE S.. 




i « 




208 ARMES A FEU PORTATIVES. 

par suite au ressort-moteur une disposition plus favo- 
rable. 

Cette carabine tire une cartouche dont Tétui a été ren- 
forcé au culot et allongé de 2™°* à l'avant pour^dieux main- 
tenir la balle. Elle contient 2 gr. 75 de poudre sans fumée 
Schwab. La vitesse initiale est de 380 mètres, au lieu de 
620 mètres pour le fusil. La force de pénétration dans le 
hêtre, à 15 pas, est de 0«»,46, soit 0«»,06 de moins que pour 
le fusil. 

Il est probable que le modèle d'étui dont il vient d'être 
question n'est pas spécial à la cartouche de la carabine, 
sinon Tapprovisionnement de munitions devrait être dis- 
tinct, ce qui constituerait un inconvénient sérieux. 

ESPAGNE. 
Carabine Manser de 7»"". 

Nous avons vu que le gouvernement espagnol a décidé 
l'achat de 50,000 carabines Mauser à répétition, du calibre 
de 7™™, et qu'il fera fabriquer le surplus dans ses manu- 
factures d'armes. En attendant, on dispose d'une carabine 
pour dragons, tirant la même cartouche Freyre-BruU que 
le fusil d'infanterie; mais, dans la carabine, la ligne de visée 
latérale n'existe pas. 

La vitesse initiale n'est inférieure que de 7 mètres à celle 
du fusil (443 mètres au lieu de 450 mètres). 

FRANCE. 
Carabine mod. 1890 (Fig. 448). 

La carabine de 8«»m^ adoptée en 1890 pour la cavalerie, 
tire la même cartouche que le fusil mod. 1885. Ce qui la 
distingue principalement de ce dernier, c'est l'emploi de 
chargeurs pour assurer le fonctionnement de la répétition. 
Le magasin, placé sous la boite de culasse, peut recevoir 
un chargeur de trois cartouches et est entièrement 
encastré dans la monture. Il est ouvert par le haut et par 
le bas. 

Le mécanisme de détente de la carabine et celui qui 
assure le fonctionnement de la répétition sont reliés l'un à 



CHAPITaE X. 



l'autre de manière à former un tout solidaire, qu'on appelle 
le mécanisme (i). La montiire est en une seule pièce. 




(I) Les figures 118, 119 et 120 sont extraites de la Q° lÎTraison de 1891 
les Ûittheilwngen itber Gegentiinie dei ArtiUti'ie und GenU-WtKtit. 




Lb cHargear est am petit 
réciçtott an. Ë6IJa^ <faioer 
mince, de la. cooJJBiLaiiiee' de 
trois ffactoŒcïie»^ «taie- i'oa 
introiinit âàna ia aiaigasia 
3iir L'éléTaCenr ; iiE est évidé 
sur le» âces paax'eiz éimi- 
oner IepoiiI»(;^. 11!?), et il 
tombe cie Inî-iiiàiiie ^oaiid la 
demiJèrecartoac&e rïqaitté 
potir entrer' danâ la eiuun- 
bre. Ca tiloa. ea saillie sur 
le (bail doone pnse À on 
crociiiet de efiArgeiir qoauid 
on charge la carabtne. 

Les eiL>rgears9onî sjnié- 
triques. 

Le ctLargemest par car- 
tooches isolées n'aora lieu 
qii*exce[ytioiLQ.ellement et à 
défaut de c&argeors, ou 
lorsqa''oa ae disposera que 
de cartoaches séparées. 

Lk fonctionnement dans 
le tir coup par coup (arec 
des cartoadtes non empa- 
quetées en chargeurs) est le 
même que celai du fusil 
rood. 18T4. Toutefois, il suf- 
fit, pour charger l'arme, de 
placer la cartouche sur la 
planche de iélèTateur; elle 
est alors introduite dans la 
cbambre par la culasse mo- 
bile. 

Mais le fonctionnement 
normal de la carabine est le 
lu- à répétition, qui a lieu 
comme il suit (fig. 120). 

Le chargeur garni ayant 
été mis en place, le tireur 



CHAPITRE X. 2 H 

ferme le tonnerre. Dans ce mouvement, la culasse mobile 
pousse la première cartouche hors du chargeur et Tintro- 
duit dans la chambre. Au moment où le bourrelet de cette 
cartouche quitte le chargeur, les deux autres cartouches 
montent sous l'action de l'élévateur, la cartouche supérieure 
venant s'appliquer contre la paroi du cylindre. Lorsqu'en- 
suite, le coup tiré, on ramène la culasse mobile en arrière, 
l'étui vide est expulsé à l'instant où son bourrelet vient 
buter contre Téjecteur; presque en même temps, les deux 
cartouches restantes finissent de monter sous l'action de 
l'élévateur, et les choses se retrouvent dans le même état 
qu'avant l'introduction de la première cartouche. 

Il est à remarquer que l'on peut, après avoir mis en 
place le chargeur garni de cartouches, fermer la carabine 
sans introduire de cartouche dans la chambre. A cet effet, 
on appuie avec le pouce de la main gauche sur la cartouche 
supérieure du chargeur, et Ton fait descendre celui-ci de la 
quantité nécessaire pour que le bourrelet de ladite car- 
touche ne soit plus en saillie sur le trajet de la tête mobile : 
on pousse en même temps la culasse mobile en avant et l'on 
ferme Tarme. 

On peut de cette façon transporter en toute sécurité la 
carabine chargée de trois cartouches. 

On ne peut décharger l'arme que par cartouches succes- 
sives. A cet effet, on ouvre la culasse et on la ramène en 
arrière, en plaçant en même temps le pouce de la main 
gauche en travers de Téchancrure pour empêcher la car- 
touche de tomber ; on saisit d'abord la cartouche provenant 
du canon, on agit ensuite avec le pouce de la main droite 
sur le poussoir du crochet du chargeur; on prend le char- 
geur avec cette main, on le replace dans la cartouchière 
avec la cartouche libre, et l'on ferme la culasse; enfin, on 
désarme en soutenant le chien avec le pouce pour le con- 
duire avec précaution à l'abattu et l'on saisit l'arme à la 
poignée avec la main droite. 

La carabine de cuirassier ne diffère de celle de cavalerie 
que par la crosse, qui a une forte pente et est garnie d'une 
plaque de couche en cuir, pour permettre le tir en cuirasse. 
Cette plaqué de couche est formée de deux épaisseurs de 
cuir collées Tune sur l'autre et vissées sur la crosse, 

La carabine de gendarmerie diffère de celle de cavalerie 



212 



ARMES A FEU PORTATIVES. 



en ce qu'elle est disposée )«our recevoir une épée-baîonnette 
du fusil mod. 188ti, mais pesant 75 grammes de plus. 

Le tableau ci-après résume les données générales concer- 
nant ces trois espèces de carabines : 



Ide l'trme 
— sans baïonnette. . 
du canon 
de la chambre 
de la partie rayée 
de la ii^ne de risée 

Calibre minimum (mill. >. 

Inclinaison de la plaque de couche 

de l'arme | "on chargée (kil ). 

> avec charveur garni de 

halo'^êtte. ) ^ <«rtouche. .... ^kil.). 

Poids du chargeur sans eartouche.4. (kil.). 

de l'é ée ( **°* fourreau. ..... (kil.). 

baïonnette j «^«'^ ^^'^^^ ^''"•)- 



CARABINE DE 


Cava- 


Cui- 


Gendar- 


lerie. 


rasaiers 


merie. 


U45 


950 


945 


w 


» 


1«,4C5 


453.4 


453,4 


453,4 


72, T) 


72,5 


72,5 


377,5 


377,5 


377,5 


352,5 


352,5 


352,5 


7,U8 


7,98 


7,98 


65 


86 


65 


3,000 


2,980 


3,100 


3,095 


3,075 


3,195 


0,095 


0,095 


0,095 


» 


M 


0,475 


s 


M 


0,675 



Le poids de la ca- 
rabine de gendarme- 
rie avec baïonnette 
est de 3^,875. 



RUSSIE. 



Fusil de dragons mod. 1891. 

L'Empereur a adopté, le 14 décembre 1891, un modèle de 
fusil de dragons de 3 lignes (7°^™, 62) qui, muni d'une baïon- 
nette, sera donné aux troupes armées jusqu'à présent du 
fusil de dragons (Berdan). La même arme, dépourvue de 
baïonnette, sera mise en service dans les troupes cosaques, 
qui possédaient le fusil de cosaques. 

Si Ton remarque que la Russie appelle fusil de dragons 
Parme que nous désignons sous le nom de carabine, et que 
la nouvelle arme adoptée pour les dragons et les cosaques 
est du même calibre et tire la même cartouche que le 
nouveau fusil à répétition, on est en droit de croire 
que c'est bien d'un modèle de carabine à répétition qu'il 
s'agit et que, sauf la longueur du canon et les autres modi- 
fications de détail indispensables, ce modèle est similaire 
de celui du fusil mod. 1891. 



CHAPITRE XI. 213 

SUISSE. 
Carabine mod. 1889. 

Un modèle d'arme notablement plus court que le fusil 
mod. 1889, mais possédant les mêmes propriétés balistiques 
et tirant la même cartouche, doit être construit pour la 
cavalerie fédérale. 



CHAPITRE XI. 

IHOUSQUEXOTV. 

Au début, le mot mousqueton signifiait un mousquet di- 
minué comme calibre et comme longueur du canoii; il 
avait été modifié dans ce sens pour servir à l'armement de 
la cavalerie. Mais actuellement, c'est, en général, la cara- 
bine qui est employée dans ce but. 

Les mousquetons sont, en général, plus courts et plus 
légers que les fusils ou les carabines. Ceux qui sont encore 
en service font en principe partie du même système d'armes 
qiie les fusils adoptés dans les diverses armées. Cependant, 
depuis l'adoption des fusils à répétition, on n'a générale- 
ment pas modifié encore les modèles de mousquetons en 
service. Cela tient probablement à ce que ce genre d'arme- 
ment, employé seulement pour certaines troupes spéciales 
et uniquement pour leur défense personnelle, peut paraître 
suffisant, au moins provisoirement, pour le but qu'il doit 
remplir. 

Ainsi, la Belgique a un mousqueton mod. 1872 (Albini) 
pour la gendarmerie; l'Espagne a un mousqueton Reming- 
ton, mod. 1871, pour les hommes montés du génie; la 
Grèce a le mousqueton français mod. 1874 (Gras) pour les 
servants d'artillerie, le train et les compagnies d'infir- 
miers; l'Italie a un mousqueton Carcano pour les carabi- 
niers et les troupes d'artillerie, un mousqueton de cavalerie 
Vetterli (1870) pour les chevau-légers, et d'infanterie pour 
l'artillerie de forteresse, le génie et les pontonniers; enfin, 
la Suisse a un mousqueton à répétition mod. 1871 (Vet- 



214 



ABMEE i FEU PORTATIVES. 



terli) pour les dragons. Ce dernier est du même modèle que 
le fusil à répétition dont nous ayons parlé (page 1 8), sanf 
la réduction de la longueur du canon et les modiâcations 
indispensables des organes de pointage. 

En France, le mousqueton modèle 1874 est desrtiné aux 
serrants de l'artillerie et aux aérostiers; il est semblable 
au fusil d'Infanterie mod. 1874, sauf qu'il est plus court et 
plus léger, que la plaque de couche, la sous-garde, l'embon- 
clioir et la grenadière sont en laiton, que le levier est coudé 
comme dans la carabine. Les rayures sont dirigées de 
gauche à droite, afin de compenser la déviation due aux 



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11,00 


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1,363 


11.00 




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0,9(10 


1,520 


11,00 


610 


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1,301 


10. 3B 




3.650 


«,300 


1,097 


1.6I& 


10,35 




.^ 




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470 



M1BT2, Albuii 

M 1871. TtamlBgton 

M JW4.Q™ . - . 

M 1870, Vslterli (usnlarw). 

Id. (InbnUriE). 

ManmiuetOB k T«p«(. M 1871 
(VellMU) 



Composition de l'armement des différentes nnaes. 

En examinant dans te détail la composition de Parme- 
ment des diverses troupes entrant dans la constitution des 
armées, on peut constater qu'il existe des divergences 
nombreuses dans la manière de comprendre cet armement, 
suivant les diverses variétés d'armes à pied ou à cheval. 

Ainsi l'infanterie se compose de troupes de ligne ou 
réellement combattantes, et de troupes plus ou moins spé- 
ciales) telles que la gendarmerie, l'artillerie, le génie, les 
troupes d'administration, etc. Or, dans presque toutes les 
puissances, les troupes de ligne seules sont armées du fusil 



CHAPITKE XI. 215 

vibrations de l'arme, laquelle se produit à gauche. On a 
conservé pour cette arme le sabre-baïonnette mod. 1866. Le 
mousqueton tire la même cartoucùo que la carabine et 
le fusil mod. 1ST4; son recul est actuellement beaucoup 
plus fort et la justesse du tir s'en ressent, ce qui est d'ail- 
leurs le cas de tous les mousquetons. 

Ce mousqueton mod. 1874 sera remplacé à bref délai, si 
ce n'est fait déjà, pa.r un mousqueiond'ariiUerie mod. i89% 
qui est à répétition - 

Le tableau ci-après résume les données principales con- 
cernant les mousquetons et leurs munitions : 



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0,30 


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l.ûû 


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*5 


41.1) 




345 




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4, M 


o.-as 


0,55 


5, M 


!5 


27,15 


43,8 


te.o 


4!0 




4 


4,lfi 


0,îù 


Û,66 


J.OO 


ÏO 


S5.eo 


35,8 


6B,15 


875 




* 


4,10 


O.S0 


0,86 


1,00 


20 


Î5,S< 


35,8 


66,15 


410 




* 


4.50 


M. 


0,66 


3,75 


Î0.4 


2. 


30,5 


56,0 







d'infanterie, et les autres sont pourvues d'une carabine ou 
d'un mousqueton. Il nous semble que cette distinction bien 
tranchée est très rationnelle, car les troupes n'entrant pas 
normalement dans la composition des troupes de ligne n'ont 
à faire usage de leurs armes que dans des cas très particu- 
liers et presque uniquement pour leur propre défense. En 
outre, par la nature même de leur service, elles ont besoin 
d'avoir une arme plus légère et moins encombrante que le 
fusil, d'autant plus que certaines d'entre elles, les servants 
d'artillerie et les sapeurs du génie, plus chargées pour 
d'autres causes, doivent trouver une compensation dans la 
diminution du poids de l'armement. 



216 ARMES A FEU PORTATIVES. 

Étant donné que la carabine actuelle est plus courte et 
moins lourde que le mousqueton mod. 1874, il nous semble 
tout indiqué de ne plus avoir à l'avenir d'autre modèle 
d*arme à feu que le fusil, la carabine et le revolver, le 
mousqueton constituant une variété qui n'a plus sa raison 
d'être. En outre, il semble rationnel de donner la carabine 
de gendarmerie mod. 1890 à toutes les troupes à pied plus 
ou moins spéciales. 

La réduction du nombre des modèles peut avoir une 
sérieuse importance au point de vue de la simplification de 
l'armement et des approvisionnements; elle peut être réa- 
lisée tout en assurant mieux que par le passé les diverses 
conditions prévues. D'ailleurs, il semble que, en ce qui con- 
cerne la désignation de l'armement de chaque arme, l'ar- 
tillerie seule ne devrait pas avoir voix délibérative et que 
les intéressés devraient être consultés. 



CHAPITRE XII. 

REVOLVER». 

Indications générales. - On sait que les anciens pistolets 
des troupes à cheval ont été remplacés en France, depuis 
1873, par des revolvers. La marine avait reçu dès 1870 une 
arme de ce genre. 

Les revolvers sont des armes à répétition très légères, 
pouvant être tirées à bras tendu dans les mêmes conditions 
que le pistolet. Il y a intérêt à en réduire le poids, qui 
varie entre 800 et 1300 grammes. 

L'invention en est attribuée au capitaine américain Coït, 
vers 1835, et c'est réellement lui qui a trouvé le premier 
modèle pratique de ce genre d'arme. Hainzelet décrivait, il 
est vrai, en 1630, une arme se rapprochant sensiblement 
en principe du revolver actuel, mais on n'en trouve aucune 
application. Quoi qu'il en soit, ce n'est guère que depuis 
1860 que son emploi est devenu à peu près général. 

Le revolver est destiné à servir surtout pour la défense 
personnelle à distance rapprochée, c'est-à-dire jusqu'à 
oO mètres environ. Il est bon toutefois de pouvoir l'employer 



CHAPITRE XII. 2l7 

à une distance plus grande, car on arriverait ainsi à inspi- 
rer plus de confiance dans cette arme et par suite à s'en 
servir davantage en campagne. Grâce aux propriétés re- 
marquables de la nouvelle poudre, il serait facile d'obtenir 
ce résultat, tout en diminuant sensiblement le calibre, que 
Ton avait cherché au début à être le même que celui des 
fusils, sans qu'on puisse s'expliquer pourquoi; car, en prin- 
cipe, ces deux armes ne peuvent tirer la même cartouche. 

Il semble que le calibre, qui, dans les revolvers actuels, 
varie entre 1^°^,^ et 12 millimètres, aurait pu sans incon- 
vénient être abaissé à 6°»°»,5, et peut-être au-dessous. Mais 
il faut remarquer que les études et les expériences concer- 
nant les revolvers n'ont pas été poussées au même point 
que celles concernant les fusils et que, en général, les 
revolvers existants remontent à une époque assez éloignée, 
où la diminution du calibre n'était pas précisément regar- 
dée comme possible. 

Cette arme, dont la longueur varie entre 0^,^'t et 0°»,35, 
est ordinairement disposée pour recevoir six cartouches 
dans un magasin en forme de barillet. Les six cartouches 
peuvent être tirées dans l'espace de dix secondes, et, dans 
une lutte corps à corps, on n'a pas le temps de recharger 
l'arme. C'est probablement pour cette raison que, en géné- 
ral, les revolvers en service ne sont pas munis d'extracteur. 
Le système d'extraction présente d'ailleurs des inconvé- 
nients tels : diminution de la force de percussion, augmen- 
tation des ratés, difficulté de manipulation, complication 
plus grande du mécanisme, sans compter son utilité si 
contestable, qu'aucune puissance ne Ta adopté pour son 
armée. Cependant, il faut admettre que, si l'on peut hâter 
le rechargement de l'arme sans nuire aux propriétés balis- 
tiques et autres, il est tout indiqué de le faire, car, dans 
tous les cas, il est avantageux de pouvoir disposer d'une 
arme à feu au lieu d'une arme blanche.. 

D'ailleurs, le revolver est une arme si commode, si peu 
encombrante, que son utilité est incontestablement re- 
connue, et l'on peut s'étonner que l'on n'ait pas cherché à 
la faire bénéficier des progrès considérables réalisés dans 
la technique des armes pendant ces vingt dernières années. 
Il est vrai que Ton considère les modèles que Ton possède 
comme suffisants à la rigueur, et qu'on n'en pourrait effec- 



218 ARMES A FEU PORTATIVES. 

tuer le remplacement qu'en dépensant des sommes relati- 
vement considérables. 

Le revolver est réglementaire pour les officiers de toutes 
armes, pour les sous-offlciers ou cadres de la cavalerie dont 
les hommes sont armés du mousqueton, pour les conduc- 
teurs d'artillerie, les sapeurs-conducteurs du génie, les 
troupes du train, pour les hommes de troupe à pied qui ne 
sont pas armés du fusil ou du mousqueton, tels que adju- 
dants, sergents-majors, tambours, etc. 

En général, les modèles de revolver pour officiers sont 
semblables à ceux de la troupe et tirent la même cartouche, 
sauf qu'ils sont un peu plus légers, que les pièces sont 
mieux finies et qu'ils ont un aspect plus élégant. 

Espèces de revolvers. — On distingue trois espèces prin- 
cipales de revolvers : 

1® Ceux à mouvement simple ou intermittent, dans les- 
quels on peut armer et produire la rotation du barillet en 
agissant sur la crête du chien avec le pouce; 

2<> Ceux à mouvement continu^ dans lesquels la rotation 
du barillet et le soulèvement du chien s'obtiennent en agis- 
sant sur la détente, sur laquelle il suffit de presser et de 
rendre alternativement pour faire partir les cartouches du 
barillet. Plus rapide que le précédent, ce genre de tir com- 
porte moins de précision et ne peut guère s'employer qu'à 
bout portant, parce qu'en général il faut faire un efibrt pro- 
longé sur la détente et qu'on n'est pas prévenu du moment 
où le coup part ; 

3° Ceux à double mouvement, c'est-à-dire qui tiennent 
des deux précédents et, par suite, sont d'un système mixte, 
dans lesquels on peut armer, soit en agissant sur la crête 
du chien pour le tir ordinaire, soit en pressant sur la dé- 
tente pour le tir rapide. C'est à ce type que l'on s'est arrêté 
pour le revolver adopté en France. 

Conditions à remplir, — Un revolver de guerre doit sa- 
tisfaire aux conditions suivantes, dont la plupart ont déjà 
été prescrites pour les fusils à répétition : 
1» Organes du Tnécanîsme peu nombreux et solides. 
Si la construction n'était pas simple et solide, il pourrait 
se produire des arrêts dans le fonctionnement du méca- 
nisme, à la suite d'un long usage ou dans de mauvaises con- 



CHAPITRE XII. 219 

ditions d'entretien, ou encore par la chute de l'arme ou à la 
suite de chocs contre des corps durs ou à arêtes aiguës; 

2» Montage, démontage et entretien faciles. 

Cette condition s'explique d'elle-même et elle est en géné- 
ral obtenue, notamment dans le revolver français, où il 
suffît d'enlever la vis de la plaque de recouvrement pour 
démonter tout le revolver sans le secours d'un outil. 

S*» Suppression des départs accidentels. 

On y parvient au moyen d'un cran de sûreté. 

40 Fonctionnement certain et régulier. 

Pour cela, il est indispensable que le barillet soit arrêté, 
dans son mouvement de rotation, au moment où Taxe de 
l'une quelconque des chambres se trouve dans le prolonge- 
ment de l'axe du canon, le coup étant prêt à partir, et le 
chien ne doit retomber qu'après l'arrêt du barillet. En effet, 
si le bariUet tournait trop vite, il en résulterait un 
enrayage, car son mouvement serait en avance sur celui 
de la came de détente, qui viendrait alors s'arc-bouter sur 
le renfort du barillet entre deux échancrures. Pour désen- 
rayer, il suffirait de laisser tomber le chien au cran de 
sûreté et de faire tourner le barillet en sens contraire de sa 
rotation habituelle pour ramener la dent de crémaillère sur 
le bec de barrette. 

50 Maniement simple. 

Quelle que soit l'espèce de revolver, les mouvements du 
tir sont excessivement simples et restreints, puisque, comme 
nous l'avons vu, ils se réduisent soit simplement à presser 
sur la détente, soit à agir sur la crête du chien pour armer 
et à presser sur la détente pour tirer. Mais il y aurait lieu 
de chercher à simplifier l'extraction des étuis après le tir, 
car cette opération relativement longue retarde d'autant 
celle du rechargement de l'arme. 

id^ Poids peu élevé, tout en conservant une construction 
solide et un effet suffisant. 

Il faut par suite choisir, pour les diverses parties de 
l'arme, les métaux les meilleurs et bien déterminer la force 
et la proportion des différents éléments. Cette condition est 
facilement remplie. 

70 Cartouches înétalliques, simples et solides. 

Il est évident que l'on ne pourrait pas songer à employer 
d'autres cartouches que celles avec étui métallique. De 



320 ARMES A. S&V PORTATIVES. 

plus, elles sont en gént^ral A percussion centrale, en raison 
du genre de percuteur nécessaire. Enfin, comme pour le 
fusil, les cartouches doivent être simples et solides. 

FRANCE. 

Revolver med. 1873 (Fig. <21]. 

Le revolver de troupe adopta en France est à six coups, 
à feu continu et à percussion centrale, du système Cha- 
melot-Del vigne. 11 est relativement lourd, afin d'être plus 
solide et de rendre le recul moins sensible; il pèse 1S193 et 
a une longueur totale de 0™,242. 




On peut le diviser en six parties principales, qui sont : le 
canon, la carcasse, le barillet, la platine, les garnitures et 
la monture. 

Canon. — Le canon, en acier puddlé fondu, est tronco- 
nique à sa partie antérieure, à section octogonale à sa 
partie médiane, et sa partie postérieure consiste en un 
bouton fileté qui se visse dans la carcasse. 

L'âme, du calibre de 11™'°, se compose d'une partie rayée 
et d'un raccordement tronconique lisse, destiné à parer à 
un défaut possible de correspondance dans les axes des 



CHAPITRE XII. 221 

chambres du barillet et du canon. Les rayures, au nombre 
de quatre, sont inclinées de gauche à droite, pour com- 
penser une légère déviation à gauche. Elles sont au pas de 
0",3o; leur profondeur est de 0°»°»52, et leurs pleins, de 
4°»°»,4, sont égaux aux yides. 

Le guidon, en forme de grain d'orge, est placé à l'extré- 
mité antérieure du canon. 

Carcasse. — La carcasse, également en acier puddlé 
fondu, sert à réunir les différentes parties de l'arme et à 
permettre au tireur de la tenir en main. On y distingue : 
lo Idi, console, dans laquelle est vissé le bouton du canon et 
qui donne appui à la partie postérieure du barillet ; 2° le 
rempart, qui donne appui à la partie postérieure du ba- 
rillet et au culot de la cartouche ; 3» la bande, qui réunit les 
parties supérieures de la console et du rempart, séparées 
par la cage du barillet; elle porte postérieurement une lé- 
gère saillie entaillée d'un cran de mire, dont le fond est à 
42mm au-dessus de Taxe du canon. Comme le sommet du 
guidon est à 15°*^, 55 au-dessus de cet axe, il en résulte que 
la ligne de pointage rencontre la ligne de tir en arrière de 
Tarme, ce qui a pour but de corriger l'effet du relèvement; 
40 le corps de platine, qui règne au-dessous et en arrière de 
la cage du barillet et sur lequel sont fixées les différentes 
pièces de la platine ; 5^ la poignée, recourbée et se termi- 
nant par une calotte, qui porte une oreille servant à fixer la 
plaquette gauche de la monture et un anneau servant à sus- 
pendre l'arme. 

Barillet. — Le barillet, qui constitue le magasin, est un 
gros cylindre court en acier puddlé fondu, percé de six cham- 
bres disposées systématiquement autour du canal cylin- 
drique qui sert de passage à Taxe et qui reçoivent les six car- 
touches constituant le chargement. Il est mobile autour d'un 
axe horizontal, et, chaque fois que l'on arme, il fait un 
sixième de tour, de sorte que les cartouches viennent ainsi 
se placer successivement devant le canon. Les chambres 
sont faites à l'image de la cartouche. La face antérieure du 
barillet porte une bouterolle, sa face postérieure une cré- 
maillère circulaire munie de six dents. 

Platine. — La platine ou mécanisme se compose de trois 
organes principaux : 1° le chien, qui fonctionne comme 



:î22 ARMBS A FEU PORTATIVES. 

noiœ et comme percuteur, en môme temps qu*il agit sur le 
barillet. La noix porte un cran de bandé et un cran de 
sûreté. Une chaînette sert à régulariser Taction du grand 
ressort sur le chien et à relier ces deux pièces entre elles; 
i^ la gâchette, qui sert à empocher l'action du ressort sur 
le chien ; elle présente à cet effet un cran pratiqué sur la 
queue et qui engrène avec la noix. Pour le dégager, il faut 
faire pivoter la gâchette autour de son axe, qui est vissé et 
rivé dans le corps de platine; 3<> la détente, qui sert à trans- 
mettre la pression du doigt à la gâchette et à laisser le 
chien obéir â l'action du grand ressort ; elle sert encore à 
produire la rotation du barillet et l'armé dans le tir continu. 
JLe ressort de détente prend appui sur le pontet. 

Garnitures. — Les pièces ainsi désignées sont : !<> Vaœe 
du barillet, avec deux entailles dans lesquelles prend appui 
le crochet du poussoir, et qui servent à fixer sa position 
soit pendant le tir, soit lorsqu'on veut retirer le barillet de 
sa cage ; 2° le poussoir, destiné à maintenir Taxe du ba- 
rillet, pour l'empêcher de sortir de son canal ; 3^ la ba- 
guette, qui sert au déchargement de l'arme et à l'expulsion 
des douilles vides; 4» la porte, s'ouvrant d'avant en arrière 
et qui permet soit d'introduire dans le barillet les car- 
touches chargées, soit d'expulser les étuis vides ou les car- 
touches; qo la plaque de recouvreinent, qui recouvre com- 
plètement le mécanisme de platine et maintient en place la 
plaquette gauche ; 6* Vanneau de calotte, qui permet d'ac- 
crocher ou de suspendre le revolver. 

Monture. — La monture comprend deux plaquettes en 
bois de noyer, bombées et quadrillées extérieurement pour 
donner prise à la main. 

Le complément de la nomenclature des pièces est indiqué 
dans la Qgure 121 et dans la légende qui les accompagne. 

Cartouche. — Cette cartouche, à étui métallique et à per- 
cussion centrale, a sa balle solidement réunie à 
rétui par un fort sertissage de 0"»,03 de longueur. 
L'étui en cuivre rouge est â bourrelet plein, et le 
culot est percé d'un trou central; il renferme la 
charge, composée de gr. 65 de poudre de chasse 
Fig. 422. superfine. La balle, en plomb pur, a une hauteur 
totale de 15»»°» et un poids de 11 gr. 6; elle est évidée et 




CHAPITRE XII. 223 

de forme cylindro-ogivale. Une cuvette ou alvéole porte- 
capsule prend appui dans le trou central du culot; elle 
renferme Yenclume en laiton et la capsule double char- 
gée de gr. 035 de fulminate ; elle est percée au fond d'un 
trou ou évent pour la communication du feu à la charge 
{flg. 122). 

Fonctionnement du mécanisme. — Le fonctionnement est 
différent suivant que l'on exécute le tir intermittent ou le 
tir continu. Nous supposerons, dans les deux cas, le barillet 
chargé et le chien à l'abattu. 

Tir intermittent, — On arme en exerçant une pression 
avec le pouce sur la crête du chien, qui tourne autour de 
son axe en bandant le grand ressort. Le cran de sûreté et 
le cran de bandé viennent tomber successivement dans le 
cran de la gâchette, que son ressort appuie contre la noix. 
En même temps, le mentonnet est soulevé et entraine à la 
fois la barrette et la détente. A mesure que la barrette re- 
monte, son bec soulève une dent de la crémaillère et fait 
tourner le barillet à droite, jusqu'à ce qu'il soit arrêté par 
la came de la détente, qui vient se loger dans l'échancrure 
inférieure. D'autre part, le bec de la barrette faisant saillie 
contre une des dents de la crémaillère empêche le barillet 
de tourner en sens inverse, et l'arme est prête à faire feu. 

Pour faire partir le coup, on presse sur la détente, dont 
le talon vient soulever le bec de gâchette, en dégageant le 
cran de ce bec du cran de bandé ; le chien, obéissant à l'ac- 
tion du grand ressort, retombe brusquement et son percu- 
teur vient frapper l'amorce et faire partir le coup. 

On cesse alors de presser sur la détente, qui est ramenée 
à sa position primitive par l'action de son ressort à deux 
branches. Elle entraine le mentonnet et la barrette, de sorte 
que le barillet, maintenu d'une part par une dent de la cré- 
maillère et en sens inverse par le percuteur, ne peut 
tourner. 

Tir continu, — Le chien étant au cran de sûreté, en 
pressant sur la détente on soulève le mentonnet et la bar- 
rette. Celle-ci fonctionne comme dans le tir intermittent et 
fait tourner le barillet d'un sixième de tour; en même 
temps , le soulèvement du mentonnet amène le chien à 



tii MIMES A FEU POBTATIVES. 

rarmé. I/épaulomcnt du montonnet oblige le chien A tou^ 
lier autour de son axe en bandant le grand ressort, jusqu'à 
ce que le talon du mentonnet rencontre le talon de la cha^ 
niitre de la diUente. A ce moment, le cran de la noix est 
déjA déiragô en partie do IVpaulement du mentonnet; en 
continuant de presser sur la détente, le talon de celle-ci, 
appuyant sur celui du mentonnet, achève de dégager le 
cran de la noix. Le chien, n'étant plus soutenu, obéit à l'ac- 
tion du ^rand ressort et Hiit partir le coup. 

En cessant alors d*agir sur la détente, elle reprend sa 
position primitive; la grilTe du mentonnet s'engrène de 
nouveau sur le chien, et le mouvement peut recommencer 
jus(iu'â épuisement du magasin. 

Revolver d*offlcier mod. 1874. 

Ce revolver est, en principe, semblable à celui de la 
troupe, mod. 1873, et il tire la même cartouche; seulement 
il est terminé avec plus de soin, ses surfaces extérieures 
sont bronzées, et on a cherché à le rendre plus léger et plus 
élégant en enlevant du métal partout où c'était possible. 
Grâce surtout aux cannelures du barillet et à la diminution 
de longueur de 3'"'" de cette pièce et de certaines parties de 
la carcasse, on est parvenu à diminuer le poids d'environ 
200 grammes (1 kilog. au lieu de l*',i35). 

Il est certain que ce modèle pourrait être perfectionné, et 
un autre modèle du calibre de 8™"» est à Tétude depuis plu- 
sieurs années. Ce dernier modèle vient d'être adopté, sous 
le nom de revolver mod, 1892. 

Revolver mod. 1892. 

On a adopté, en 1892, un nouveau modèle de revolver 
pour oflicier. 

Le revolver mod. 1892 comprend les six parties princi- 
pales suivantes : 

1» Le ca7ion, dont Tàme est du calibre de 8™™ et a quatre 
rayures ; 

2° La carcasse, sur laquelle sont assemblées les diverses 
parties de l'arme. On y distingue : la console, portant à la 
partie inférieure le pivot de plaque-pontet, qui fait corps 



CHAPITRE XII. 225 

avec la carcasse; la bande, son cran de mire; le rempart; 
le corps de platine; la poignée; la calotte; 

3^ Le Mrillet, qui se divise en trois parties : le barillet 
proprement dit^ avec six chambres ; V extracteur^ avec sa 
tige, sa goupille, son ressort à boudin, le poussoir et le 
tube; \q support de Mrillet, qui comprend cinq pièces; 

A^ La platine, qui se divise en trois parties principales : 
le chien, formé de sept pièces ; le ressort, composé de trois 
pièces ; la détente, avec cinq pièces; 

o» Les garnitures, qui sont : la plaque-pontet et sa vis; 
la vis-arrêtoir de plaque-pontet ; la vis de pivot de plaque- 
pontet ; la porte et sa came ; le verrou de barillet et son 
pivot; le ressort de porte; l'anneau de calotte, son pivot et 
son verrou-arrêtoir ; la rosette de monture et sa vis ; 

6« La monture, qui se compose de deux plaquettes en 
noyer. 

Cartouche. — La cartouche, qui pèse 12 gr. 1/2, com- 
prend : 

Un étui à épaulement en laiton ; 

Une amorce (sans couvre-amorce) ; 

Une charge de poudre noire spéciale, du poids de 75 cen- 
tigrammes ; 

Une bourre en cire comprise entre deux rondelles, et 
prenant appui sur Tépaulement de l'étui, pour assurer 
î'étanchéité de la cartouche ; 

Une balle composée d'un noyau de plomb durci et d'une 
enveloppe de cuivre; la balle pèse 7 gr. 85. 

Chargem^ent et déchargement. — Pour charger, ouvrir 
la porte et rabattre le barillet à droite hors de sa cage, 
prendre le revolver de la main gauche par la poignée, le 
bout du canon dirigé vers la terre; placer les cartouches 
dans les chambres du barillet ; rabattre celui-ci à gauche et 
fermer la porte. 

Pour décharger, ouvrir la porte, rabattre le barillet à 
droite, pousser l'extracteur en arrière en appuyant avec la 
paume de la main droite sur le poussoir d'extracteur ; faire 
tomber les étuis tirés ; rabattre le barillet à gauche et fer- 
mer la porte. 

Si Ton veut retirer du barillet des cartouches chargées, il 
est bon d'opérer avec plus de précaution. Placer le revolver 

15 



22G AUMES A FEU PORTATIVES. 

dans la main gaucho, le canon dirigé vers la terre, la poi- 
gnée appuyée au corps ; rabattre le barillet à droite et agir 
sur le poussoir avec les deux premiers doigts de la main 
gauche, de manière à dégager en partie les cartouches ; 
retirer celles-ci une à une avec la main droite. 

Fonctionnement. — Quand la porte est fermée et le chien 
en repos, le barillet est immobilisé par Tarrêtoir de la 
détente, qui pénètre entre deux saillies du barillet. Si donc 
on interrompt le feu sans avoir brûlé toutes les cartouches 
du barillet, on est certain qu'en reprenant le tir on placera 
devant le percuteur des cartouches non tirées. 

Le chien est rebondissant, c'est-à-dire qu'après la percus- 
sion, et lorsqu'on a cessé d'agir sur la détente, il se reporte 
en arrière d'une certaine quantité sous l'action de la 
branche de rebondissement. Dans cette position, il y a arc- 
boutement de la branche et du chien, en sorte que ce der- 
nier ne peut se porter en avant par suite d'un choc quel- 
conque, ni par conséquent déterminer le départ accidentel 
du coup. 

Quand on ouvre la porte, elle entraîne en arrière le ver- 
rou de barillet. En même temps, sa came refoule le menton- 
net contre le chien et soulève légèrement celui-ci ; ce mou- 
vement du chien reporte la détente en arrière d'une 
certaine quantité. Il en résulte que le barillet n'est plus 
maintenu par son verrou ni par Tarrétoir de la détente, et 
qu'on peut le rabattre à droite hors de sa cage. Le ressort 
du support de barillet a pour but de donner de la stabilité 
au barillet dans ses deux positions extrêmes, c'est-à-dire 
dans sa cage et dans la position d'extraction ; il agit sur le 
pivot du support de la même manière que le ressort de 
porte sur l'axe de la porte. 

L'ouverture de la porte rend la percussion impossible ; on 
est donc sûr de ne pouvoir faire feu que lorsque la porte est 
fermée et que, par conséquent, le barillet est solidement 
maintenu dans sa cage par le verrou de barillet. 

Revolver mod. 1870, pour la marine. 

On a mis en France, dès 1858, un modèle de pistolet- 
revolver, système Lefaucheux, en fabrication à Saint- 
Étienne pour l'armement de la flotte. 



hr^ 



Le syslèTne Lefaucheuw est un des premiers perfection- 
nements apportés au revolver Coït, et Van des plus pra- 
tiques, consistant dans l'adoption d'une cartouche à broche. 
Dans ce genre de cartouche (flg. i'I'à), une 
broche métallique, faisant saillie à l'exté- 
rieur, présente sa pointe à l'intérieur en 
face du fulminate. Le départ du coup est 
obtenu par le choc du chien sur la tige. 
Mais, en raison du danger que prtîsente 
leur transport, on n'a pu employer ces car- 
touches à la guerre. Aussi le revolver mod. 
1858, à mouvement intermittent et à car- 
touche à broche, a été transformé en revol- '^ 
ver à double mouvement et à percussion centrale, comme 
le mod. 1870, et il tire la même cartouche. 

Le pistolet-revolver mod. 1870 est du calibre de 11"",1; 
le canon a 4 rayures tournant de gauche à droite et au pas 
de l'»,24; il ne comporte pas de pans et a une longueur de 
121""°. Le guidon a son sommet sphêrique. Le barillet est 
semblable à celui du mod. 1873, mais il n'a pas de renfort. 
La platine ne présente pas de différence avec celle du 
mod. 1873. 

L'arme pèse 1 kil., 035 et tire une balle de 12 gr., 8 avec 
une charge de gr., 8 de poudre de chasse. La cartouche, 
semblable à celle du mod. 1873, mais un peu plus longue, 
pèse environ 17gr.,73. La vitesse initiale de la balle est de 
215 mètres. 

ALLEMAGNE. 

Revolver mod. 18d9 (Fig. M\). 

Comme on n'accorde, eu Allemagne, que peu de confiance 
au tir de cette espèce d'arme, le revolver adopté en 1879 
pour la troupe est uniquement à tir intermittent, et c'est 
en cela surtout qu'il se distingue du revolver français. On 
apu ainsi ne doiinei' àladéteute qu'un jeu très limité, et 
celle-ci peut en outre être à peu près complètement immo- 
bilisée par le cran de sûreté, qui est profond. Enfin, l'arme 
est pourvue d'un système de sûreté analogue à celui du 
fusil Mauser. Cet appareil (fig. 125) se compose d'une gou- 
pille qui traverse tout le corps de platine et se termine à 



ARUBS A FBU PORTATIVES. 



rextérieur par un bouton quadrillé qui sert à le manœu- 
vrer. Lorsque ce système est ramené vers l'arrière ({fig. 124), 
le mécanisme peut fonctionner; si au contraire on l'amène 




Fig. 12t. 

en avant, le demi-cylindre a empêche de ramener le chien 
en arrière. 

Le barillet, qui contient sis cartouches, est formé de 
deux pièces, afin de faciliter le remplacement de la cré- 



maillère lorsqu'elle est dégradée ou usée : le can^ de l'axe 
du barillet, percé dans un manchon qui porte la cré- 
maillère, et le barillet, évidé à l'extérieur pour être allégé. 
L'axe du barillet est maintenu en place par une goupille b 
(Jlg. 1^4) que l'on manœuvre à l'aide d'un levier. 

La porte du barillet ne se rabat pas en arrière, comme 
dans le revolver français, mais sur le côté, comme dans 



CHAPITRE XII. 229 

notre pistolet-revolver de marine; elle contient un ressort 
qui sert à la maintenir ouverte ou fermée (fig. 126). 

Le calibre du canon, pris sur les cloisons, est de 10n»n»,6, 
et la longueur d'âme est de 181™". Les quatre rayures tour- 
nent de gauche à droite et sont au pas de 0™,575. Les cloi- 
sons, de largeur constante, viennent mourir à une petite 
distance en avant de la tranche arrière du canon. 

La cartouche métallique^ à percussion centrale, a un 
étui en laiton avec bourrelet; l'amorce et son enclume 
sont enfermées dans une alvéole porte-capsule. Elle a une 
charge de 1 gr.,8de poudre à fusil mod. 187 L La balle, 
cylindro-conique, est munie de deux rainures pour recevoir 
la graisse; elle pèse 17 grammes. 

Le fonctionnement du mécanisme est sensiblement le 
même que celui de notre revolver pour le tir intermittent. 

Revolver d^officier, mod. 1879. 

Le revolver d'officier mod. 1879 est un peu plus court et 
plus léger que celui de la troupe. Ce revolver laisse à dési- 
rer dans la pratique, et il doit être remplacé par un mo- 
dèle nouveau, du système Dreyse (?). 

Le modèle 1879, qui pèse 1S300 et a 0™,34 de longueur, 
convient peu aux officiers non montés; le nouveau n'a que 
0™,27 de longueur et est plus maniable que l'ancien, bien 
qu'il pèse l'',500. Il s'arme automatiquement et tire la même 
cartouche que le modèle 1879. 

Pistolets ou revolvers des autres puissances allemandes. 

En Bavière, les sous-oflîciers, les trompettes et les pion- 
niers de cavalerie, ainsi que les sous-officiers et les ser- 
vants à cheval de l'artillerie de campagne, ont encore un 
pistolet mod. 1869, système Werder. Cette arme, du poids 
de 1^,610, tire la même cartouche que le fusil Werder, 
mais avec une charge de poudre de 2 gr., 5 au lieu de 
4gr.,3. Le calibre est de 11"°». 

En Saxe, les sous-oflîciers de cavalerie et d'artillerie, 
ainsi que les servants à cheval, sont armés du revolver 
Sharp, m,od. 1873, à cinq coups. 

Dans le reste de l'armée allemande, le revolver mod. 1879 



Î30 ARUES A FEU PORTATIVES. 

a été distribué aux aous-ofllciers et trompettes de caTalerie, 
aux cuirassiers non armés de la carabine, aux sous-offlciers, 
trompettes, conducteurs et servants à clieval d'artillerie de 
campagne; aux hommes àes troupes à pied non armés du 
fusil ou de la carabine, enlln aux brancardiers. 



ANGLETERRE. 

HeToWer Coït. — Bien que ce modèle de revolver, em- 
ployé depuis fort longtemps dans l'armée anglaise, soit pro- 
bablement retiré aujourd'hui, nous croyons devoir en don- 
ner une description sommaire, parce que c'est le premier 
revolver réellement pratique qui ait été inventé et qu'il a 
été le point de départ des divers autres systèmes qui ont 
paru successivement. Il a lui-même été modifié et amélioré 
depuis le début, mais il a conservé les dispositions princi- 
pales que l'inventeur avait adoptées. 

L'àme du canon, qui est du calibre de 8""",10, est munie 
de 7 rayures. Le canon se termine à sa partie postérieure 




Kig. liT. 

par une pièce massive ou bloc B, dans laquelle vient se 
fixer la broche-mère qui lui est parallèle et autour de 
laquelle tourne te barillet, pouvant contenir six cartouches. 
Lorsqu'on relève le chien C au premier cran de la noix, le 
barillet accomplit sa révolution et le fonctionnement du 
mécanisme a lieu comme dans notre revolver mod. 1873 

Ce qui constitue surtout l'originalité de Parme, ce sont 



CHAPITRE XII. 231 

les creux et les saillies existant à Tarrière du barillet, et 
le levier articulé placé le long du canon. 

Le revolver Coït présente de nombreux inconvénients. 
Avec un calibre réduit il est très lourd; son mécanisrae est 
trop compliqué ; l'action du chien n'^st pas assez énergique 
pour amener sûrement l'inflammation des cartouches, ce 
qui produit des ratés assez fréquents. Enfin il est à tir in- 
termittent et ne présente pas une sécurité suffisante. 

Revolver Adams. — Le tableau de la page 242 donne des 
indications assez complètes sur les conditions générales 
d'établissement de cette arme. 

Revolver Enfield. — On a adopté en 1882 un revolver à 
six coups, système Enfield, qui doit servir à l'armement 
des lanciers (à l'exception des 16 hommes par escadron qui 
ont la carabine), à celui des maréchaux des logis chefs, des 
sous-offlciers attachés à Pétat-major régimentaire dans 
l'infanterie, et enfin à celui de la marine. 

AUTRICHE-PIONGRIE. 

Il y a actuellement en service dans Tarmée autrichienne 
trois modèles de revolver : 1® le système Gasser mod. 1870; 
2^10 système Smith et Wesson, mod. 1877; 3<> un modèle 
spécial pour les officiers, du système Gasser-Kropatschek. 

Les deux premiers tirent la même cartouche, avec étui 
en laiton. Ils servent à l'armement des uhlans (à Texception 
des trente-deux hommes de chaque escadron qui ont la cara- 
bine), des sous-officiers de cavalerie, des sous-officiers et 
trompettes des batteries montées, des sous-officiers, briga- 
diers et servants des batteries à cheval, des sous-officiers 
du train et de la marine et du clairon-major des chasseurs. 

Il est à remarquer que certaines catégories de militaires 
ne sont pourvues d'aucune arme à feu. Ce sont : les servants 
et conducteurs des batteries montées, les canonniers con- 
ducteurs des batteries à cheval, les sous-officiers et ser- 
vants des batteries à pied, les hommes du train. 

Revolver Gasser, mod. 1870. 

C'est une arme d'arçon, destinée par suite à être portée 



232 ARUKS A FEU PORTATIVES. 

dans les fontes, ce qui explique par suite son poids assez 
considérable de 1^,330 et sa longueur de 0">,3i5. 

Il comprend les parties suivantes : 

1° Le canon en acier, du calibre de 11""', portant le gui- 
don et le cran de mire, ainsi qu'un talon pour le fixer à la 
carcasse. Ce canon, qui a 184™™,3 de longueur, a l'àme com- 
posée d'une partie rayée de Itti"",», et d'une partie lisse de 
Ï6""',8, formée de deux troncs de cûne. Il a six rayures 
d'une largeur de 3'"'°,18 au pas de O^.iiH ; 

2" Le bariUel en acier, contenant six chambres et un 
logement central pour le passage de l'axe. L'intérieur com- 
porte six crans d'arrêt, qui fixent le barillet dans la posi- 
tion de tir; six dents, que le levier moteur vient pousser, 
font saillie sur le rebord du petit diamètre de la tranche 
postérieure. En outre, six taquets ont été méuagés sur le 
pourtour, de manière à buter contre la détente quand il y a 
lieu d'arrêter le mouvement du barillet; 

3" La carcasse en fonte malléable, qui forme crosse, con- 
tient le mécanisme et réunit les différentes parties de 
Tarme. Elle donne appui aux cartouches du barillet sur un 
plateau circulaire de même diamètre que le barillet, qui 




s'enflle sur l'axe vissé au centre du plateau, le talon du 
canon venant se visser à l'autre extrémité de cet axe. La 
partie postérieure de la carcasse, fermée des deux côtés 
par des plaquettes en bois, renferme la platine; 
i° Le mécanisme se compose du chien avec sa chaînette 



CHAPITRE XII. 233 

et son grand ressort, de la détente avec son ressort et d'un 
levier à deux branches {fig. 128). 

La carcasse, le barillet et le mécanisme de platine pré- 
sentent, comme on le voit, une grande analogie avec les 
pièces similaires du revolver français. 

Un ressort de sûreté est disposé sur le côté droit de la 
carcasse, où il est fixé par une vis à Tune de ses extrémités. 
Il porte à Tautre extrémité deux tenons, qui pénètrent dans 
la platine. Le plus éloigné vient se placer sous le talon du 
chien, dès que le chien est un peu soulevé, et maintient ce 
talon au cran de sûreté, si le chien vient à descendre. 
L'autre tenon repose sur un plan incliné disposé sur la 
détente, et, quand* on arme complètement le revolver, il 
glisse sur ce plan incliné et ramène par suite à l'extérieur 
le premier tenon, qui laisse alors au chien toute sa liberté 
d'action. 

La cartouche est à percussion centrale du système Roth, 
avec une charge de poudre de 1 gr. 40, une balle de 20 gr. 3 
et un poids total de 28 gr. 1 . Une rondelle en carton sépare 
la poudre de la balle. La vitesse initiale est de 160™,50. 

Le revolver Gasser est à mouvement combiné, comme le 
revolver français, et le mécanisme fonctionne de la même 
manière. Bans le tir continu, on peut tirer les six coups du 
revolver en 10 secondes, ou en 20 secondes si Ton vise 
avec soin. Il faut 25 à 30 secondes pour charger les six car- 
touches et 12 secondes pour expulser les étuis vides. 

Ce revolver, relativement simple, est solide et ne se 
dérange pas par les mouvements du cheval. A 120 mètres, 
la balle traverse encore trois planches de sapin de 26™ï" 
d'épaisseur espacés de 0",1S. 

Revolver Smith et Wesson, mod. 1877 (Fig. >129). 

Ce revolver se compose en général des mêmes parties 
que le mod. 1870, dont il se distingue surtout par les diffé- 
rences suivantes : 

Le canon, plus court de 2™»», 6, est relié à la carcasse par 
une charnière formant bascule, ou, autrement dit, il est à 
renversement. Pour le charger et extraire les étuis vides, il 
suffit de lui faire faire bascule. Le renfort du canon est 
percé pour donner passage à Taxe du cylindre, ainsi que 



234 ARMES A FEU PORTATIVES, 

pour recevoir la baguette et un ressort à boudin. Les cranst 
d'arrêt du revolver mod, 1870 sont remplacés par six 

entailles servant à fiier le barillet dans la position de tir. 
Les cartouches sont de deux modèles, 1870 ou 1882 ; celles 
du modèle le plus récent pèsent r!9 grammes, dont 20 gr.3 
pour la balle et 1 gr. 5 pour la charge. 




Le fonctionnement du mécanisme a lieu comme dans le 

mod. 1870, sauf les modifications ci-après. Le chien étant à 
l'armé. la pression de la détente n'agit pas directement suv 
le marteau, mais d'abord sur le bras antérieur de la tige de 
gâchette, ce qui a pour effet de soulever le bras postérieur 
hors de son cran d'arrêt et de rendre le marteau libre. Le 
coup étant parti et la détente lâchée, le levier permet au 
ressort de percussion desuivre la pression du bras de levier 
inférieur, opère l'abaissement du levier du barillet, et, par 



CHAPITRE XII. 235 

là même, le mouvement de la détente. Il y a un cran de 
sûreté. 

L'avantage le plus clair de ce revolver sur le précédent 
consiste uniquement dans la plus grande facilité de charge- 
ment et d'extraction des étuis vides ; sinon il tire la même 
cartouche et il est un peu plus lourd. 

Grosse mobile du revolver. 

MM. Smith et Wesson ont inventé, pour leur revolver, un 
système de crosse mobile dont la figure 130 représente le 
mode d'attache avec la poignée. Il suffit, pour mettre cette 
crosse en place ou pour l'enlever, de visser ou de dévisser 
une vis. Le but de cette crosse s'explique de lui-même; 
au lieu de tirer le revolver à bras franc, on le tire avec un 
appui à l'épaule, ce qui permet de lui assurer une justesse 
beaucoup plus grande. 




Fig. 130. 



Le revolver d'ordonnance des officiers suisses comporte 
une disposition analogue, mais plus ingénieuse. 

Malgré l'avantage que procure ce genre de crosse, on ne 
parait l'avoir adopté officiellement nulle part. Il semble 
pourtant qu'il pourrait être utile dans certains cas, sans 
jamais être nuisible, puisque l'on serait toujours libre de ne 
pas s'en servir. L'extrême facilité de l'adapter ou de l'enle- 
ver et le surcroit de prix insignifiant devraient militer en 
sa faveur. Il peut se présenter, en effet, bien des cas où il 
serait avantageux aux officiers, sous-officiers et soldats 
armés du revolver de pouvoir tirer avec plus de justesse et 
à plus longue portée. On objectera peut-être à ce sujet que, 
dans tous les cas, le rôle des officiers n'est pas de faire le 
coup de feu, et que, lorsque la nécessité s'en présentera, il 



23G ARMES A FEU PORTATIVES. 

ne manquera pas de fusils provenant des hommes mis alors 
hors de combat. 

Nous croyons qu'il y a le plus grand intérêt à ne rien 
négliger de ce qui peut assurer au revolver une plus grande 
justesse de tir et une plus grande portée, en môme temps 
qu*à son chargement une plus grande vitesse. 

Revolver d'officier dUnfanterie, système Gasser- 

Kropatschek, 

Le revolver de troupe est trop lourd pour être porté com- 
modément à pied. Le revolver plus léger (0'',585 de moins), 
que Ton a établi pour les officiers, se distingue surtout par 
des dimensions moindres et des modifications de détail. Le 
calibre est de 9"»™, la longueur du canon, de 118"»™. La car- 
touche pèse 13 gr. 9 avec une balle de 10 gr. 2 et une charge 
de 1 gr. 1. Néanmoins, la vitesse initiale est de 218™,50.. 
c'est-à-dire que la trajectoire est plus tendue et la vitesse 
initiale plus grande. Cela prouve, pour les revolvers comme 
pour les fusils, l'avantage de la réduction du calibre. 

BELGIQUE. 

Pistolets et revolvers. — Les lanciers ont le revolver 
mod. 1871, système Chamelot-Delvigne, absolument sem- 
blable au nôtre, dont il ne diffère que par quelques détails 
de monture, la longueur du canon, le poids et la cartouche 
(voir le tableau de la page 242). Il tire une balle de 
lo grammes à la charge de 1 gr. 25. 

On a adopté en 1878 un revolver système Nagant pour 
les officiers. Il est du calibre de 9"»™ et tire une balle de 
1 2 grammes à la charge de gr. 7 avec une vitesse initiale 
de 160 mètres. 

Les sous-officiers et trompettes de cavalerie, d'artillerie 
de campagne et du train ont le revolver mod. 1883, système 
Nagant, 

Enfin, les gendarmes ont un pistolet à deux coups, sys- 
tème Nagant, 

DANEMARK. 
Les sous-officiers, trompettes et pionniers de cavalerie. 



CHAPITRE XII. 237 

les sous-officiers et trompettes de Tartillerie de campagne 
sont armés du revolver Lefaucheuœ mod. 1882; les officiers 
d'artillerie et de cavalerie ont le revolver Lefaucheux 
mod. 1880 (voir le tableau de la page 242). 

ESPAGNE. 

Les hommes de troupe armés du revolver ont un Lefau- 
cheux mod. 1863. 

Un ordre royal du 6 octobre 1884 recommande aux offi- 
ciers de toutes armes le revolver Smith et Wesson , con- 
struit par les frères Orbea. Ce revolver, à double mouve- 
ment, est du calibre de 11™™ au fond des rayures; il pèse 
820 grammes et a une longueur totale de 0™,25. 

ITALIE. 

Les carabiniers royaux (gendarmerie) ont le revolver 
court ou de carabiniers royaux y système Lefaucheux 
(/Î^.128). 

Les lanciers, ainsi que les sous-officiers, trompettes et 
sapeurs des régiments de chevau-légers, des batteries d'ar- 
tillerie, des compagnies du train et du train du génie, enfin 
les soldats des batteries à cheval ont le revolver mod. 1874, 
système Chamelot-Delvigne, semblable à notre revolver de 
troupec 

Le ministre de la guerre a décidé, en 1891, que les offi- 
ciers de cavalerie auront un revolver du système précé- 
dent, mais bronzé; tous les autres officiers porteront, dans 
un étui fixé au ceinturon, le revolver mod. 1879. Le revol- 
ver (28 francs) et son étui (2 francs) seront cédés au prix de 
fabrication. 

SUÈDE ET NORVÈGE. 

En Norvège, le revolver mod. 1864 Le faucheux est donné 
aux officiers, sous-officiers et trompettes de cavalerie et 
d'artillerie de campagne. 

En Stcède, la cavalerie, Tartillerie de campagne et les 
signalistes ont un revolver du mod. 1871 et du système 
LefaucheuX'Francoite. 



238 AKMES A F£U PORTATIVES. 

Une commission, chargée d'expérimenter des fusils de 
petit calibre en 1885, a reçu en même temps pour mission 
d'essayer des revolvers de divers systèmes, en vue de déter- 
miner le modèle qui conviendrait le mieux pour Tarmement 
des ofQciers. 

On expérimenta les modèles autrichien (Gasser-Kropats- 
chek), belge (Nagant), suisse (Schmidt), suédois et War- 
nant. Nous avons indiqué dans le tableau de la page 242. 
les données concernant la construction de ces divers revol- 
vers, sauf pour le Warnant, qui a 9™™ de diamètre et pèse 
970 grammes. 

Comme conclusion des expériences , la Commission pro- 
posa un modèle réunissant les avantages du revolver suisse, 
concernant le poids et la justesse du tir, avec ceux du revol- 
ver belge, comportant la solidité et la simplicité du méca- 
nisme. On a commandé 30 revolvers ainsi modifiés, pour 
faire des expériences plus complètes en 1883 ; mais nous en 
ignorons le résultat. 

SUISSE. 
Revolver mod. 1872. 

Ce revolver, du système Chamelot-Delvigne, perfectionné 
par le major fédéral Schmidt, a un mécanisme à très peu 
près identique à celui du nôtre. 

Le canon, à huit pans, a une longueur totale de loOram et 
un calibre normal de 10°^°»,4. La cartouche était à inflam- 
mation périphérique, mais on a transformé depuis ces re- 
volvers pour le tir de la cartouche à percussion centrale, et 
ils sont désignés actuellement sous le nom de mod. 1872-78. 

Concurremment avec les revolvers mod. 1878, les précé- 
dents servent à Tarmement des officiers de cavalerie, d'ar- 
tillerie et des parcs, des sous-officiers de dragons, des 
guides, des sous-officiers montés et trompettes des colonnes 
de parc, de Partillerie de montagne et de l'artillerie de 
campagne. 

Revolver mod. 1878. 

Ce modèle diffère du précédent, d'abord parce qu'il est à 
percussion centrale, ensuite par la cartouche. Pour le sur- 



CHAPITRE XII. 239 

plus, il â même calibre, même poids, et les diverses modifi- 
cations de détail ressortent du tableau de la page 242. Il a 
le même mécanisme et est également du système Chamelot- 
Delvigne et Schmidt. 

Revolver mod. 1882, système Schmidt. 

Les revolvers précédents présentaient, au point de vue 
de leur emploi pour les officiers non montés, les inconvé- 
nients suivants : 

1^ Poids trop considérable ; 

20 Volume trop grand, rendant Tarme peu transportable; 

3® Recul trop violent, causant la déviation des projec- 
tiles ; 

40 Cartouches trop lourdes et trop volumineuses. 

A la suite d'études et d'expériences sur trois modèles 
présentés par le colonel Schmidt, coauteur des deux 
mod. 1872 et 1878, le Conseil fédéral adopta, le S mai 1882, 
un modèle de revolver à six coups du calibre de 1^°^^^ pour 
les officiers non montés. 

Ce revolver a une longueur de 235"»"^ et un poids normal 
de 750 grammes ; son barillet a 31^^ de diamètre. Il est à 
inflammation centrale et à mouvement combiné; toutefois, 
après le choc et dès qu'on cesse de presser sur la détente, 
le chien revient automatiquement au repos, sa pointe en 
arrière de la tranche antérieure du rempart, de façon que 
la rotation du barillet reste libre. 

Ce revolver présente, en outre, l'avantage important de 
pouvoir suspendre à volonté l'action du chien, d'après le 
système Abadie, au moyen d'un arrêt fixé à la porte de 
charge. Cette suspension dispense de faire tourner le 
cylindre à la main, soit pour l'introduction des cartouches, 
soit pour leur expulsion, ainsi que celle des étuis vides. 
L'arme est tenue fermement pendant que, sous l'action 
répétée de la détente, les six chambres du barillet viennent 
se placer successivement et automatiquement à la place 
voulue pour la charge et l'expulsion. 

Cette manipulation exclut tout danger de départ acci- 
dentel, puisqu'on ne peut charger ni expulser sans avoir 
ouvert la porte de charge et que, tant que celle-ci est ou- 
verte, le chien ne peut pas être armé. Grâce à ce perfec- 



240 ARMES A FEU PORTATIVES. 

tionnement ingénieux, l'extraction des douilles se fait si 
facilement que l'extracteur automatique n'a plus qu'une uti- 
lité très contestable. 

Les cartouches sont semblables à celles du nood. 18'8; 
l'étui en laiton est à bourrelet plein, avec logement 
d'amorce et son enclume au centre du culot; l'amorce est 
en laiton, le fulminate est recouvert d'une feuille d'étain; 
la charge est de 7 décigrammes de poudre suisse n° 1 ; la 
balle en plomb dur pèse 7 grammes et est entourée d'un 
calepin graissé à l'extérieur. 




Fig. 131. 



Le montage et le démontage ne présentent aucune diffi- 
culté; le mécanisme est simple et pratique. La figure 131 
en fait d'ailleurs suffisamment comprendre le fonctionne- 
ment. 

Modèle avec extracteur. 

Un des modèles du calibre de 7'»">,o du colonel Schmidt 
avait un extracteur, du système Krauser, placé du côté 
droit de l'axe du barillet. Il est mis en action parle choc 
que produit le chien en se désarmant, de sorte que la 
douille du coup précédent est expulsée chaque fois que part 
un nouveau coup. Le chargement s'opère par la gauche du 
barillet. 



CHAPITRE XII. 241 

Ce système, qui paraît au premier abord très avantageux, 
présente cependant de graves inconvénients pour une arme 
de guerre. Le système d'extraction enlève au chien une 
partie notable de sa force de percussion, et, pour peu que 
les douilles adhèrent fortement dans les chambres ou que 
l'extracteur ne joue pas librement, le chien n'a plus assez 
de force et il se produit des ratés. En outre, la manipula- 
tion pendant la charge exige une grande habitude, ou tout 
au moins certaines précautions, pour éviter soit des départs 
involontaires, soit l'extraction des cartouches chargées. 

Aussi les divers inconvénients en question et le peu d'uti- 
lité de l'extracteur avec le système de revolver adopté par 
le Conseil fédéral ont été les causes du rejet de ce modèle 
avec extracteur. 

Étui-crosse. 

Le colonel Schmidt a proposé une autre innovation, qui 
a pour but de permettre d'épauler le revolver, au moyen 
d'un étui-crosse. A cet effet, l'étui du revolver en cuir 
est garni de tôle. Le revolver se fixe à l'étui-crosse au 
moyen d'une agrafe qui se trouve à l'extrémité de sa poi- 
gnée et dans laquelle entre le crochet-ressort de la tête de 
l'étui-crosse. Cet assemblage, qui se fait très rapidement, 
présente une grande solidité; il suffit de presser sur le 
bouton du crochet-ressort pour produire la séparation. On 
augmente par ce procédé la précision du tir, même en ne 
faisant usage que d'une seule main, tout en assurant le 
transport du revolver dans les mêmes conditions qu'avec 
l'étui ordinaire. 

Cependant, l'étui-crosse n'a pas été rendu réglementaire 
en Suisse, parce que Tofâcier ne doit pas faire de son re- 
volver un usage fréquent, en raison des devoirs plus impor- 
tants qui lui incombent dans le combat. 

Toutefois, l'idée parait excellente, surtout parce que 
l'étui n'est pas plus volumineux, pas plus lourd et ne coûte 
guère plus cher qu'un étui ordinaire. Nous avons examiné 
la question précédemment. 



16 



242 ARMES A FEU PORTATIVES. 

ÉTATS-UNIS. 
Revolver Golt, pour la marine. 

Bien qu'en principe, nous n'ayons parlé jusqu'ici que de 
l'armement portatif des armées européennes, nous croyons 
devoir donner une description sommaire du revolver Coït, 
qui vient d'être adopté pour la marine des États-Unis, 
d'abord parce qu'il présente des dispositions très originales, 
ensuite parce que, ainsi que nous l'avons dit, c'est le re- 
volver Coït primitif qui a été le point de départ des diffé- 
rents systèmes adoptés depuis. 

Le revolver Coït, adopté récemment pour l'armement des 
équipages de la flotte, est à six coups et du calibre de 9°»«»,6. 
Il est à double mouvement et à platine rebondissante. Le 
barillet est traversé suivant son axe par une broche autour 
de laquelle s'effectue la rotation pendant le tir et qui sert 
également d'éjecteur. A la position de tir, cette broche 
porte une crémaillère circulaire qui communique le mouve- 
ment de rotation au barillet et son extrémité postérieure 
s'engage dans le bâti, où elle est maintenue par un loquet 
de sûreté. 

Pour charger le revolver, on dégage l'extrémité posté- 
rieure de la broche en poussant le loquet. Le barillet, ainsi 
que la broche et le montant antérieur du bâti dans lequel 
passe cette broche, peuvent alors pivoter à gauche autour 
d'un axe placé à la partie inférieure du bâti. Ce mouvement 
dégage complètement le barillet, dont toutes les chambres 
peuvent alors être chargées. 

Pour l'extraction des étuis vides, on déplace également 
le barillet vers la gauche comme précédemment. Il suflît 
alors de pousser la broche en arrière pour que, par l'action 
d'un disque échancré porté par la broche, les six étuis 
soient éjectés simultanément. 

Le dispositif de platine rebondissante assure au revolver 
un cran de sûreté efficace, car le revolver ne peut être 
armé que si le mécanisme est complètement fermé. 

En résumé, ce revolver présente l'avantage important de 
permettre le chargement et le déchargement rapide de 
l'arme. 



CHAPITRE Xn. 



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CONCLUSIONS FINALES. 245 



CONCLUSIONS FINALES. 

Nous avons essayé de résumer, d'une manière aussi claire 
et aussi complète que possible, la situation actuelle de l'ar- 
mement portatif des diverses armées européennes. Cette 
situation sera-t-elle plus ou moins prochainement modifiée, 
ainsi que peuvent le faire craindre les nombreuses transfor- 
mations par lesquelles a passé cet armement depuis une 
dizaine d'années ? 

Sans préjuger l'avenir, nous croyons à une certaine pé- 
riode de stabilité, bien que, malgré les progrès remarqua- 
bles réalisés, malgré le haut degré de perfection obtenu, on 
ne cesse de chercher des améliorations nouvelles, tant dans 
la réduction du calibre que dans les explosifs. 

En ce qui concerne la réduction du calibre, nous avons 
fait ressortir, d'une manière suffisamment logique, les ré- 
sultats pratiques auxquels on peut espérer aboutir. Ainsi, 
il n'existe pas, dans la grande production industrielle, 
d'acier présentant des garanties de sécurité suffisantes à 
l'égard des pressions accusées dans des essais de fusil de 
5mm^ D'un autre côté, on peut craindre, avec des fusils de ce 
dernier calibre, qu'une tache de rouille à l'intérieur du 
canon ne produise une variation insolite de résistance. 
Enfin, il n'est pas prouvé qu'une balle d'un aussi petit calibre 
mettrait immédiatement hors de combat l'homme qu'elle 
atteindrait. Pour toutes ces raisons, le calibre de 6°*"* parait 
être le minimum pratique à obtenir. 

Quant à remploi de nouveaux explosifs, ayant pour objet 
d'accroitre les propriétés balistiques des fusils d'infanterie, 
on ne voit pas bien quel intérêt pratique il y aurait à pour- 
suivre. L'accroissement de portée serait absolument illu- 
soire, car, à partir de 700 à 800 mètres, on ne peut plus 
viser distinctement et Ton ne tire guère qu'au jugé. La 
précision du tir ne peut être obtenue qu'avec de bons 
tireurs, et c'est dans cette voie, où il y a encore de grands 
progrès à réaliser, qu'il faut rechercher une amélioration, 
car les fusils actuels et leurs organes de pointage sont assez 
parfaits pour que le tireur qui sait se servir de son arme 

46. 



246 ARMES A FEU PORTATIVES. 

puisse en obtenir toute la précision désirable. Seule, l'aug- 
mentation de tension de la trajectoire, la trajectoire recti- 
ligne, pourrait améliorer les résultats du tir. 

L'électricité, l'air comprimé, les gaz liquéfiés, employés 
comme force motrice, n'ont peut-être pas dit leur dernier 
mot; mais, dans l'état actuel de la question, on ne peut éta- 
blir aucune base certaine d'après les résultats obtenus. 

Après avoir décrit les effets meurtriers produits par les 
balles des fusils modernes, il aurait pu paraître logique 
d'indiquer les moyens préconisés pour les rendre inutiles, 
ou tout au moins pour les atténuer, notamment la « cui- 
rasse du tailleur Dowe », dont la presse a fait grand bruit, 
et dont nous croyons ne pas devoir parler, parce que ce 
moyen n'est pas pratique, et que, d'ailleurs, il n'en a pas 
été longtemps question. Mais il a été proposé d'autres 
solutions plus admissibles pour arriver au même but, 
notamment des boucliers transportables , dont un modèle 
a été adopté par l'armée danoise pour la défense des posi- 
tions. Les boucliers dont il s'agit, et sur lesquels on ne 
donne aucun détail, ont été reconnus susceptibles de fournir 
un abri efficace contre le feu d'infanterie le plus violent. 
On en fera usage dans les circonstances suivantes : les ti- 
railleurs chargés de la défense d'une position auront auprès 
d'eux ces engins, qui sont assez légers pour être portés par 
un seul homme ; au moment où l'assaillant se sera assez 
rapproché de la position pour rendre impossible le tir de 
sa propre artillerie, chaque tirailleur installera devant lui 
son bouclier et pourra alors tirer à l'abri un feu bien 
ajusté et eflacace permettant de repousser l'assaut. Mais, en 
admettant l'efficacité de ces boucliers, il reste à les trans- 
porter en quantité suffisante aux points où il en est besoin. 
C'est là le problème. 

Enfin, on a pu remarquer que nous avons glissé rapide- 
ment sur l'influence que les poudres sans fumée et les fusils 
à répétition peuvent exercer sur la tactique. Cela tient à ce 
que, sur ce point si essentiel, les avis sont très partagés et 
souvent opposés. Dans ces conditions, la parole doit rester 
au Règlement, car personne ne peut contester qu'il doit 
être modifié. Aussi, en attendant, chacun l'interprète pour 
ainsi dire comme il l'entend, et, comme il ne doit y avoir 



CONCLUSIONS FINALES. 247 

qu'une seule manière de l'appliquer, nous croyons que le 
moment est venu de clore la période des expériences et des 
discussions. 

Nous insistons, pour terminer, sur la confiance absolue 
que doit nous inspirer notre armement actuel, complété de 
la manière la plus heureuse par la cartouche de poudre 
sans fumée qui nous a permis, les premiers, d'adopter un 
fusil de calibre réduit. Aucun autre ne possède les mêmes 
propriétés balistiques ; aucune autre poudre ne présente les 
mêmes garanties de stabilité. 

Le Ministre de la guerre vient, d'ailleurs, de décider que 
la modification du fusil mod. 1886. que nous avons indiquée 
à la page 131, serait appliquée successivement à tous les 
fusils de ce modèle, qui seront ainsi à chargeurs rapides. 
Dans ces conditions, notre armement portatif n'aura rien à 
envier, sous aucun rapport, à celui des puissances étran- 
gères. 



1 



TABLE DES MATIÈRES 



Pagei. 

Ayant-propos y 

CHAPITRE PREMIER. 

Historique des armes a feu en général 1 

CHAPITRE IL 

Historique des armes a répétition 13 

CHAPITRE m. 

Conditions a remplir par les fusils ordinaires 2 j 

CHAPITRE IV. 

Conditions a rempur par les aruies a répétition 32 

CHAPITRE V. 

Détermination des divers éléments 36 

i d . — Canon 37 

12.— Boîle de culasse 53 

! 3. — Mécanisme de fermeture ou culasse mobile 55 

§ 4. — Mécanisme de répétition 65 

I 5. — Mécanisme de détente 76 

I 6. — Organes de pointage 77 

§ 7. — Monture 85 

I 8. — Baïonnette 90 

J 9. — Cartouche 93 

CHAPITRE VI. 

Description des fusils en service 106 

Allemagne Fusil mod. 1888 106 

Angleterre Fusil Lee-Medfort, mod. 1889 110 



i50 TABLE DES MATIÈRES. 

PafM. 

Aatriohe-Hoiigrie. Fusi! Mannlicher, mod. i888 113 

Belgique Fusil Mauscr, mod. 1889 116 

Danemark Fusil Krag-Jorgcnscn, mod. 1889 120 

Espagne Fusil mod. 1871-89 113 

— Fusil Mauser, mod. 1892 124 

France Fusil Gras, mod. 1874 125 

— Fusil Lebel, mod. 1886 127 

— Fusil Kropatschek à répétition 131 

Grèce 133 

Hollande Fusil mod. 1871-88 133 

— Fusil Mannlichcr de 6»»,5 135 

Italie Fusil mod. 1870-87 133 

— Fusil de 6°°,5 Mannlicher-Carcano 137 

Mor?ège Fusil Jarmann, mod. 1885 138 

Portugal Fusil KropaUchek, mod. 1886 140 

Roumanie Fusil de 6»™,5, mod. 1892 141 

Russie Fusil de 3 lignes, mod. 1886 142 

Suède Fusil Remington, mod. 1867-89 144 

Suisse Fusil Schmi.it, mod. 1889 145 

Serbie Fusil Mauser-Mi anOYitch 150 

Turquie Fusil Mauser, mod. 1889 150 

î 

i CHAPITRE VII. 



Expériences en cours 154 

Fusil Daudeteau de 6™",5 151 

Fusil Mannlicher de 6'»™,5 156 

Autres expériences avec des fusils de calibres très réduits 16C 

Conclusions 16t 

Fusil éectrique 161 

Fusil automatique Maxim 16S 

Fusil à gaz liquéfié de M. Paul Giftard 173 

CHAPITRE Vin. 

Poudres dites sans fumée m 

CHAPITRE IX. 

Ravitaillement des munitions 18( 

CHAPITRE X. 

Carabines 20^ 



TABLE DES MATIÈRES. 251 

Pages. 

CHAPITRE XI. 

M0USQtJET0^S 2i3 

CHAPITRE XII. 

Reyolters 216 

Conclusions finales 245 



Paris. -~ Imprimerie L. Baddcin, 2, rue Christine. 



r, ■od.1888 113 

r,«od.f»0 116 

FhQ Kn^4org9Baai, «od. 1889. 110 

FhQ «od. 18f7i-80 m 

MiMcr, «od. f 8tt iU 

Gras, Bod. 1874 If5 

~ FMI Ldid, BOd. 1886 117 

^ FhQ Krapalidick à i^pélitioB Ul 

ITgAf a 133 

HtilhniiV fWI Md. 1871-88 .....!!.!. 133 

^ Ftofl M «wnlidMy de 6—^ 135 

fialto FosO mod. 1870-87 135 

— FosQ de 8"^ MamiKelier'^kreaiio 137 

Mwnrèfe Fusil Jannano, mod. 1885 138 

Fortmal Fusa KiO|Mitsdid^ mod. 1886. 110 

Boaumle Fusil de 6—A mod. 18» lit 

Bimie Fnnl de 3 lignes, mod. 1886 14t 

Snèda FosQ Hemington, mod. 1867-89 144 

Snissa FnâlSdmiidt, mod. 1880.. 145 

8«rldo. Fusil Maas^-IG'aiiOfitdi 150 

Torfoio Fusil Maiisery mod. 1880 150 

CHAPITRE YIL 

ExpÊiimcaB nr coois 151 

Fosil Dautleteau de 6",5 151 

Fusil Manolieher de 6»"^ , 156 

Autres expériences avee des fusils de calibres très réduits 160 

Conclusions 161 

Fusil électrique 167 

Fusil automatique Maxim 160 

Fusil à gaz liquéfié de M. Paul G|fiard. 173 

CHAPITRE Yin. 

POUDRBS DITBS SANS PUMÉB 175 

CHAPITRE IX. 

Ravitaillement des munitions 186 

CHAPITRE X. 

Cababines 204 



TABLE DES MATIÈRES. 251 

Pages. 

CHAPITRE XI. 

M0USQtJBT0^S 2i3 

CHAPITRE XII. 

Reyolters 216 

Conclusions finales 245 



Parii. — Imprimerie L. Baodcin, 2, rue Chri*tire. 



■ 


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1 


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A FINE IS INCURRED IF THIS BOOK IS 
NOT RETURNED TO THE ilBRAHÏ ON 
OR BEFORE THE LAST DATï STAMPED 

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